Marc Alain Boucicault parle d’« écosystème entrepreneurial » au sommet international des femmes du numérique

Au sommet international des femmes du numérique, Marc Alain Boucicault (MAB), Msc. Politique économique financière, parle d’« écosystème entrepreneurial », un concept important qu’il a découvert et enchéri après des années passées à la Banque mondiale et la Banque interaméricaine de développement (BID) en Haïti et à Washington, DC.

Publié le 2017-05-16 | Le Nouvelliste

Economie -

« L’économiste doit expliquer la croissance et moi je me retrouve souvent à expliquer pourquoi il n’y avait pas assez de croissance en Haïti. » MAB commence par expliquer le travail souvent frustrant et limité de l’économiste en Haïti. À la recherche de solutions non conventionnelles, cela fait quelques années, il s’implique dans le changement dans sa communauté tant du côté social avec le Groupe ECHO Haïti et le projet ELAN Haïti, que du côté entrepreneurial avec HFund, un microfonds en capital risque destiné à financer des startups locales avec un fort potentiel de croissance, ou encore, l’organisation du « Haiti Tech Summit » pour ramener des entrepreneurs et innovateurs de par le monde en Haïti. Et voilà qu’il retrouve ce terme non pas nouveau, mais qui cristallise parfaitement l’effort collectif qui doit être fait pour réellement mettre l’entrepreneuriat et l’innovation au cœur de la création de la richesse en Haïti comme ce fut le cas dans des pays comme la Colombie et le Chili en Amérique latine ou le Nigeria et le Kenya en Afrique ou encore, le cas classique, à Silicon Valley aux États-Unis. L'expression « écosystème entrepreneurial » désigne tous les éléments - individus, organisations et institutions - en dehors de l'entrepreneur individuel qui peuvent permettre à ce dernier de démarrer et de réussir son entreprise. « Ceci concerne tout le monde et implique que chacun dans la chaîne doit faire sa part et interagir avec les autres », explique MAB. Dans un écosystème, il y a 6 grands piliers : l’État, la finance, la culture, les supports, le capital humain et les marchés. Il enchaîne avec des éléments, selon lui, importants pour le développement de l’entrepreneuriat : « Aucun pays n’a pu transformer sa classe d’entrepreneurs en un laps de temps court, ça commence par une culture : comment alimenter les désirs, l’envie de réussir, cultiver la tolérance, la collaboration entre ses pairs. Un autre élément important : des ressources humaines qualifiées. On ne peut pas faire de l’entrepreneuriat sans que les universités ne s’impliquent pas. De bons managers, de la bonne formation pour la main-d’œuvre et « le middle management » et de l’appui à la recherche sont plus qu’importants au développement de l’entrepreneuriat. La notion de support fait référence à des services de base comme les différentes firmes qui offrent leurs services en comptabilité, en processus légal financier, en formation entrepreneuriale, etc. Et c’est là que vient la notion de plan d’affaires et pas avant. Profitant pour dire que les modèles de support à l’entrepreneuriat qui exigent d’un côté le montage de plan d’affaires et l’accès au financement de l’autre sont totalement dépassés de nos jours. Aujourd’hui, l’accent est mis sur la construction de modèles d’affaires et l’expérimentation qui est beaucoup plus profond et pertinent. D’ailleurs, pour lui, le financement n’est qu’un (1) pilier sur les six (6). On peut avoir tous les financements au monde, si tous les autres piliers ne sont pas activés, le risque en reste encore entier. Il poursuit pour expliquer le rôle de l’État en faisant référence au modèle de Manizales en Colombie, où le président Manuel Santos Calderón s’est personnellement impliqué dans la transformation de cette ville en un pôle d’entrepreneuriat et d’innovation axé sur la croissance économique. Pour faire des entrepreneurs un vecteur de croissance, il faut que les institutions publiques du pays comprennent qu’ils font aussi partie de la solution, le Parlement doit commencer à discuter des lois sur l’entrepreneuriat, il faut les infrastructures et une stratégie réelle de support à l’entrepreneuriat qui puisse voir plus loin que le financement des bailleurs de fonds internationaux. Au-delà d’une question d’argent, il faut plutôt un paquet incitatif adéquat capable de stimuler tous les piliers de l’écosystème. Plus que de la promotion, il faut de réels engagements et de l’interaction. Pour terminer avec les marchés, il explique qu’il faut penser local et international et développer de réelles collaborations avec les entreprises existantes et non les mettre de côté pensant qu’elles sont des ennemies. Les entreprises établies restent les meilleurs mentors, les meilleurs bras d’accès au marché existant et même les investisseurs potentiels les plus proches. Il faut collaborer pour une plus forte croissance en Haïti. Pour identifier et supporter les idées qui pourraient révolutionner notre macroéconomie non productive et prisonnière du cercle vicieux de l’importation financé par l’aide externe et l’argent de la diaspora. Marc Alain Boucicault a terminé son éloquente présentation avec une proposition. Celle de créer des « hubs » (carrefours) entrepreneuriaux afin de faciliter la rencontre et l’interaction entre les différents piliers de cet écosystème en Haïti et de les connecter avec le monde. Il invite l’assistance à lire Daniel Isenberg, de l’Université Babson aux États-Unis,celui qui lui a totalement bouleversé ses idées.

John Sterlin Duverseau Business & Community Manager johnsterlind@gmail.com Auteur

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