Le festival de Jazz se termine en beauté !

Publié le 2017-03-14 | Le Nouvelliste

Ticket Mag -

« C’est la meilleure affiche du festival de jazz. Voir Didier Lockwood sur scène, c’est formidable ! », s’exclame, excité, un spectateur à côté de moi dès le début du concert. Par crainte de la pluie, la scène a déménagé dans la grande salle du Karibe. Là, on est sûr de ne pas être à la merci des éléments comme à l’ouverture du festival il y a huit jours. Ce fut d’ailleurs une des grandes galères des organisateurs cette année encore. « On aurait aimé avoir des infrastructures culturelles appropriées qui nous permettent d’accueillir nos différents événements » a confié Milena Sandler. Pour ce samedi 11 mars, dernière ligne droite de ce festival qui a débuté le 4 mars, Joël et Mushi Widmaër ouvrent le concert. On sent d’emblée qu’il faudra se délecter de chaque seconde de spectacle. Les musiciens se donnent à fond. Avec John Bern Thomas à la batterie, Mushi Widmaër au clavier, Herman Duverné à la basse, « Toro » Boigris s’occupant de la percussion et du congas, et Joël, qui se partage tantôt aux percussions, aux timbales et au chant, on fait le voyage à travers des chansons locales agrémentées de saveurs de jazz. Un répertoire qu’ils avaient joué sur une des scènes de l’Uniq. Nous savourons entre autres San Mele, Amélie, Reponn mwen, des morceaux de Zeklè, le Wongòl-o, Kote moun yo, Maskawon. Tous des morceaux qui nous tiennent en haleine en attendant le reste du menu. Le public, de temps à autre, s’égare en applaudissements pour montrer son appréciation. Contre toute attente ou pour le plaisir de plus d’un, le rara remarqué dans différents spectacles qui ont eu lieu à l’Université Quisqueya est aussi présent à cette soirée de clôture. Mais, cette fois, il est dehors. Les plus fidèles doivent donc sortir pour goûter à ce rythme local très apprécié et rejoindre leurs places après cet intermède musical. La programmation continue avec Thony Chasseur et Roland Tulle et Michel Alibo. D’origine martiniquaise, Thony Chasseur, avec qui nous partageons la langue, est très à l’aise avec le public, qu’il fait intervenir. Cet artiste qui a dans le temps chanté avec Malavoi sert du créole Jazz avec cette base rythmique de zook. Une performance chaleureuse qui invite à la danse. Puis vient le tour de Didier Lockwood. « J’avais entendu parler de Haïti, mais je n’y n’étais jamais venu. C’est émouvant de venir vous voir et de voir que les Haïtiens ont tous une âme de musicien », confie d’entrée de jeu cet as du jazz qui traîne derrière lui 50 ans de violon. Il s’est fait accompagner des musiciens du Didier Lockwood group qu’il présente fièrement. Loïc Ponthieux, son batteur, Linley Marthe, le bassiste, et Olivier Louvel, le guitariste. Bête de scène, accompagné de son violon, Didier conduit savamment le public dans un répertoire varié constitué de standards de jazz qu’il a revisités, ou dérangés, pour reprendre ses termes, ainsi que certaines de ses compositions. On bascule avec lui au travers d’une gamme d’émotions qui arrachent au public de chaleureux applaudissements. Un artiste extraordinaire. Quoique les aiguilles tendent vers onze heures, difficile d’être fatigués. La musique tient en haleine et éclipse l’épuisement. Une soirée qui tient sa promesse de clore en beauté ce festival international de jazz. Tandis que d’autres se dirigent vers le Quartier latin, pour voir une énième fois Alexa, une des révélations de cette édition, d’autres pensent déjà au prochain festival. « Musicalement, ça a été la plus belle édition qu’on ait eue », s’écrie Milena Sandler. Mais si on a eu l’impression que le festival a attiré beaucoup plus de visiteurs cette année, les espèces sonnantes et trébuchantes n’ont pas emboîté le pas. D’ailleurs, on doute que la douzième édition puisse se faire dans les mêmes conditions. Certes, la fondation Haïti Jazz a pu compter sur le secteur privé et certaines ambassades. « Heureusement qu’ils étaient là ! ». Mais l’État est presque absent. « C’est dommage que l’État n’investisse pas assez dans ce festival, qui pourrait être un outil pour développer le tourisme, certains corps de métiers et les arts », se désole-t-elle donnant rendez-vous à la prochaine édition, « si jamais on continue, bien entendu ! ».

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