Le franc-parler du sénateur Joseph Lambert

Publié le 2017-03-16 | Le Nouvelliste

Editorial -

L’intervention du sénateur Joseph Lambert, mardi matin, sur les ondes de Radio Vision 2000 comme invité du jour à l’émission de Valéry Numa, a mis à nu l’institution parlementaire et le déclin du régime mi-présidentiel en vigueur en Haïti depuis la fin de la dictature des Duvalier. Contre toute attente, le sénateur a énuméré les différents postes ministériels confiés aux parlementaires par l’équipe au pouvoir pour ouvrir la porte de la Primature au Premier ministre Jack Guy Lafontant. D’autres postes de directeurs généraux dans les organismes autonomes d’Etat ont été également attribués aux députés et aux sénateurs comme condition pour donner leurs votes au Premier ministre. Il est admis qu’en régime mixte et dans les régimes parlementaires rationalisés, la cohabitation au sein d’un gouvernement entre deux ou trois partis politiques ayant remporté le plus grand nombre de sièges au Parlement constitue un exercice démocratique dans l’aménagement du pouvoir. En mai 2006, le président René Préval, constatant qu’aucun parti politique n’avait obtenu la majorité de sièges au Parlement, avait choisi son Premier ministre et attribué des postes ministériels à plusieurs partis politiques représentés au Parlement dans la formation du cabinet ministériel. Cette disposition prise par René Préval avait contribué à créer un climat stable jusqu’au vote de censure infligé au Premier ministre Jacques-Edouard Alexis, à la suite des émeutes de la faim en avril 2008. En août 2011, après la rebuffade essuyée par le Premier ministre désigné Bernard Gousse, le président Michel Martelly a été obligé d’intégrer le parti INITE, qui disposait d’un nombre important de sièges au Parlement, dans la formation du gouvernement pour permettre au Premier ministre Garry Conille d’obtenir l’approbation des deux chambres. Le spectacle hideux que vient d’offrir le Parlement cette semaine, sous forme d’échange de postes pour accorder leurs votes au Premier ministre Jack Guy Lafontant, va davantage mettre les parlementaires sur la sellette. Avec quelle moralité les commissions permanentes vont exercer le pouvoir de contrôle sur les actes des ministres qu’ils ont eux-mêmes mis en place ? La mauvaise gouvernance qui caractérise la gestion des affaires de l’Etat depuis plusieurs décennies devrait, selon toute vraisemblance, pousser les parlementaires à réclamer de l’Inspection générale des finances le renforcement du contrôle a priori sur les dépenses de l’administration centrale de l’Etat et des organismes autonomes ; et à la Cour supérieure des comptes de multiplier les audits sur la gestion des ordonnateurs. Il n’en demeure pas moins vrai que ces parlementaires peuvent s’atteler à ces tâches. Depuis le gouvernement des Duvalier, les organismes autonomes d’Etat à caractère industriel et financier ont été considérés comme des vaches à lait. Cette semaine, la détermination avec laquelle les députés et les sénateurs s’obstinent à placer des proches dans ces administrations semble faire croire que ces institutions seront plus corrompues qu’auparavant. Qu’est-ce qui explique cette course contre la montre pour obtenir l’administration de l’Office national d’assurance vieillesse (ONA) ? La nation ne va-t-elle pas demander des comptes un jour à ces parlementaires ?

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