Recension critique

« Le mouton du village » de Christophe Philippe Charles à Livres en folie

Publié le 2017-05-11 | Le Nouvelliste

Culture -

Wébert Lahens Les contes croquent les plus belles scènes de vie d’une société. Ils les immortalisent. S’ils sont fantastiques, comme chez Edgard A. Poe, ils nous poussent, comme au temps du rara, à dévoiler, au grand jour, tout ce qui était dissimulé, volontairement. On tente souvent de camoufler la véritable histoire des hommes de ce pays, même si cela choque l’entendement humain. Le cas particulier évoqué dans les contes fantastiques de Christophe P. Charles dans le « Le mouton du village » est une belle illustration. Il nous conduit « au plaisir du texte » dont parlait Roland Barthes, l’émerveillement est jouissif. Le fantastique développe une autre image de l’Haïtien à travers les contes. Une autre réalité qui nous porte à élargir notre vision, notre manière de percevoir les grands hommes de ce pays. « Le mouton du village » esquisse un portrait de l’Haïtien. Masqué, jusqu’à maintenant. Honnête, fiable, avenant, quelqu’un du village - aux yeux de plus d’un, dans la réalité, se révèle un sorcier : ce fameux Tonton Lubin ! Inoccupé durant la journée – il n’a ni femme ni enfant connus, ce vieillard s’amuse à manger les enfants du village. Comme des petits poussins. Il jouit l’avantage du temps et de l’effet de surprise. Il les capture, il les partage avec ses frères de la société secrète « des moutons ». Comme l’explique Christophe Charles « c’est aussi à cette période que des enfants commencèrent à disparaître et à mourir de mort surnaturelle. C’est pourquoi beaucoup de gens, au village, suspecteront Tonton Lubin. Mais d’autres familles comme les Ravels le connaissaient pour un homme affable». Jean, leur fils, défiait souvent ce recruteur insolite. Surtout au cours d’un bal où il a dansé avec un mouton. Celui-ci lui avait signifié : « Tu es brave, mon garçon, mais ne recommence plus. » Père Lubin s’est rendu, à cet effet, chez les parents du jeune homme pour leur demander de le surveiller, de l’empêcher de balader la nuit, à une heure indue. Ce genre de conte excite l’appétit du lecteur, surtout les enfants. Cette histoire raconte une autre facette de la réalité environnante. Quel plaisir : s’en effrayer un moment et, ensuite, prendre un temps pour en rire. La société des moutons continue à nous imposer sa loi. Selon le dicton populaire, les moutons vivent en solidarité avec leurs pairs. Ils soutiennent toujours l’autre frère dans le besoin. Dans le malheur, ils sont disponibles pour leurs semblables. Cette société secrète est encore présente dans le pays. Elle s’enrage et se déchaîne quand elle ne repère âme à croquer. Les chemins du fantastique haïtien sont choquants surtout pour ceux qui sont pris dans ses rets, dans ses griffes.

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