Les arbres repousseront avant que l’État ne nomme un coordonnateur pour l’après-Matthew

Publié le 2017-04-26 | Le Nouvelliste

Editorial -

Plus de sept mois après le passage du cyclone Matthew, deux présidents et deux premiers ministres plus tard, l’État haïtien n’a toujours pas compris qu’il faut nommer un coordonnateur ou des responsables sectoriels pour prendre en main l’aide, la relève, la reconstruction des trois départements les plus meurtris par les dévastations de l’ouragan de catégorie 5 qui a frappé le pays en octobre dernier. Deux présidents, deux gouvernements plus tard, les mesures nécessaires pour relancer la normalité dans les zones affectées tardent encore. Il a fallu les pluies de la fin de la semaine écoulée pour que tout le monde se rende compte combien le Sud demeure fragile et dépourvu de ressources pour faire face à la plus petite inondation. Avant, il avait fallu des articles dans la presse nationale et internationale sur les risques de famine dans la Grand’Anse pour porter le président de la République et le gouvernement à se réunir avec les ONG, les bailleurs et les amis d’Haïti sur la situation dans la région. Depuis, si des décisions ont été prises et des financements identifiés, on n’en a plus entendu parler. La récente visite du premier ministre Jack Guy Lafontant dans le Sud, pour évaluer sur place les dégâts des pluies, s’est terminée sur une tragédie supplémentaire quand son cortège a heurté des riverains, provoquant mort d’homme et hospitalisation. Qu’a vu le premier ministre, qu’ont compris les membres de sa délégation, qu’elles seront les actions, qui va les coordonner ? On l’ignore pour l’instant. Le département du Nord-Ouest, lui aussi sinistré par les vents et les pluies de Matthew, n’est que rarement cité dans les rapports et projets. On a oublié encore une fois cette partie du territoire livrée à elle-même. La communication gouvernementale s’arrête là où les choses concrètes commencent. Pour le plus grand malheur des gens du grand Sud, le président Jocelerme Privert avait raté le coche avec toutes les nominations faites sur la coordination de l’aide d’urgence. Le président Jovenel Moïse, lui, hésite encore à nommer un responsable ou une coordination pour la reconstruction. Les deux présidents pré et postMatthew demeurent tétanisés devant l’ampleur de la catastrophe, pensent que tout peut être géré par des équipes depuis Port-au-Prince ou par des visites symboliques sur les lieux d’un responsable de temps à autre. Les jours passent, des opportunités s’éloignent, les maux demeurent. Les bailleurs de fonds ne savent pas à qui s’adresser. Ils ignorent quelles sont les priorités de la nouvelle administration. Aucune mesure budgétaire concrète n’a été prise pour le grand Sud depuis les millions dépensés pour le carnaval. Les arbres vont repousser tout seuls, la douleur des gens se dissipera, mais le relèvement n’aura pas lieu par miracle. Nous faisons tout pour que le grand Sud, le Nord-Ouest et le pays paient le plus longtemps et le plus cher possible les coûts engendrés par Matthew. Encore une fois, en Haïti, la vraie et la pire catastrophe n’est pas un acte de la nature, mais un fait des hommes.

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