Alimenter l'avenir d'Haïti en énergie

Publié le 2017-03-30 | Le Nouvelliste

National -

Moins d'un quart de la population d'Haïti a accès à l’électricité. Cela représente un obstacle au développement économique et social. Aujourd'hui, les principaux obstacles au développement du secteur de l'électricité en Haïti sont la faiblesse des institutions, les installations et la pauvreté. Beaucoup de gens utilisent l'électricité sans la payer, ce qui affecte sérieusement les revenus de l'EDH et la met dans l’incapacité de financer des projets d’amélioration d'infrastructures. Le marché haïtien de l'électricité comprend cinq zones isolées. À l’exception de Port-au-Prince, celles-ci sont alimentées par de petites génératrices. La production d'électricité dans les grandes villes est assurée en grande partie par des producteurs indépendants qui jouissent de monopoles sans concurrence. L'énergie n'est qu'un des sujets étudiés dans le cadre du projet de recherche Haïti Priorise. Les autres défis majeurs de l'économie, à savoir l'éducation et la santé, se disputent l'attention et les ressources. Quel secteur devrait bénéficier de fonds supplémentaires en priorité ? Nous avons travaillé avec des économistes haïtiens et internationaux. Dans le domaine de l'énergie, différents secteurs sont à l’étude, notamment la production, les énergies renouvelables et l'énergie hors réseau. Aujourd'hui, nous allons examiner deux stratégies qui pourraient fournir de l'électricité 24 heures sur 24 à 50% de la population d’ici 2030, d'après un rapport de recherche de l'expert en électricité, Jean Edouard Pauyo. La réparation du réseau de transport peut être compatible avec différentes technologies de production, y compris les énergies thermiques et renouvelables. Il existe deux types de lignes électriques pour le transport d'électricité. Les lignes de transport haute tension qui acheminent l'électricité sur de longues distances et les lignes de distribution basse tension qui sont faites pour les courtes distances, pour transporter l'électricité localement. Ce sont ces dernières que l’on peut voir dans la rue. Le Dr Pauyo a étudié les coûts et les avantages pour Haïti de la mise en place d'un réseau de transport et d'un réseau de distribution. Un réseau national de transport relierait Port-au-Prince, Jacmel, Jérémie, Gonaïves, Cap-Haïtien, Môle Saint-Nicolas, Fort-Liberté et la centrale de Péligre. Cela nécessiterait la construction d’environ 1 079 km de lignes haute tension reliant les principales villes du pays, l'extension de 12 sous-stations à travers le pays et la construction d'un centre national de contrôle de l'énergie. Les lignes seraient la composante la plus chère, avec un coût total de plus de 69 milliards de gourdes (1 milliard de dollars). L'investissement global pour la construction du réseau serait d'environ 110 milliards de gourdes (1,6 milliard de dollars). En prenant en compte les coûts permanents liés à la l'entretien du réseau de transport, le coût total au cours des trois prochaines décennies s’élèverait à 144 milliards de gourdes (2 milliards de dollars). Mais les avantages seraient conséquents. Ce réseau permettrait de créer les conditions nécessaires à un marché de gros de l'électricité concurrentiel. Il abaisserait le coût de production de l'électricité, permettrait l'intégration de sources d'énergie renouvelables plus propres, telle que l’énergie solaire et éolienne réduirait le coût de l'électrification rurale, grâce à un réseau haute tension dans tout le pays intégrant les systèmes isolés, permettrait de réduire la pauvreté, de baisser le prix élevé que paie l'économie haïtienne du fait de l’incapacité actuelle à fournir de l'électricité où cela est nécessaire. Le Dr Pauyo estime que ces avantages s'élèveraient à environ 891 milliards de gourdes (13 milliards de dollars). Cela signifie que chaque gourde consacrée à la création d'un réseau intégré de transport d'électricité générerait des rendements pour la société d'environ 6 gourdes. La mise en place d'un réseau de distribution implique la réparation de 1 920 km de lignes moyenne et basse tension, la construction de 1 350 km de lignes moyenne et basse tension, le raccord de 750 000 nouveaux abonnés avec des compteurs électroniques pouvant être lus à distance et la mise à jour du système de facturation. Cela peut sembler étonnant, mais c'est cette dernière tâche (la mise à jour du système de facturation) qui est la partie la plus coûteuse de l'investissement, avec environ 6,9 milliards de gourdes (100 millions de dollars), ce qui représente environ la moitié du coût global d’installation de 15,7 milliards de gourdes (228 millions de dollars). En tenant compte des coûts d’exploitation et de gestion ainsi que des pertes dues au transport, le coût total au cours des trente prochaines années s'élèverait à 45 milliards de gourdes (657 millions de dollars). Les avantages sont eux aussi similaires au réseau de transport. Le réseau de distribution permettrait d'augmenter le taux d'accès à l'électricité, de 25% actuellement, à plus de 50% de la population. Il permettrait en outre de réduire le vol d’électricité mais aussi les coûts de production d'électricité, réduire les coûts liés aux pannes et d’améliorer les conditions de vie de la population. Tout cela participerait à la croissance économique. Ces avantages pour Haïti s'élèvent à environ 829 milliards de gourdes (12 milliards de dollars). Chaque gourde investie engendrerait donc 10 gourdes de bénéfices. La résolution des problèmes d'électricité en Haïti aurait des avantages irréfutables. Quelles que soient les mesures prises en matière de production, il est nécessaire d’améliorer le transport et la distribution. Les sommes en jeu sont importantes pour Haïti, mais les avantages le sont encore plus.

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