« Certaines orientations du gouvernement sont claires, d’autres méritent d’être formalisées», selon Elizabeth Beton Delègue

Publié le 2017-06-14 | Le Nouvelliste

National -

L’ambassadeur de France en Haïti Elizabeth Beton Delègue ne peut que se réjouir que le pays dispose désormais d’un président, d’un gouvernement et d’un Parlement fonctionnels après un long processus électoral. « On est quand même sorti de la période d’instabilité politique, avec la question des élections», se félicite-t-elle. À présent, elle espère que chacun va prendre ses responsabilités à un moment où elle dit constater une mise en jambe du gouvernement qui se fait progressivement. Elle a mis l’accent sur des orientations dont certaines, à l’instar de l’agriculture, de développement des activités de zones franches sont, selon elle, assez claires. « Mais par contre, il y en a d’autres qui méritent d’être formalisées », estime l'ambassadeur. Sans donner trop de détails, elle dit espérer que ce sera fait dans les semaines à venir. Elizabeth Beton Delègue a par ailleurs évoqué « un besoin de réforme évident, notamment sur la question de la gouvernance et de l’État de droit ». « Il y a un principe de base qui n’est pas propre à Haïti mais qui se vérifie dans le monde entier, si vous ne développez pas la gouvernance, tous vos efforts pour appuyer les politiques publiques seront vains», argumente-t-elle. « C’est au gouvernement de juger, de hiérarchiser ses priorités entre les besoins sociaux et la question d’une armée», estime Elizabeth Beton Delègue en ce qui a trait à la remobilisation de l’armée qui tient à cœur l’actuel gouvernement. L'ambassadeur a beau vouloir tenter de faire des réserves. « C’est une décision souveraine de l’État haïtien, nous n’avons pas à la commenter», a-t-elle souligné avant de se lancer dans des commentaires aux allures de désapprobation. « Nos efforts, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de Nations unies, ont porté dans le cadre de la Minustah sur le renforcement de la police nationale. Ce que nous souhaitons, c’est que ce renforcement puisse continuer», lâche Elizabeth Beton Delègue affirmant que la police est encore trop faible en nombre. Elle est aussi très en dessous des normes minimales de la région et « insuffisamment formée et structurée», selon elle. La coopération entre Haïti et la France se porte bien. « La coopération est tout sauf endormie. Elle est en marche », a soutenu l’ambassadeur de France en Haïti, reprenant un mot très à la mode dans l’Hexagone depuis l’accession d’Emmanuel Macron, leader d’En Marche, au pouvoir. La coopération entre Haïti et la France fait des efforts pour se renouveler et s’adapter, insiste Elizabeth Beton Délègue, témoin d’un protocole d’accord avec Télé 20 pour la reprise quotidienne en direct de France 24 en français quatre heures par jour. La France coopère avec Haïti dans les domaines de l’éducation, de l’agriculture durable et de la gouvernance. À ces trois axes sera ajouté bientôt celui du changement climatique. « On ne peut pas traiter les problèmes d’Haïti si on fait l’impasse sur sa vulnérabilité climatique», affirme la diplomate, mentionnant l’initiative «Haïti prend racine », entreprise avec d’autres partenaires publics, privés haïtiens et étrangers. Elizabeth Beton Delègue espère fortement que l’actuellement gouvernement va prendre le relais dans le cadre de sa contribution nationale à la lutte contre le changement climatique. L'ambassadeur encourage l’État haïtien à saisir l’opportunité du fonds vert créé dans le cadre du 21e Sommet international sur l’environnement, Cop 21, tenu à Paris en 2015. « En tant que petit État, on doit prendre les taureaux par les cornes», conseille-t-elle. Il y a une fenêtre d’opportunités qui a été ouverte que d’autres États ont saisi rapidement, fait elle remarquer. Les États en question se sont organisés pour soumettre de bons projets. Il n’y aurait donc pas, selon Elizabeth Beton Delègue, un problème d’argent mais de bons projets. « Cette urgence, elle est reconnue mondialement et par conséquent, il importe de saisir l’opportunité de ces nouveaux financements multilatéraux », selon l’ambassadeur de France.

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