Voulez-vous aller au Chili ?

Publié le 2017-05-10 | Le Nouvelliste

Editorial -

Le blog « La loi de ma bouche » a, de temps à autre, des textes coup de poing. Des billets courts qui vous touchent au plexus solaire (notre fameux anba biskèt) et vous coupent le souffle. Le papier intitulé «Moi, je pars 50 ans » est de cette veine. Cela fait mal à lire. Patricia Camilien, du staff de l’Université Quiskeya, y raconte ses derniers instants avec un étudiant en médecine qui lui annonce qu’il va poursuivre son parcours professionnel aux Etats-Unis d’Amérique. Avec raison et ambition, le jeune médecin veut avoir une carrière dans un pays où le mot avenir a un sens, une trajectoire et des balises. « Là-bas, si tu fais ce que tu as à faire, tu vois les résultats sans rien devoir à personne… », semble dire au professeur l’étudiant qui largue les amarres. Difficile ces derniers temps de ne pas rencontrer des jeunes et même des hommes et femmes entre deux âges qui émigrent parce que Haïti ne leur garantit rien. Souvent, ce ne sont pas les plus pauvres, mais des membres de toutes nos catégories sociales qui s’en vont conjuguer ailleurs leur futur simple. Et ce ne sont pas ces départs qui devraient le plus nous inquiéter, mais le soulagement et l’indifférence de la société haïtienne devant cette hémorragie, cette soupape, cet exit. De passage au Nouvelliste vendredi dernier, l’ambassadeur du Chili en Haïti, Patricio Utreras, a confié au journal combien nos compatriotes sont appréciés dans son pays. La communauté des Haïtiens du Chili grandit de jour en jour, s’installe, fait venir amis et parents dans ce nouvel Eldorado de l’Amérique latine qui ouvre ses deux bras pour les recevoir. Entre cent cinquante et deux cents Haïtiens débarquent chaque jour à Santiago du Chili. Pas besoin de visa, des formalités réduites au simple minimum et un marché du travail accueillant les encouragent à s’y établir. Signe que le Chili veut des Haïtiens, la présidente de ce pays, Michelle Bachelet, a fait le voyage jusqu’à Port-au-Prince pour venir signer un accord qui établit l’équivalence des diplômes entre nos deux pays. Ce n’est pas pour que les Chiliens viennent travailler en Haïti sans problème, mais pour que nos baccalauréats et autres documents sanctionnant études et formations soient reconnus chez elle. Le Chili veut des Haïtiens et le dit. Le Chili veut des Haïtiens et leur pave la route. Haïti ne fait rien ni pour leur faciliter le départ, ni pour freiner, renforcer ou organiser leur implantation. Comme lors de l’odyssée vers le Brésil, il y a quelques années, l’Etat haïtien, est tétanisé, entre soulagement et indifférence. Un autre pays, le Mexique, après de fructueuses démarches de l’ambassadeur haïtien sur place, s’apprête à légaliser nos compatriotes qui s’y sont casés après avoir échoué à entrer aux USA. C’est 4 000 des nôtres qui pourront travailler et construire leur avenir dans une certaine sérénité au Mexique grâce aux décisions récentes des autorités mexicaines. Le Mexique n’ouvrira pas ses portes aux prochains arrivants, mais résout le problème de ceux déjà présents sur son sol. Cette grande victoire de la diplomatie pourrait se répéter sous d’autres cieux si le gouvernement haïtien se donnait la responsabilité de définir une politique migratoire à défaut d’avoir des moyens et des incitations pour retenir dans nos frontières la population. Comme nous ne faisons ni de la défense à l’étranger ni de la rétention des Haïtiens sur notre sol un devoir, ne vous étonnez pas, quand, autour de vous, celui-ci veut aller aux USA, en République dominicaine ou au Chili. Cela fait un siècle que nous cherchons des cieux cléments.

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