Haïti et la CARICOM dans le viseur de Washington pour blanchiment d’argent

La liste noire du Département d’État américain provoque une levée de boucliers dans la région après que 14 des 15 pays membres de la CARICOM ont été taxés de « principaux pays de blanchiment d'argent » par Washington dans son dernier rapport de Stratégie internationale de contrôle des stupéfiants de 2017 (INCSR).

Publié le 2017-05-16 | Le Nouvelliste

Economie -

Plusieurs dirigeants dans la région sont montés au créneau pour dénoncer cet étiquetage portant préjudice aux pays membres du bloc régional. En effet, la plupart des économies de ces pays sont fortement dépendants du tourisme et des services financiers comme les banques offshores. La question vient d’être examinée par les ministres du Commerce de la CARICOM lors d'une réunion de deux jours en Guyane. À l’issue de cette réunion ministérielle, le secrétaire général de la CARICOM, Irwin La Rocque, a déclaré à l'AFP que cela pourrait avoir des effets dévastateurs sur la région. Le dirigeant régional pense que ces listes noires unilatérales n’aident la région en quoi que ce soit et suggère qu’il y ait une discussion et de la transparence sur la façon dont elles sont élaborées. La Rocque annonce que les ministres des Affaires étrangères du bloc régional vont se réunir le mois prochain à la Barbade pour préparer le terrain afin d’intensifier les efforts de lobbying régional que les États membres ont déjà commencé individuellement à Washington. La CARICOM est en colère contre les États-Unis pour l'étiquetage pratiquement de tous les membres du bloc commercial régional comme étant des juridictions du blanchiment d'argent. Le seul État membre de la CARICOM qui n'a pas été mis à l'index par Washington est Montserrat, un territoire d'outre-mer britannique. Donville Inniss, ministre du Commerce et de l'Industrie de la Barbade, appelle à une réaction commune régionale pour contrer ce problème qui pourrait affecter la survie de chaque économie dans la région. Les États-Unis considèrent qu’Haïti ne fait pas assez dans la lutte contre le blanchiment. « Il n'y a pas eu de condamnation ni de poursuite pour blanchiment d'argent en Haïti en 2016 », souligne le rapport annuel du Département d'État américain traitant du blanchiment d'argent et des crimes. Selon ce rapport, Haïti continue d’être un pays vulnérable à la corruption et au blanchiment d'argent. La faiblesse du système judiciaire haïtien et les mécanismes de poursuite ainsi que le manque de connaissance des magistrats et des commissaires du gouvernement des modifications législatives récemment adoptées sont autant de freins, selon ce rapport, qui participent à la vulnérabilité du pays face à la corruption et au blanchiment d'argent. La Rocque insiste donc auprès des membres de la CARICOM pour qu’ils se conforment aux normes internationales de lutte contre le blanchiment d'argent. Ces dernières années, un certain nombre de banques commerciales américaines ont rompu leurs relations de correspondance avec certaines banques à travers les Caraïbes en vue de réduire le risque d'être exposées à la circulation de l'argent sale dans le cadre de la lutte globale contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Les responsables estiment que l'annonce du Département d'État américain a le potentiel de surélever la crainte des banques internationales et d’intensifier le phénomène connu sous le nom de « de-risking ». Les principaux pays de blanchiment d'argent classés dans le rapport INCS sont Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, la Barbade, le Belize, la Dominique, la Grenade, le Guyana, Haïti, Jamaïque, Saint-Kitts-et-Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent-et-les Grenadines, Suriname et Trinité-et-Tobago. D'autres territoires et pays des Caraïbes également reconnus comme blanchisseurs dans ce rapport sont Aruba, les îles Vierges britanniques, les îles Caïmans, Cuba, Curaçao, la République dominicaine et Saint-Martin. Le Canada, les Pays-Bas, l’Espagne et le Royaume-Uni complètent la liste. Sources combinées

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