Aider les enfants quand ils en ont le plus besoin

Publié le 2017-05-11 | Le Nouvelliste

National -

Quand un enfant naît, une horloge se met à tourner. Les scientifiques ont démontré que la moitié du potentiel intellectuel d'un enfant se développe avant l'âge de quatre ans. Son développement précoce entraîne une énorme différence pour son bien-être pour le reste de sa vie. Il n’est donc pas surprenant que les éminents économistes qui ont étudié les réponses aux défis haïtiens se soient focalisés sur des investissements qui ciblent les enfants dans la petite enfance et dans le ventre de leurs mères. Haïti Priorise est un projet de recherche financé par le gouvernement du Canada qui a collaboré avec plus de 700 experts du secteur représentant le gouvernement, des donateurs, des groupes de réflexion, des universités et des ONG, et avec 50 économistes haïtiens et étrangers pour identifier et étudier 85 propositions permettant d’améliorer le bien-être social, économique et environnemental d'Haïti. Quarante-cinq documents de recherche ont été rédigés par des économistes, dont un tiers de fonctionnaires haïtiens, selon la méthodologie du groupe de réflexion international du Copenhagen Consensus. Le groupe d’experts : la conseillère auprès des directeurs exécutifs d'Haïti au Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international Ketleen Florestal, l’ancien gouverneur de la banque centrale Philomé Joseph Raymond Magloire, le célèbre économiste haïtien et commentateur économique Kesner Pharel et l’économiste lauréat du prix Nobel, Vernon Smith, ont tenu compte de ces nouvelles recherches économiques et se sont entretenus avec tous les auteurs à Port-au-Prince la semaine dernière. Après délibération, ces éminents économistes ont publié une liste de priorités qu'ils ont présentée au président Jovenel Moïse, au Premier ministre Jack Guy Lafontant, au président du Sénat Youri Latortue et à d'autres membres du cabinet. De plus, ils ont présenté les recherches au ministre de la Planification et de la Coopération externe, Aviol Fleurant et aux techniciens du MPCE. Les dix propositions de recherche principales, ainsi que des idées convaincantes permettant de développer la prospérité économique comprennent la réforme de l’EDH, l’amélioration du port de Cap-Haïtien, l’élargissement de l'accès à l’Internet mobile et la réduction des décès par traumatisme en formant des premiers intervenants. Ces propositions créeraient une différence alors que le temps s’écoule sur l'horloge de l’épanouissement de l'enfant. Le panel a pris connaissance des nouvelles recherches de l'économiste Karin Stenberg de l'Organisation mondiale de la santé et de ses coauteurs montrant que l'amélioration de l'accès aux soins obstétriques d'urgence pour gérer les complications relatives à la naissance permettrait d'éviter 505 décès maternels par an. Près de 4 000 nouveau-nés survivraient chaque année et 859 mort-nés seraient évités. Chaque gourde dépensée à ces fins générerait des avantages pour la société d'une valeur de 16 gourdes. Une fois qu'un enfant est né, il est crucial de le protéger contre les maladies. L'économiste Magdine Flore Rozier Baldé, du ministère de la Planification et de la Coopération externe (MPCE), a présenté des preuves sur les avantages de l’augmentation de la couverture vaccinale des nourrissons à 90% d'ici 2020 et a calculé que cela coûterait 2,4 milliards de gourdes sur cinq ans, et permettrait de vacciner 864 000 enfants supplémentaires et de sauver plus de 16 000 vies. Les avantages sont équivalents à 32,3 milliards de gourdes, ce qui en fait un investissement phénoménal. L'augmentation de l'accès à la planification familiale est une autre proposition que le groupe d’experts a considéré comme l'une des principales priorités pour Haïti. Cela coûterait 1 496 gourdes par femme, soit 1 543 millions de gourdes chaque année pour atteindre toutes les femmes en Haïti qui en ont besoin, selon le professeur Hans-Peter Kohler de l'Université de Pennsylvanie. Il a constaté que les programmes de planification familiale présente une multitude d'avantages : ils réduisent la mortalité