Conjoncture

Une crise économique plus ardue en gestation

Publié le 2017-03-14 | Le Nouvelliste

Economie -

Avec la hausse même modérée des prix du pétrole sur le marché international conjuguée avec la dépréciation sans cesse de la gourde par rapport au dollar, des moments difficiles attendent le pays au tournant. En 2011, la dette globale d’Haïti était de 640 millions de dollars. Actuellement elle avoisine les 2 milliards 78 millions de dollars, soit une augmentation de 216% durant la période. L’Etat arrive dans la douleur à honorer ses dettes envers ses créanciers tant bilatéraux que multilatéraux, notamment après les dégâts infligés par le passage de l’ouragan Matthew. On n’en parle presque pas. Nous piétinons la bombe pétrolière. Un de ces jours, elle détonnera. L’Etat prévoit de collecter 1 milliard de gourdes de recettes pétrolières par mois. Pour le mois de février où le pays a connu une succession de carnavals dans plusieurs villes, seuls 9 millions de gourdes ont pu être collectées. 991 millions de manque à gagner sont enregistrés rien que pour ce mois de réjouissances populaires. « D’octobre 2016 à février 2017 ce manque à gagner se chiffre à 6.7 milliards de gourdes. En moyenne le Trésor public perd près d’un milliard de gourdes chaque mois qui file. Ces chiffres fournis par le directeur adjoint du Trésor au ministère de l’Economie et des Finances, Jean Donat André, montre combien la crise qui nous guette risque d’être grave. En dépit de l’extraordinaire générosité dont fait preuve peuple vénézuélien envers Haïti, ce pays fait face à d’énormes difficultés socio-économiques. Combien de temps peut durer cette générosité du Venezuela à notre égard. L’administration de Nicolas Maduro voit de toutes les couleurs face à une opposition qui prend visiblement du poil de la bête. Haiti et ses dirigeants savent pertinemment que la dette envers Petróleos de Venezuela S.A. (PDVSA) n’est pas conventionnelle. C’est une dette réelle. Le pays doit rembourser et il rembourse. Depuis octobre 2016, l’Etat haïtien paie ses dettes envers le Venezuela en dollars américains dans un compte dédié à cet effet à la Banque nationale de Crédit (BNC). Cette dette est estimée à environ 400 milliards de gourdes aujourd’hui. La dette envers les institutions multilatérales concerne principalement la Banque interaméricaine de développement (BID). Le Fonds monétaire internationale (FMI), la Banque mondiale, le Fonds international de Développement international (FIDA). Le service de la dette doit être une grande préoccupation pour les Haïtiens en ces temps de disette. Le stock de la dette d’Haïti en décembre 2016 est estimé à 198 milliards de gourdes. Si l’on tient compte du nombre d’habitants, c’est-à-dire 11 millions. La dette par tête d’habitant est évaluée à 18 000 gourdes. Comme l’a esquissé l’économiste Kesner Pharel, avec un budget 122 milliards de gourdes même si chaque haïtien reçoit sa part du budget en espèces. Le pays ne pourra pas honorer convenablement ses dettes. « Les prêts à l’investissement pourraient être profitables au pays contrairement aux prêts destinés à la consommation qui n’ont pas de valeur ajoutée », fait savoir, Jean Donat André, le 3 mars 2017, à l’émission Rendez-vous économique de Kesner Pharel. Selon André, la dette interne de l’Etat totalise 58 milliards de gourdes, dont 54 envers la Banque de la République d’Haïti (BRH) est estimée à 54 milliards de gourdes au 30 septembre 2016. Des bons, avons-nous appris, sont à honorer depuis l’ère des Duvalier et autres chefs d’Etat continuent d’être comptabilisés dans les livres de la Banque centrale. « Certaines créances de l’Etat ne peuvent être évaluées de manière exacte », a admis le directeur adjoint du Trésor. Certaines institutions contractent avec des entreprises, en cas de défaut de paiement c’est l’Etat haïtien doit garantir ces institutions dépensières. Les informations sur les autres créances de l’Etat ne sont pas exhaustives. Autrement dit, l’Etat qui fait souvent des largesses ne maitrise réellement pas ses propres chiffres. Une épée de Damoclès plane en permanence sur la tête d’Haïti.

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