Séisme/12 janvier 2010

Eric Calais : un livre, un témoignage, un tableau sur le Blanc et nous…

Eric Calais. Avec Claude Prépetit, ce sismologue français, professeur d'université, avait tiré la sonnette d'alarme des années avant le séisme du 12 janvier 2010. Il savait, connaissant la précarité du bâti à Port-au-Prince dont il connaît les habitudes et les amis, que le bilan humain serait très lourd. Il y a eu l’avant, l’après et le présent, face à la réalité de la menace sismique dans son ouvrage témoignage qui peint un tableau sans concession sur la communauté internationale, les Haïtiens, sans occulter les petits pas dans la bonne direction.

Publié le 2017-03-16 | Le Nouvelliste

National -

« Science et conscience dans la post-urgence du séisme en Haïti » est un ouvrage de 100 pages du sismologue français Eric Calais, paru aux éditions L’Harmattan. 7 ans après cette catastrophe au bilan humain très lourd -plus de 200 000 morts- et une avalanche de critiques de l’action de la communauté internationale et des autorités haïtiennes après le drame, le scientifique a senti le besoin de laisser un témoignage, de partager son ressenti, ses interprétations subjectives et d'exprimer aussi des idées. Par exemple, la manière dont l’aide au développement s’organise ou des réflexions sur les risques sismiques sur une planète de plus en plus urbanisée, a confié Eric Calais, mercredi matin, en rendez-vous avec le journal au mémorial des victimes du 12 janvier de l’hôtel Montana. L’incrédulité des autorités haïtiennes, incapables de concevoir la dimension de la menace, en dépit des mises en garde moins de deux ans avant le 12 janvier 2010, le focus d’emblée sur la reconstruction avant l’action pour réduire la vulnérabilité grâce à la mise en place d’outils techniques et scientifiques quelque peu tardive, les petits pas dans la bonne direction pour la mitigation du risque sismique sont évoqués par Eric Calais. Ici, dans sa tâche de conseiller scientifique pour les Nations unies de 2010 à 2012, Eric Calais a compris qu’il devra expliquer encore et encore. Il pose des mots sans concession sur le papier. Il décrit quelque part une tour de Babel, des pratiques, une âme quasi insondable de certains Haïtiens qui rêvent ailleurs. « Ma décision de passer deux ans en Haïti comme conseiller scientifique pour les Nations unies, au service du ministère de l’Intérieur, relevait de ce constat et du besoin de comprendre les mécanismes qui permettent de transformer la connaissance scientifique en action. Le choc fut rude. J’allais découvrir l’univers des « zouzounes et des gros zotobrés de la planète » de Franketienne. Venant du monde cartésien de la recherche scientifique, je pensais naïvement que le cercle vertueux commençant par proposition de recherche, puis financement, collecte de données, analyse des données puis publication, avant une nouvelle proposition de recherche, allait s’appliquer d’une manière ou d’une autre à mon nouveau travail. Après tout, il devrait s’agir de formuler une politique, de l’implémenter, d’en évaluer les impacts, de modifier l’agenda en fonction des résultats, avant de reprendre la formulation de politiques publiques nouvelles et mieux adaptées. C’est bien sûr sans compter sur les relations complexes entre de multiples acteurs - gouvernement, bailleurs de fonds, système des Nations unies, société civile, ONG, secteur privé. Tous se connaissent sans nécessairement se faire confiance ; tous se parlent sans nécessairement se dire la même chose ; tous s’écoutent sans nécessairement entendre la même chose, tous s’acceptent sans nécessairement se respecter. Le tout sans chef d’orchestre, ce qui rend la partition bien plus confuse. C’est la « vraie vie » avec la particularité d’une hyper présence de la communauté internationale qui fonctionne comme un pays dans le pays, dont l’intersection avec Haïti est non nulle, mais qui n’est pas Haïti. Les Haïtiens me semblent de fait être ailleurs, fonctionner ailleurs, rêver ailleurs, dans le vrai Haïti qu’ils préservent, qu’ils livrent peu, et dont on doit se demander de quelle assistance elle a véritablement besoin », témoigne Eric Calais à la page 56 de son ouvrage. Le sismologue, entre le retour sur des papiers parfois dont celui de Marcus Garcia suggérant aux sismologues de se taire parce qu’ils se sont trompés sur la faille à l’origine du tremblement de terre du 12 janvier, souligne que l’un de ses souhaits est de pouvoir changer la donne, d'influencer quelques fois les décisions des bailleurs, des décideurs dans leurs actions pour réduire la vulnérabilité d’un pays comme Haïti. Il veut améliorer l’interface entre la science et la société, indique Calais dont l’ouvrage « Science et conscience dans la post-urgence du séisme d’Haïti » et veut offrir une analyse des succès, des échecs et, plus généralement, les défis pour insérer une information scientifique pertinente dans l’agenda de la réponse et de la reconstruction. L’ouvrage sera disponible très bientôt en librairie. Il sera disponible à Livres en folie, assure l’auteur qui voudrait, s’il ne fait face à des contraintes d’agenda, signer l’ouvrage à cette foire du livre qui draine la grande foule chaque année.

Réagir à cet article