Comment un meilleur accès à la planification familiale pourrait aider Haïti

Publié le 2017-04-20 | Le Nouvelliste

National -

Au cours des années 1970 et 1980, un programme de planification familiale efficace avec un solide appui des secteurs privé et public a contribué à faire baisser le taux de fécondité en Haïti. L'instabilité politique des années 1980 a entraîné la dissolution du Conseil national de planification familiale, la fin du projet de sensibilisation à la planification familiale si bien que les soutiens à de nombreux services de santé sexuelle et reproductive ont été transférés au profit d’organisations internationales. De plus, au début des années 1980, les premiers cas d'infection par le VIH ont été diagnostiqués en Haïti et, à la fin des années 1980, le financement lié au VIH/SIDA avait dépassé celui de la planification familiale alors que le gouvernement et ses ONG partenaires luttaient pour contenir l'épidémie qui se propageait rapidement. Bien que des améliorations aient eu lieu récemment, les bouleversements politiques et les faiblesses économiques ont affecté les efforts visant à améliorer la santé reproductive et la planification familiale. C'est pourquoi Haïti a pris du retard par rapport à d'autres pays en ce qui concerne les services de santé sexuelle et reproductive. Le tremblement de terre de 2010 et ses conséquences ont eu un lourd impact sur l'ensemble du système de santé, y compris la santé sexuelle et reproductive. Bien que des efforts aient été faits en quelques jours pour apporter des services de planification familiale, il a été prouvé que le tremblement de terre a eu des conséquences négatives importantes, y compris sur l'utilisation des contraceptifs injectables, la méthode contraceptive la plus répandue en Haïti. Le tremblement de terre a également eu une incidence négative sur la dynamique partenariale, comme la capacité des femmes à négocier l'utilisation du préservatif. En réponse, Haïti a fait des efforts pour relancer son programme de planification familiale. Une politique de 2013 stipule que la prestation de services gratuits de planification familiale est requise dans tous les établissements de santé, y compris les infirmeries sur les lieux de travail. De plus, les prestataires de soins de santé sont tenus d'encourager les femmes ayant plus de deux ou trois enfants à envisager une méthode contraceptive à action prolongée et divers programmes d'éducation et de planification familiale ont été conçus et mis en œuvre. Le Plan stratégique national de santé de la reproduction et de planification familiale pour 2013-16 a intégré la planification familiale en tant que composante centrale dans la réduction de la mortalité maternelle et néonatale. Haïti espère ainsi faire renaître une partie de ses succès passés, en réduisant le taux de fécondité et en générant des avantages individuels, sociaux et économiques qui découleraient de l'amélioration de la santé sexuelle et reproductive. Ainsi, pour Haïti Priorise, le professeur Hans-Peter Kohler de l'Université de Pennsylvanie a étudié les avantages et les coûts d'un investissement dans les programmes de planification familiale. Par ailleurs, des économistes spécialisés examinent pour Haïti Priorise différentes façons de répondre à divers défis développementaux, environnementaux et économiques. Ces résultats sont présentés aux lecteurs du Nouvelliste sans autre intention que de stimuler le débat politique en Haïti et chez les Haïtiens à l'étranger. À la fin du mois, un éminent groupe d'économistes et d’experts en développement de renommée mondiale se réunira à Port-au-Prince pour examiner les recherches et identifier les priorités d'action. Les « besoins non satisfaits » de planification familiale en Haïti sont estimés à 35%, ce qui est l'un des taux les plus élevés au monde. Cela signifie que plus de trois femmes sur dix qui sont sexuellement actives n'utilisent aucune contraception malgré le fait qu'elles ne veulent plus d'enfants ou qu’elles veulent différer la naissance du suivant. Le professeur Kohler estime que l'expansion des services de santé sexuelle et reproductive pour répondre à 100% des besoins non satisfaits coûterait 1496 gourdes par femme, soit 1543 millions de gourdes par an. Des études récentes ont révélé que les programmes de planification familiale (en plus de réduire la fécondité et la mortalité maternelle et infantile) entraîneraient un niveau d'éducation féminin plus élevé, des améliorations de la santé générale des femmes, une augmentation de la participation des femmes au marché du travail, une augmentation du salaire des femmes, et une amélioration de la santé des enfants. L’expansion des services de santé sexuelle et reproductive affecterait principalement le nombre d'années séparant les naissances des enfants, et donc la mortalité des moins de cinq ans. La mortalité des enfants de moins de 5 ans est de 145 pour 1000 naissances vivantes pour les enfants nés moins de 2 ans après l'enfant précédent, contre 102 décès pour 1000 naissances vivantes pour les enfants nés plus de 2 ans après la naissance précédente. Les chercheurs estiment que la mortalité des enfants de moins de 5 ans serait réduite de 70%. La mortalité maternelle serait également réduite en raison de la diminution du nombre de naissances et d’avortements. Il y aurait aussi un « dividende démographique ». Avec un plus grand accès aux services de santé sexuelle et reproductive, il y aurait moins d'enfants et donc plus de personnes en âge de travailler. Cela signifie que la productivité d’Haïti augmenterait légèrement : la croissance économique par habitant augmenterait de 0,25%. Haïti s’enrichirait de plus de 59 milliards de gourdes chaque année d'ici 2050. En prenant tous ces avantages en compte, chaque gourde consacrée à l'expansion des services de santé sexuelle et reproductive générerait des avantages équivalant à 18 gourdes. Certains avantages supplémentaires n'ont pas été pris en compte; par exemple, les contributions pour réduire les infections par le VIH, ce qui augmenterait encore plus les avantages. Mettre l'accent sur la restauration des progrès passés en matière de santé sexuelle et reproductive semble donc être une très bonne idée pour Haïti.

Bjorn Lomborg est fondateur et président du Copenhagen Consensus Center, auteur de The Nobel Laureate’s Guide to the Smartest Targets for the World 2016-2030 et de The Skeptical Environmentalist, et professeur invité à la Copenhagen Business School. Gaelle Prophete est gestionnaire de projet pour Haïti Priorise et une consultante dont le travail couvre les organismes publiques, privés et internationaux dans divers secteurs.
Par Bjorn Lomborg et Gaelle Prophete Auteur

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