Événements littéraires et livres-événements

Bloc-notes

Publié le 2017-06-13 | Le Nouvelliste

National -

Les événements autour du livre se multiplient : Livres en folie, Fila, Etonnants-Voyageurs, Livres en liberté, foires organisées par des institutions académiques ou scolaires ou par des associations, et autres rencontres et tables rondes, sur fond de signatures-ventes. On ne saurait se plaindre de cette « normalisation » de la vie des livres, ni se formaliser du fait que telle édition de tel événement soit meilleure qu’une autre, ni encore du fait que tous les événements ne signifient pas la même chose et ne témoignent pas des mêmes quêtes. Dans le monde des livres, plus encore qu’ailleurs, le succès d’estime ne coïncide pas forcément avec le succès commercial. Combien d’exemplaires du Dialogue de mes lampes un Saint-Aude aurait-il vendu à Livres en folie ? Beaucoup moins sans doute que la dernière en vogue des actrices de « tele novela » à la sauce haïtienne ? Des événements littéraires, il s’en crée, il en meurt. Certains se perpétuent et s’installent dans la vie courante. Un énorme déplacement positif. Pour compléter le tableau. Il en faut sans doute d’autres, moins généralistes, allant dans le sens de la spécificité, tel consacré à la poésie, tel autre au roman… Aller dans le sens des préoccupations des amateurs de genre… Les événements généralistes ont le mérite de servir tout le monde. Ils ne sont pas forcément le lieu de mise en valeur des livres-événements. Je n’utilise pas ici le mot événement dans le sens de la création de buzz ou de capture momentanée de l’attention générale. Il est rare que les livres-événements, au sens que je donne à l’expression, fassent l’événement médiatique. Un livre-événement marque un moment, une étape dans un domaine particulier. En ce sens qu’il ouvre le champ d’un possible départ ou retournement. Dans le domaine littéraire, on peut considérer Dezafi ou Amour comme des livres-événements. Plus près de nous, ce Désespoir des Anges auquel l’on reviendra souvent pour son installation particulière dans notre histoire littéraire de la vie des gangs et de leurs effets. J’en note trois cette année. ll y en a sans doute beaucoup d’autres. Il reste un travail à faire en amont pour que les livres soient mieux connus avant même leur mise en vente. Je connais ces trois-là parce que j’a eu la chance de les rencontrer avant et d’avoir contribué à leur publication. Les autres, je ne pourrai malheureusement en parler qu’après Livres en folie. Le petit livre de Michel Acacia Race et couleur dans l’œuvre de Jacques Roumain a une portée événementielle parce qu’en se contentant de citer Roumain, il vient corriger ce que l’on pourrait appeler un mensonge par omission, la réduction de la pensée et les propos de Roumain sur un problème social à un slogan. On sait désormais tout ce que Roumain a dit. Sur le plan littéraire, Krèy bòbèch de Jeudinéma m’interpelle par son individuation de la mythologie populaire (imagerie / rythmique) dans un discours de révolte personnelle dans le rapport au réel. Ce n’est sans doute pas le premier texte à le faire, mais le projet est ici net, assumé. Et, enfin, ce Entre les Saints des Saints de René Philoctète, saisie littéraire des années qui suivent la chute de Jean-Claude Duvalier avec des références à cette histoire immédiate, et ce travail d’individualisation des membres, enfants et adultes, d’une communauté de mendiants. Philoctète a fait des humains, chaque être étant unique, de ces grands et petits mendiants. Il y en a sans doute d’autres. En littérature, comme dans les autres domaines. Le problème, pour nous lecteurs et éventuels acheteurs, c’est qu’on ne nous signale pas assez les spécificités des ouvrages, ce qui nous laisse un peu perdus dans cette grande foire.

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