Un rapport mesure l’impact de l’aide haïtienne aux victimes de Matthew

Publié le 2017-06-13 | Le Nouvelliste

National -

Cyclone de catégorie 4 sur l’échelle de Saffir-Simpson, Matthew a frappé le pays de plein fouet début octobre 2016, n’épargnant aucun secteur dans les zones affectées des départements de la Grand’Anse, des Nippes, du Nord-Ouest et du Sud. Quelques mois après le passage du cyclone dévastateur, une étude, menée à l’initiative du journal Le Nouvelliste, avec le soutien financier de l’ambassade de Suisse à Port-au-Prince, se propose de faire, entre autres, un bilan non exhaustif de la réponse des acteurs haïtiens au cyclone Matthew pendant les trois premiers mois de l’urgence. Fruit d’une enquête menée entre janvier et mars 2017 auprès d’une cinquantaine d’organisations haïtiennes, d’une centaine de personnes sinistrées ayant bénéficié de leur aide dans la Grand’Anse, les Nippes, le Nord-Ouest et le Sud, ainsi que des représentants du secteur privé et des autorités nationales, départementales et locales, le rapport s’intéresse également aux défis actuels des personnes touchées par le cyclone ainsi que ceux des institutions et organisations haïtiennes qui les soutiennent, et partagent leurs recommandations. Il présente ces acteurs, les caractéristiques de l’aide, ses forces et les difficultés rencontrées, ainsi qu’une estimation des montants décaissés. Contrairement aux contributions du gouvernement haïtien et de la communauté internationale, abondamment documentées, la participation d’autres acteurs haïtiens issus de la société civile et du secteur privé, ou agissant à titre individuel, très actifs suite au passage du cyclone, a été rarement relayée dans les médias et reste sous-estimée. « Cette recherche tente donc de mieux faire connaître l’entraide haïtienne et le rôle actif joué par les différents acteurs haïtiens face à l’ouragan Matthew, un aspect souvent relégué au second plan dans les secours aux victimes », peut-on lire dans ce rapport post-Matthew d’une cinquantaine de pages. Selon ce rapport, les acteurs haïtiens ont été actifs dans tous les secteurs de la réponse à Matthew : eau, alimentation, logement, santé, éducation, agriculture, élevage, pêche, commerce, etc. L’aide fournie était principalement en nature, mais ils ont également fourni une aide technique et financière aux sinistrés. La présence et le soutien émotionnel ont également été considérés comme une aide importante, tant par les donateurs que les bénéficiaires de l’aide. Toutefois, les auteurs du rapport admettent qu’il leur est difficile de quantifier cet élan de solidarité suscité dans tout le pays en faveur des victimes de l’ouragan Matthew. Cette difficulté s’explique, selon eux, par la multitude des acteurs et des initiatives, la réticence de beaucoup d’entre eux à dévoiler leurs chiffres, et le fait qu’une grande partie de l’aide ait été des dons en nature. S’il est tout aussi difficile de mesurer l’impact réel qu’ont eu les acteurs haïtiens dans la réponse à Matthew, en raison du nombre élevé d’initiatives et du fait que la majorité n’ont pas été répertoriées de manière centralisée, le rapport constate qu’ils ont cependant tenté de faire le maximum avec les ressources financières, souvent réduites, dont ils disposaient. L’impact non négligeable découlant de la large mobilisation des acteurs haïtiens à travers tout le pays, malgré leurs limitations, n’a pas toujours été valorisé, reconnaissent les auteurs. Cette étude tente de fournir un ordre d’idées des montants déployés par différents acteurs haïtiens. La valeur de l’aide fournie (ou reçue dans le cas des bénéficiaires) dans les zones sinistrées, entre octobre et décembre 2016, par chacun des acteurs haïtiens interrogés (gouvernement, ONG, secteur privé, particuliers, bénéficiaires) s’est échelonnée entre 0.07 dollar américain (cinq gourdes) et plus de deux millions de dollars américains. Sur 11 organisations ou entreprises haïtiennes qui ont fourni aux enquêteurs à la fois la valeur et la provenance des fonds, totalisant une aide d’une valeur de USD 1 483 000, 33 % (USD 491 170) provenaient de fonds haïtiens. En ce qui concerne la répartition territoriale, au-delà de l’entraide visant les amis et les proches, l’aide haïtienne a atteint des communautés et des institutions (surtout des écoles) affectées par Matthew principalement dans le Sud et la Grand’Anse, dans une moindre mesure dans les Nippes et l’Ouest. Très peu d’organisations ont fourni de l’aide dans le Nord-Ouest. Parmi les organisations haïtiennes interrogées, un tiers ont desservi Les Cayes et Jérémie. La plupart ont cependant choisi de s’éloigner des grandes villes où les acteurs de l’aide étaient nombreux, pour orienter leur soutien vers les communes rurales plus éloignées. Cependant, comme on pouvait s’y attendre en pareille circonstance, beaucoup reste à faire pour que la population puisse ne serait-ce que revenir à l’état où elle se trouvait avant la catastrophe. Lors des visites de terrain effectuées pour cette étude en février 2017, les besoins prioritaires exprimés par la population étaient la reconstruction des logements, la relance des activités économiques, l’alimentation/ l’agriculture et l’éducation. En ce sens, ce rapport propose huit recommandations, basées sur les demandes, les commentaires et les recommandations formulés par les acteurs haïtiens (autorités, organisations de la société civile, secteur privé, communautés affectées) interrogés durant l’enquête. Il s’agit de renforcer la capacité des acteurs dans la prévention et la préparation aux catastrophes ; faciliter l’accès des organisations haïtiennes aux ressources financières ; accélérer l’arrivée de l’aide aux personnes sinistrées, y compris dans les zones reculées ; renforcer les mécanismes pour que l’aide atteigne les plus vulnérables ; organiser l’aide de manière intégrée et adaptée aux besoins locaux ; développer des solutions d’urgence locales ; réduire le temps d’urgence et accélérer le relèvement et la relance des activités économiques ; et enfin s’attaquer aux causes fondamentales pour réduire la vulnérabilité. Les auteurs de ce rapport répondent au nom de Jean Pharès Jérôme, assistant secrétaire de rédaction à Le Nouvelliste et professeur à l’Université d’État d’Haïti (UEH), d’Elena Sartorius, rédactrice indépendante, à Port-au-Prince et à Genève, de Jose Flécher et de Jean Daniel Sénat, journalistes à Le Nouvelliste.

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