Forum international

Odette Roy Fombrun: Nous sommes aussi des Amérindiens

Livres en folie Un forum international « Sur les traces de nos ancêtres amérindiens » s’est tenu les 18, 19 et 20 avril 2013, sous les auspices de la Fondation Odette Roy Fombrum pour l’éducation (FORF). À titre de mémoire, les « Actes du premier forum sur le patrimoine amérindien d’Haïti » sont publiés sous la direction de Rachel Charlier Doucet. Ces actes révèlent notre évolution de peuple en rapport avec le passé. Nous procédons souvent à des préjugements, sans tenir compte de notre véritable identité. Sommes-nous donc un peuple sans mémoire ? Combien d’entre nous connaissent l’existence des Amérindiens dans notre histoire de peuple ? Ce livre publié par la FORF nous en parle, et cet article rappelle les grands traits.

Publié le 2017-06-01 | Le Nouvelliste

Culture -

Wébert Lahens Nous sommes – Haïtiens - d’origine africaine et aussi « amérindienne ». Cet ensemble compose notre identité. Des recherches ont signalé la présence amérindienne en Haïti. Nous ne pouvons plus l’ignorer. Dans notre propre culture, à côté des autres composantes –européennes, africaines, indiennes- existe aussi la culture amérindienne, comme dans toute la Caraïbe, notamment à Bélize, à la Dominique, voire à Cuba. Celle-ci revendique sa part d’Amérindien dans sa culture. Et en Amérique latine, au Nicaragua, au Guatémala, au Honduras, en République dominicaine. Selon Rachelle Charlier Doucet, Ph. D, anthropologue et muséologue, présidente du Forum : « Nous devons récupérer tous les pans de cette identité et rassembler tous les morceaux pour assumer ce pluralisme. » Cela fait partie de notre patrimoine immatériel. Ces traits d’ordre divers peuvent servir les causes haïtiennes au plan culturel, au plan économique pour relever le pays actuel, si nous savons les valoriser. Un peuple civilisé récupère toujours les traces de ses origines pour en tirer avantage. Certains faits de cette civilisation continuent à traverser notre quotidien de peuple, mais en avons-nous prétention ? Ce document apportera une bouffée d’information aux débats ou discussions sur notre origine de peuple. Certains d’entre nous ont pratiqué l’apprentissage de l’histoire d’Haïti à travers J.C. Dorsainvil. La question de culture amérindienne n’y est jamais abordée. Pourtant, nous sommes des dépositaires de la culture haïtienne. Les roches tampées de Sainte Suzanne Le document insiste sur des aspects pointus indiquant les survivances de la culture amérindienne en Haïti. Par exemple, l’architecte Gilbert Valmé a remonté, dès le Xe siècle, les traces sur l’île d’Ayïti des « populations métissées à dominance culturelle Arawak, (ancêtres des Mayas et des Arawak) les Meillacains aménagèrent dans la périphérie des plaines, des vallées basses et/ou dans les vallées de Goâve ou du Plateau central / San Juan de la Maguana, des établissements préurbains. Ces villages prétaïnos, poursuit-il, caractérisés par une place centrale, et reliés à des stations de roches gravées ou pétroglyphes de lits de rivière dénommées roches tampées ou charco, singularisaient le panorama de la moitié Nord de l’île d’Ayïti/Quisqueya. » « Ces roches, avance l’architecte, sont l’expression de l’art rupestre qu’on retrouve en plein air. C’est un ensemble de gravures sur de gros galets immobiles dans les zones de confluence des rivières. » Avec une particularité : ce sont des « stations de vénération des ancêtres et des zémès, et en appendice de la place centrale. Un repère problablement pour ancêtres fondateurs des établissements humains », selon l’architecte et historien Gilbert Valmé. Ces différentes interventions de spécialistes (haïtiens et étrangers comme le Dr Kathleen Deagan, Ph.D, comme Juan Rodriguez Acost, PH. D, ex- directeur du Musée de l’Homme dominicain et tous les autres hauts cadres ou professionnnels du patrimoine national, comme Rachel Beauvoir Dominique) ont retenu l’attention. Celle-ci a souligné un point important : « Le patrimoine ethnologique haïtien est en passe de disparaître. La mort des anciens, la destruction de nos lakous, les crises combinées du politique, économique et idéologique, les conversions religieuses forcées, les conversions mercantiles ... tout ceci expédie aux poubelles de l’histoire les matériaux fondamentaux de notre compréhension existentielle et identitaire. » L’un des intervenants, Kendrick Desmesvar, Ph. D, ethnologue et spécialiste en patrimoine, s’est posé la question : « Qu’est-ce qui reste aujourd’hui comme héritage amérindien ou taïno en Haïti ? » Il a fait un constat : « C’est qu’il y a une disparition progressive, consciente ou inconsciente de la mémoire de ce peuple qui avait pourtant vécu dans l’île. » Les interventions, d’un spécialiste à l’autre : Lewis Clorméus, docteur en sociologie des religions,d’ Eddy Lubin, de Ginette Chérubin, de l’architecte Cassandre Méhu, de Monique Rocourt, de Pierre Chauvet, etc. ont rehaussé l’impact sur la qualité et les richesses du patrimoine national. Qui peut nous ravir cette conquête, si nous en prenons grand soin ? La FORF peut nous accompagner dans notre appropriation de ce patrimoine matériel et immatériel. Bénéficiant de l’encadrement de la FORF, ce travail va nous permettre de développer davantage la culture haïtienne, dans toutes ses composantes. La fondation de Mme Odette Roy Fombrum a ouvert les veines à un repère historique de notre culture sur les traces de nos ancêtres amérindiens. En patronant l’organisation du forum et la publication des « Actes du premier forum international sur le patrimoine amérindien d’Haïti. », Mme Fombrum s’est mise, comme l’autre, aux dires d’Aimé Césaire, debout. Ici, à cent ans presque, toujours au service de la nation. Nous incitons les collectionneurs, les éducateurs et éducatrices à encourager les enfants, les jeunes, les universitaires à se procurer ce livre à Livres en folie, au Champ de Mars, dans la cour du MUPANAH (les 15 et 16 juin 2017). Nous sommes des Haïtiens descendant d’Afrique, mais aussi des Amérindiens.

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