Caracoli - rencontres interculturelles

La Nouvelle Flibuste belge et Follow Jah pour la saison des rara en Haïti

Pour la saison des rara, Pétion-Ville, Léogâne, Jacmel et Pérédo vibreront au rythme palpitant de la bande à pied Follow Jah et de la fanfare belge La Nouvelle Flibuste. Une rencontre culturelle qui promet des journées et des soirées de grandes réjouissances populaires. Du 4 au 18 avril, musiciens belges et haïtiens vont faire la fête. Le Nouvelliste a rencontré le chef d'orchestre et compositeur belge Michel Kazungu.

Publié le 2017-04-10 | Le Nouvelliste

Culture -

Claude Bernard Sérant Le Nouvelliste (L.N.) : La Nouvelle Flibuste, c’est le big band à pied qui allie « arrangements de cuivres bluesy et ses polyrythmies afro-caribéennes à grands coups de lutherie sauvage et d’énergie humaine ». C’est ainsi que vous présentez, Michel Kazungu, cette fanfare belge qui va se produire avec la bande à pied de Pétion-Ville, Follow Jah, une bande très remarquée au festival de jazz de Port-au-Prince. Venons-en à cette grande aventure en Haïti. Michel Kazungu (M.K.): Nous disons aussi "sans certificat d'origine mais pas dénué de références". Notre musique repose entièrement sur les traditions afro-caribéennes même quand nous semblons plutôt proches du jazz. Le berceau du jazz, la Nouvelle-Orléans, avait des rapports culturels très étroits avec la zone caraïbe au début du XXe siècle. Ce n’est pas aussi particulier qu'on pourrait le croire. En fait, toute la culture musicale d'Europe occidentale est imprégnée d'influences afro-américaines depuis le XXe siècle. C'est même devenu un langage commun à l'échelle planétaire, juxtaposé aux particularismes régionaux. Venir à la rencontre du rara, c'est donc pour nous revenir aux sources plutôt que de plonger dans un univers étrange ou "exotique". L.N. : Toute aventure a une histoire. Il y a un feeling qui passe entre La Nouvelle Flibuste belge et la bande à pied haïtienne. Racontez un peu comment tout a commencé. M. K. : Il y a deux ans, nous avions été invités à participer au carnaval de Jacmel par le ministère du Tourisme. Au retour, nous devions passer la dernière nuit à Port-au-Prince avant d’embarquer le lendemain matin. Nous avons passé la soirée à jouer à Berthé avec Follow Jah. C'était le seul moment possible et, bien que nous ayons été très proches d'autres bandes à pied à Jacmel jusqu'à participer au «lanse kòd» avec le Dolfin's Band, c'était la première fois que nous avions eu l'occasion de jouer avec un rara. C'était très intense mais vraiment trop court et nous nous sommes promis de ne pas en rester là. L'année suivante, nous avons saisi l'occasion de la tournée européenne de Follow Jah pour les inviter à participer à la Zinneke Parade avec nous. Nous sommes de retour en Haïti pour une troisième rencontre à l'occasion d'une tournée coproduite avec Caracoli, grâce au soutien de l'Organisation internationale de la francophonie, de l'ambassade de Suisse en Haïti et de la Fokal, l'OIF, et le sponsoring de Don Poyo et Barbancourt. L.N. : Caracoli, cette association spécialisée dans la promotion des musiques haïtiennes et la bande à pied Follow Jah accueillent la fanfare belge La Nouvelle Flibuste pour des échanges culturels pendant le mois d’avril, un mois consacré au rara, un véritable carnaval paysan en Haïti. Ça va être un vrai boucan ! Comment allez-vous l’alimenter ? M.K. : Nous sommes une bande à pied à notre manière. Nous avons donc l'habitude des défilés et aussi le répertoire et l'instrumentation adéquate. Mais bien sûr, il y a aussi le travail que nous poursuivons avec Follow Jah pour pouvoir jouer ensemble qui ne porte pas seulement sur le répertoire mais surtout sur les modes de fonctionnement des deux groupes. Après deux ans, nous commençons à pouvoir mettre en place des procédures communes mais c'est un travail de longue haleine, même si le courant de sympathie qui passe entre les musiciens facilite beaucoup les choses. Une fascination pour les musiques populaires L.N. : Vous êtes chef d'orchestre et compositeur. Michel Kazungu, comment êtes-vous venu à vous intéresser à ce genre de musique populaire? M. K. : J'ai toujours été fasciné par les musiques populaires parce qu'elles mettent en œuvre des modes d'acquisition et de transmission de la connaissance non académiques. Je suis très impressionné par la maîtrise des musiciens du rara ou des rumberos cubains ou encore des musiciens de jazz des premiers temps, peut-être parce que je suis moi-même autodidacte. L.N. : Quand on parle de musique populaire, surtout celle liée aux bandes à pied, professionnels et non-professionnels jouent pour le plaisir de se défouler en Haïti. Est-ce que en Belgique on est dans la même dynamique ? M.K. : Disons que les Belges se défoulent comme tout le monde mais à quelques exceptions près. Ils n'ont pas un matériel culturel aussi riche à leur disposition. C'est un peu comme si le défoulement et la culture étaient antinomiques. Il y a la culture populaire de consommation d'une part, et d'autre part quelques traditions plutôt marginales. C'est probablement pourquoi nous sommes venus ici réapprendre à concilier fête et culture. L.N. : Est-ce que La Nouvelle flibuste s’est appropriée quelques compositions traditionnelles haïtiennes? Des morceaux qu’elle compte bien jouer dans les défilés. M.K. : Nous avons eu le temps de travailler quelques morceaux traditionnels avec Follow Jah. Nos sections rythmiques sont très complémentaires mais pour coordonner les «kone» avec notre line up de big band ( saxes, trombones et trompettes) nous sommes encore en pleine expérimentation. Les techniques d’arrangement des fanfares rara comme Sainte Rose ou Ti Malice sont plus proches de ce que nous faisons mais s'intégrer à un rara traditionnel, c'est une toute autre affaire. Il faut vraiment inventer une approche. Par contre nous avons déjà intégré un élément rara avec l'adoption de la «saksin», un instrument dérivé de la vaksin du rara rural que nous utilisons pour remplacer la basse. C'est une «vaksin» dotée de trous et de clés comme un saxophone qui permet de jouer dans tous les tons tout en conservant la technique du "hoquet " caractéristique du rara. Propos recueillis par Claude Bernard Sérant

Ses derniers articles

Réagir à cet article