Le Premier ministre nommé devant le Sénat

Publié le 2017-03-09 | Le Nouvelliste

Editorial -

Après avoir soumis, mercredi, l'énoncé de sa politique générale au Sénat, le Premier ministre nommé, Jacques Guy Lafontant, doit se présenter lundi prochain au Grand Corps pour défendre sa politique afin d’obtenir un vote de confiance. Depuis la réduction des deux étapes en une seule qui doit permettre à un Premier ministre d’accéder à la Primature, l’analyse de ses pièces par une commission parlementaire constitue une simple formalité pour justifier qu’il satisfait aux exigences de l’article 157 de la Constitution amendée. Fritz Alphonse Jean fut la première personnalité nommée pour occuper ce poste qui avait échoué au Parlement lors de la présentation de sa politique générale devant la Chambre des députés. Si Jacques Guy Lafontant obtient un vote de confiance sur sa déclaration de politique générale au Sénat, il se présentera à la Chambre basse pour obtenir l’assentiment des députés avant d’entrer à la Primature. Si le Premier ministre échoue dans une chambre, le président Jovenel Moïse sera obligé de nommer un autre Premier ministre. Il est assez difficile de prévoir si Jacques Guy Lafontant passera l’étape du Sénat lundi. Le ton agressif qui caractérisait le comportement des parlementaires sur ce choix a vite fait place à la concertation sur le dossier du Premier ministre nommé. Si certains sénateurs, notamment ceux du parti au pouvoir, expriment leur attachement à Jacques Guy Lafontant, il n’en est pas ainsi pour la plupart des pères conscrits qui réclament certains privilèges pour accorder leur vote au Premier ministre. Le partage des responsabilités au sein du cabinet ministériel et dans les organismes autonomes d’Etat figure au nombre des exigences faites par les parlementaires. Jovenel Moïse se trouve entre l’enclume des parlementaires et le marteau de certains chefs de partis politiques. Pour consolider l’influence des partis politiques sur leurs élus au Parlement, le président de la République et le Premier ministre devraient privilégier les discussions avec les chefs de partis en lieu et place des députés et des sénateurs. Si certains parlementaires qui ont une tradition de militant dans les partis politiques auraient accueilli favorablement une telle démarche, d’autres, par contre, préfèreraient discuter avec le président et le Premier ministre pour accorder leur vote. Au regard du mode de fonctionnement des parlementaires haïtiens dans les deux chambres du Parlement, il n’y a pas lieu de croire que l’article de la loi sur les partis politiques qui stipule que le siège appartient au parti politique et non à l’élu est appliqué. Combien de sénateurs ont décliné les pourparlers avec Jovenel Moïse en se référant à leur chef de parti politique ? Combien de parlementaires ont l’habitude de discuter avec la direction de leur parti avant de participer à des blocs politiques au Parlement ? La lutte pour le renforcement des partis politiques est semée d’embûches, car elle nécessitera l’émergence d’une nouvelle classe d’hommes doués de conviction, d’idéologie et de volonté avant de faire fonctionner une véritable classe politique dans le pays.

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