Détruire les anciens plants de banane est un « sacrifice rentable », selon le président d'Agritrans

Quelques jours après le constat sur place d’une équipe du Nouvelliste sur l’état actuel de la plantation de bananes d’Agritrans, le président de la compagnie, Pierre Richard Joseph, dans une interview exclusive accordée à la rédaction, a tenu à placer ses quatre vérités.

Publié le 2017-03-22 | Le Nouvelliste

National -

« La ferme est en friche certes, mais derrière il y a une stratégie », justifie le manager de la compagnie Agritrans S.A. concernant l’état apparent de ruine dans lequel se trouvent actuellement les 300 hectares de plantation. « En détruisant la ferme agricole, je perds seulement moins de 10% (entre 5 et 6% exactement) des investissements car, précise-t-il, les 90% des investissements consentis dans les infrastructures sont encore là. » Assimilant, dans un premier temps, cette destruction délibérée de la bananeraie à « un mal pour éviter le pire », Pierre-Richard Joseph parle d’un « sacrifice rentable » en acceptant de sacrifier les quelque 6% des investissements dans l’attente d’un meilleur rendement. « Je ne serai jamais compétitif avec le rendement que donne l’actuelle variété », affirme cet associé de la première heure du projet Agritrans. « Tout notre investissement en infrastructures est disponible sous terre », révèle l’actuel numéro un de la compagnie. En d’autres termes, la destruction des plants de banane ne serait que la partie visible de l’iceberg. Par ailleurs, ce dernier indique que pour convertir les mille hectares du terrain en un espace agricole exploitable, il a fallu mobiliser 27 000 dollars US par hectare. Cet investissement, dit-il, a été réparti entre le système d’irrigation, installé avant la mise en terre, et le réseau câblé, c’est-à-dire la technologie post-récolte. « 14 puits artésiens, un lac artificiel pouvant contenir 7 millions de gallons d’eau et un système de pompage et de filtration, plus de 200 kilomètres de tuyauterie croisée de dimensions différentes (allant de 20 pouces jusqu’à 1/8 de pouce pour l’irrigation goutte à goutte) composent le système d’irrigation », énumère Pierre-Richard Joseph, soulignant au passage que les tuyaux sont enfouis à 4 pieds de profondeur, donc hors de portée des machines. Pour arroser les 300 hectares de la plantation, l’irrigation se fait à double sens. L’eau en provenance des 14 puits se dirige vers le lac et partant du lac, l’eau traitée et filtrée est acheminée dans les tuyaux de 20 pouces jusqu’à ceux de 1/8 de pouce. « Actuellement, nous disposons de 300 hectares de terre plantés et de 600 hectares préparés », a fait savoir Pierre Richard Joseph, très précis dans ses statistiques. Pour la première phase du projet, entre réparation de sol et installation du système d’irrigation, pas moins de 8.1 millions de dollars US ont été investis afin de mettre en terre 220 000 plantules sur les quelque 300 hectares. Alors que préparer les 600 autres hectares n’a nécessité qu’un tiers à peu près de la valeur de la surface plantée, soit 2.5 millions de dollars US. Toujours selon l’actuel président d’Agritrans S.A., le réseau câblé ou technologie post-récolte a aussi capté une part importante des investissements consentis dans le cadre de ce projet. Ledit réseau, parcourt le champ dans tous les sens et relie chaque bananier au centre de conditionnement, dont la construction a coûté 2.8 millions, dispose d’un hangar d’une capacité de stockage de 8 000 régimes de bananes ainsi que de 3 bassins de lavage pour la banane exportable et d’un autre pour celle qui est non-exportable. « Il s’agit du plus gros centre de conditionnement dans la Caraïbe et l’un des meilleurs de l’Amérique latine », s’enorgueillit Pierre-Richard Joseph, évoquant l’endroit où la banane est stockée, lavée, désinfectée, mise en boîte avec son départ pour le port du Cap-Haïtien dans des conteneurs réfrigérés. « Et, dans quelques mois, pour nos prochaines récoltes, souligne-t-il, nous pourrons compter sur le centre de conditionnement qui est resté indemne. » Evoquant quelques avantages découlant du choix d’introduire sous peu la nouvelle espèce dans la ferme, Pierre-Richard Joseph explique qu’il avait l’habitude d’acheter ses plantules in vivo, c’est-à-dire qu’il était obligé de faire grandir pendant deux mois, avant leur mise en terre, ces pépinières venant de Costa Rica dans une serre de 12 000 m2. Avec la nouvelle variété, la plantule coûtera moins cher, selon le manager d’Agritrans S.A., car elle est tellement résistante qu’elle ne restera que deux jours dans la serre avant d’être plantée. « L’idée est de faire du projet une activité pilote pour inviter d’autres entrepreneurs à rejoindre le secteur », déclare le manager sur le ton de la confidence. Dans ce secteur, ajoute-t-il, la compétition n’est pas une menace. Elle est une opportunité car, dit-il, le marché agricole actuellement est un marché à quota minima. Fort de l’implémentation de la première phase du projet, il estime qu’il a de l’expérience à revendre à n’importe quel entrepreneur agricole intéressé par cette filière. « Avec les équipements dont nous disposons actuellement et la somme des expériences accumulées ces derniers mois, repartir à zéro ne coûtera que 21 000 dollars US par hectare », a fait remarquer Pierre-Richard Joseph, exprimant au passage sa volonté de développer la chaîne de valeurs en produisant localement tout ce qui est lié à la production agricole (fabrication des boîtes d’emballage, production de fertilisants liquides, etc.) « Dans quelques semaines, nous allons monter une usine de plantules », annonce le président d’Agritrans S.A.

Réagir à cet article