Infrastructures/Wharf Jérémie/Cité Soleil

PetroCaribe: 23,9 millions de dollars pour construire un complexe aujourd'hui abandonné

Le transport maritime entre Port-au-Prince et Jérémie était quasiment mort et enterré quand l'administration Martelly a décidé de débourser 23,9 millions de dollars des fonds PetroCaribe pour construire un quai et d'autres infrastructures sociocommunautaires au wharf de Jérémie, à Cité-Soleil. L'abandon du site, plus d’un an après son inauguration, remet sur le tapis l’absence d’analyse de la rentabilité du projet et surtout l’urgence d’utiliser ces infrastructures financées avec l’argent de la dette.

Publié le 2017-04-17 | Le Nouvelliste

National -

L’administration de Martelly, roulant sur les dollars du programme de prêt PetroCaribe, a déboursé 23, 9 millions de dollars pour construire un « complexe d’infrastructures sociocommunautaires au wharf de Jérémie », dans la commune de Cité-Soleil. Inauguré au début du mois de février 2016 par le chef de l'État après plus de deux ans de travaux, le complexe, qui dispose d’un centre de formation technique et professionnelle, d’un marché public pouvant contenir 1 340 marchands, d’un sous-commissariat et d’un quai, est aujourd’hui à l’abandon, a constaté le journal, le lundi 17 avril 2017. « Nous voulons que le centre de formation fonctionne pour nos enfants », a appelé Joceline Louisjun, 38 ans, assise à l’ombre d’un petit cocotier malmené par le vent du large, en face des bâtiments du centre de formation dont une petite partie du toit a été endommagée par le vent. Écaillant des petits poissons fraîchement pêchés, elle dit « attendre ce que le président Jovenel Moïse va faire ». À l’autre extrémité du complexe, un voilier, Jéhovah # 7, a jeté l’ancre dans le quai, après avoir débarqué du charbon en provenance des Cayes. Avant, au wharf, il y avait beaucoup d’activités. Le cabotage entre Port-au-Prince et Jérémie était florissant, rentable, a confié Jean-Jacques Bolivard, un zeste nostalgique de ce temps-là, du navire baptisé 3 rivières, l’ultime galion à transporter des passagers et de la marchandise. Ce temps est déjà loin. « Maintenant, nous avons un beau port et presque plus d’activités. Les gens préfèrent prendre la route, mieux desservie et plus praticable qu’avant », a constaté avec philosophie, Jean Jacques Bolivard qui ne désespère pas. Sur le quai et de l’autre coté de la clôture métallique, il y a des centaines de sacs de charbon venus de la Grand’Anse. «L’étude de la rentabilité de ce projet a-t-elle été faite ?», s’est demandé l’économiste Kesner Pharel. Il fallait justifier l’utilité de ce projet financé avec l’argent d’un prêt sur lequel le pays paie des intérêts, a-t-il souligné. Payer une dette contractée pour financer des projets qui n’ont aucun impact sur la croissance d'une économie appauvrie, a soutenu Kesner Pharel. Ces installations donnent à Cité-Soleil une autre allure. « Mon rêve est de voir toute la zone de Cité-Soleil ressembler à cet endroit », avait indiqué l'ex-chef de l’Etat Michel Martelly qui disait offrir aux jeunes de la zone l’opportunité de devenir autonomes. « À travers le centre de formation technique et professionnelle, vous avez la capacité de faire en sorte que les jeunes de Cité-Soleil soient autonomes pour qu’ils cessent de mendier aux autorités, de laver les véhicules », avait expliqué Michel Martelly.

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