maternelle et infantile, améliorent la santé des enfants, l'éducation féminine, la santé générale des femmes, la participation des femmes au marché du travail et l’augmentation de leurs revenus. En Haïti, le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans pourrait être réduit de 70% grâce à l'amélioration de l'accès à la planification familiale. Avoir moins d'enfants signifie avoir relativement plus de personnes en âge de travailler, ce qui rendrait Haïti légèrement plus productif. Compte tenu de cela, chaque gourde consacrée au développement des services de santé reproductive et sexuelle générerait des avantages d'une valeur de 18 gourdes. Au début de la vie d'un enfant, l'accès à la stimulation éducative peut créer des conditions propices à son succès dans sa vie d'adulte. L'économiste de l'éducation, Atonu Rabbani, a présenté des preuves au groupe d’experts qui montrent que deux années de sessions de jeu dirigées par un enseignant permettent de développer certaines facultés telles que la socialisation et coûteraient environ 5 500 gourdes (79 $) par élève chaque année. Une expérience de recherche célèbre sur le long terme en Jamaïque donne de bonnes raisons de croire qu'une telle politique entraînerait une augmentation de 35% de leurs futurs revenus. Sur la base d’un retour sur investissement convaincant (14 gourdes pour chaque gourde dépensée), le groupe d’experts a jugé que cela devrait être une priorité pour Haïti. Kesner Pharel a conclu que « l'éducation de la petite enfance peut inculquer un amour de l'apprentissage durant toute la vie d'un enfant ». Pour finir, les experts ont constaté que l'amélioration de la nutrition est l'un des investissements les plus importants qui puissent être réalisés dans la vie d'un jeune enfant. Les économistes ont examiné les recherches de Stephen Vosti et de ses collègues de l'Université de Californie à Davis, sur les avantages de l'ajout de fer et d'acide folique à la farine de blé lorsqu'elle est broyée ou mise en sacs en Haïti. Ce processus est appelé « enrichissement » et peut être adapté pour ajouter des micronutriments vitaux à tout produit alimentaire de base. Bien que cela améliore l'apport en acide folique et en fer pour toute la population, cela aurait les effets les plus importants pour les femmes enceintes et les jeunes enfants. Dépenser 331 millions de gourdes pour enrichir 95% de la farine de blé éviterait 140 décès dus à une anomalie du tube neural et plus de 250 000 cas d'anémie chaque année. Cette mesure serait relativement peu coûteuse et aurait des répercussions énormes et durables d'une valeur de 7,9 milliards de gourdes. A cet effet, Raymond Magloire a souligné : « L’enrichissement de la farine de blé est une intervention très peu coûteuse, impliquant une coopération entre le gouvernement et l'industrie haïtiens pour s'assurer que les micronutriments sont ajoutés à l’étape du broyage. Nous avons donc d’excellentes raisons d’enrichir un produit alimentaire de base qui pourrait faire une grande différence pour un problème nutritionnel important. » pour sa part, Ketleen Florestal a conclu que la proposition avait un potentiel « transformateur » : « Si cette mesure était mise en œuvre correctement dans le contexte haïtien, cela pourrait améliorer l’alimentation et la santé de nombreuses personnes et éliminer un désavantage important d'une grande partie de la population. » Les résultats du groupe d’experts sur les interventions nutritionnelles, sanitaires et éducatives montrent qu'il y aurait d'énormes avantages qu’Haïti investisse dans ces principales interventions axées sur les premières et les plus cruciales années d'un enfant.

Gaelle Prophete est gestionnaire de projet pour Haïti Priorise et une consultante dont le travail couvre les organismes publiques, privés et internationaux dans divers secteurs. Bjorn Lomborg est fondateur et président du Copenhagen Consensus Center, auteur de The Nobel Laureate’s Guide to the Smartest Targets for the World 2016-2030 et de The Skeptical Environmentalist, et professeur invité à la Copenhagen Business School.

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