De la Minustah à la Minujusth, Haïti demeure sous tutelle

Publié le 2017-04-18 | Le Nouvelliste

Editorial -

Dans sa Résolution 2350, le Conseil de sécurité de l’Onu a procédé le 13 avril 2017 au dernier renouvellement du mandat de la Minustah pour une période de six mois avant la transition vers la Mission des Nations unies pour l’appui à la justice (Minujusth). Ce sera une nouvelle mission avec un effectif et un mandat plus réduits qui assistera le gouvernement haïtien dans le renforcement de l’Etat de droit en apportant un soutien opérationnel et technique à la Police nationale d’Haïti et un appui en matière de droits de l’homme. L’organisation des élections municipales et locales, législatives et présidentielle pendant ces deux dernières années a permis à l’organisation mondiale de constater les progrès réalisés en matière de stabilité en Haïti. Cette nouvelle mission aura un mandat initial qui s’étendra du 15 septembre 2017 au 15 avril 2018. Ce qui laisse croire que d’autres mandats pourraient être confiés à l’avenir à la Minujusth. La volonté du Conseil de sécurité et la conception que certaines puissances impérialistes se font du rôle des Nations unies en Haïti seront déterminants dans le désengagement total de l’Onu en Haïti. Conformément à la mise en œuvre du programme conçu pour préparer cette transition entre les deux missions, les unités de police seront déployées dans les dix départements du pays. Elles seront réparties de manière ordonnée pour permettre de continuer les actions sur le terrain. Les ressources financières et matérielles seront mises à la disposition de la nouvelle mission pour faciliter la réussite de son mandat. Alors que tout est au point pour la Minujusth, rien n’a été prévu dans le cadre du plan de l’élimination du choléra transmis en Haïti par les Casques bleus népalais en octobre 2010. Plus de 9 000 morts et 600 000 personnes contaminées par la maladie. Lors d’une conférence de presse donnée le lundi 17 avril 2017, la Représentante du secrétaire général, Sandra Honoré, réitère une nouvelle demande de financement des Etats membres pour éradiquer le choléra. Pourquoi l’Onu doit multiplier les demandes auprès des Etats membres en vue de trouver des fonds pour financer les besoins en eau potable, en assainissement et en soins de santé pour éradiquer le choléra, alors que les fonds étaient disponibles pour la Minustah et sont encore disponibles pour la nouvelle mission qui sera en service dans les six prochains mois ? Cette réaction de l’Onu montre qu’elle n’accorde aucune importance à la vie humaine en Haïti. Après avoir reconnu sa culpabilité dans la transmission du choléra en Haïti, l’organisation mondiale est en train de tourner en dérision les victimes du choléra, les couches les plus vulnérables et le peuple haïtien tout entier. Avant l’introduction de cette maladie dans notre pays, il y avait des besoins en eau potable et en assainissement dans beaucoup de zones du pays, mais les populations des endroits marginalisés n'étaient pas exposées à la maladie ni à la mort. Le choléra devient maintenant la première cause de mortalité en Haïti. L'Onu n'est-elle pas responsable ? L’administration Moïse/Lafontant va-t-elle suivre les traces de ses prédecesseurs qui n’ont jamais mis l’Onu en face de ses responsabilités par rapport à ce crime ? Lemoine Bonneau lbonneau@lenouvelliste.com

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