La drôle de journée d'un gouvernement qui cherche une majorité

Publié le 2017-03-13 | Le Nouvelliste

Editorial -

Drôle de journée que celle vécue ce lundi par le Premier ministre nommé et les membres de son gouvernement. Ballottés entre les antichambres du palais national et l’autobus qui devait les amener au Parlement, les membres du premier projet de gouvernement Moïse-Lafontant ont connu des hauts et des bas, avant de toucher le fond. La première nouvelle du jour était pourtant bonne. Elle est venue avec la publication de la liste des accès autorisés au palais national pour les hommes et les femmes qui devaient accompagner le Premier ministre Lafontant au Parlement. Après l’entrée dans le saint lieu du pouvoir en Haïti, les futurs ministres ne savaient pas encore que leur journée allait être très longue. Mais c’était déjà cela de gagner. Ils étaient au palais, avec le président dans les parages et les premiers flatteurs qui leur faisaient des sourires à damner un pape. L’arrivée du gouvernement au Parlement était annoncée pour 11 heures du matin. Les heures passaient sans que le cortège ne quitte le palais. Vers 2 heures de l’après-midi, les rumeurs d’un désaccord majeur ont commencé à se convertir en nouvelle. En dépit des routes bloquées, de la rue Paul VI (ex-rue des Casernes) dont on avait manu militari changé le sens, en dépit de l’imposant dispositif de sécurité et des bandes de rara tambours en bandoulière qui attendaient devant le Parlement, rien ne se passait. Tout le monde restait bloqué au palais. Et pourtant, ministres et Premier ministre avaient repris espoir quand l’arrêté de nomination a été signé par le président de la République. Jovenel Moïse venait de faire d’eux ministres d’un Premier ministre qui n’a pas encore mis les pieds au Parlement. Les plus avertis se sont dit alors que cela n’est pas bon signe quand on sait que les négociations se poursuivaient encore et qu’ils restaient encore la Chambre des députés comme un obstacle majeur. Être ministre d’un gouvernement qui n’existe pas encore est bien mieux que de ne pas être ministre du tout, n’est-ce pas…? Chaque futur ministre prit un certain plaisir à partager par WhatsApp la bonne nouvelle de leur fortune nouvelle. Espérant tous que si elle ne serait pas éternelle, elle durerait assez longtemps pour les voir festoyer et plastronner. Quand, dans les couloirs du palais, courut la nouvelle que le cortège allait s’ébranler pour prendre la route du Parlement, les derniers timides partagèrent les deux pages de l’arrêté. Grand mal leur en prit. Le fragile quorum au Parlement tremblait sur ses bases. On comprit alors au palais national que les négociations, les donations de ministères comme les promesses de nommer ambassadeurs, directeurs généraux, directeurs adjoints et autres postes n’avaient pas suffi. Les parlementaires, même les proches, les membres du parti, les alliés et les opposants nominaux réclamaient encore plus de garanties pour lever la main pour le PM et ses ministres. Les mots report et annulation n’étaient pas encore prononcés que l’annonce de l’échec de la séance de ce lundi, portant sur la ratification du Premier ministre, était déjà prise pour acquis. La drôle de journée se terminait en débandade et c’est de peu que le Premier ministre, qui n’a pas eu le temps de se présenter au Parlement, échappe au couperet d’un vote négatif, disent les mauvaises langues. Jovenel Moïse et son ami Jack Guy Lafontant devront réviser leurs priorités. Recompter leurs soutiens. Reprendre les largesses. Avant de tenter de présenter une nouvelle fois le gouvernement du 13 mars ou une nouvelle équipe gouvernementale devant l’assemblée des honorables sénateurs de la République d’Haïti. La drôle de journée de ce lundi ne sera pas une journée perdue pour tout le monde, dit-on dans les couloirs du Parlement...

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