Le refus de la honte nationale

Livres en folie À la 23e édition de Livres en folie, Léonard Dubuisson signe « Charles-Le-Grand Péralte, Le refus de la honte nationale ». Ce héros national est une source d'inspiration intarissable pour historiens, chercheurs, universitaires et écrivains.

Publié le 2017-05-16 | Le Nouvelliste

Culture -

Ricardo Ulysse Alors que pendant l’Occupation américaine, l’élite haïtienne avait une position plutôt mitigée contre les Yankees, le chef des Cacos, Charlemagne Péralte, ne se soumet pas à l’occupant. Toute la démarche de Léonard Dubuisson, l’auteur de « Charles-Le-Grand Péralte, Le refus de la honte nationale », tourne autour de cette question. L’auteur puise dans les racines du chef caco pour brosser son portrait. François Borgia Charlemagne Péralte est né à Hinche, chef-lieu du département du Centre, le 10 octobre 1887. C’est dans cette ville devenue capitale du Plateau central qu’il a grandi et fait son service militaire. Ce natif de Hinche a marché sur les traces de ses parents. Religieux, respectueux des principes, cultivant les valeurs de l’Haïti profonde, il élevait la patrie à la hauteur d’un culte. L’élite au temps de l’Occupation pouvait-elle conjuguer ses intérêts avec ceux du peuple ? On était à une époque où les révolutions s’enchaînaient à un rythme incroyable. Les armes, le feu et la violence dévastaient l’économie des nationaux. Les investisseurs haïtiens, pour la plupart, étaient ruinés alors que le commerce des étrangers comme les Allemands, les Français et les Américains prospérait. Que faire ? Un vrai dilemme. Position de l’élite Léonard Dubuisson qui prend part à Livres en folie cette année dresse le décor au temps de l’Occupation. « Avant l’Occupation, l’élite économique jouissait de tous les privilèges lui permettant de dominer les autres catégories sociales.» Pendant l’Occupation, les relations entre les forces d’occupation et l’élite économique étaient très tendues. C'est ce qui explique qu’en dehors du mouvement caco, les porte-étendards de l'opposition contre l'Occupation étaient des mulâtres. En fait, les membres de « l’élite se trouvaient confrontés à la réalité de leur propre inaptitude face au pouvoir américain et la preuve de leur incapacité à gérer les affaires nationales de manière à éviter l’Occupation.» Position de Charlemagne Péralte C’est avec la rage au cœur que Charlemagne Péralte a vécu l’Occupation. Il a ressenti cette souillure nationale dans sa chair. Pour toute réponse, il a porté ses frères de sang, ses frères de race à prendre les armes contre les Yankees. « Malgré les atteintes portées à notre autonomie et à notre dignité de peuple libre et indépendant, nous étions disposés à accepter la Convention et à exécuter les obligations qu’elle comporte pour nous. Mais les promesses fallacieuses faites par les Yankees en débarquant sur notre sol se réalisent depuis tantôt quatre ans par des vexations perpétuelles, des crimes inouïs, des assassinats, des vols et des actes de barbarie dont seul dans le monde entier l’Américain a le secret », souligne l’auteur. « Depuis quatre ans, l’occupant nous insulte à tout instant. Chaque matin nous apporte une nouvelle offense. Le peuple est pauvre et l’Occupation le presse sous les taxes. Elle répand les incendies et elle empêche les gens de reconstruire leurs maisons en bois, sous prétexte d’embellissement de la cité. » Conzé, le traître À l’instar de l’histoire du Christ trahi par les siens, l’histoire va reprendre son cours et elle le fera par le truchement d’un certain Jean-Baptiste Conzé, un officier caco. Pour trois mille dollars, ce dernier a entrepris sa campagne de trahison qui a coûté la vie à Charlemagne Péralte le 31 octobre 1919 par deux coups de revolver du sergent américain Herman H. Hanneken, dans son campement même où il se croyait en sécurité. Le corps du héros révolutionnaire fut attaché à une porte, recouvert du bicolore haïtien. De martyr à héros Par sa générosité et son sens du sacrifice pour son peuple, Péralte a inscrit son nom dans l’éternité. Si sa dépouille mortelle a été traitée comme celle d'un vil bandit par l’ennemi, son courage, son abnégation et l’amour de sa terre font de lui le dernier grand général de l’armée indigène du XXe siècle. Sa mémoire est aussi saluée par les Américains. « Nous sommes allés chez vous sans aucun droit, tout simplement parce que nous sommes plus forts que vous. Mais votre pays vous appartient, il faut bien que nous nous en retirions un jour. Le premier devoir des Haïtiens, après notre départ, je vous prie de le leur dire de ma part, sera d’élever un magnifique monument à la mémoire de Charlemagne Péralte. C’est Péralte et ses cacos qui, par leur héroïsme et leur mépris de la mort, nous ont portés, nous Américains, à avoir de la considération pour vos compatriotes. »

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