Pour faire face aux enjeux majeurs du système éducatif haïtien ?

Ne faut-il pas envisager un ministère régalien, piloté par un scientifique de haut niveau ?

Publié le 2017-03-13 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Tel est le système éducatif d’un pays, tel est ce pays ! Il est très difficile d’envisager la formation initiale d’un pilote de l’air à partir, par exemple, d’un Airbus A-380. La même logique de raisonnement s’appliquerait à un titulaire du ministère de l’Éducation Nationale et de la Formation Professionnelle (MENFP) qui serait en déficit d’expérience et de formation. Et, faut–il le préciser, parlant de scientifique, il est temps d’envisager de placer ce ministère régalien sous l’égide d’un technicien de la chose éducative qui a démontré son habilité à s’approprier une solide compréhension de la problématique du système éducatif haïtien et des pistes de solution qui s’imposent. En effet, le système éducatif haïtien, déjà profondément déficitaire, a d’immenses défis à relever. Selon le Plan opérationnel 2010-2015, parler des principaux problèmes du système éducatif haïtien revient à mettre le doigt sur les constats suivants : une masse d’analphabètes estimés à près de 3 millions dont 52% de femmes; une insuffisance de la couverture scolaire (plus d’une vingtaine de sections communales totalement dépourvues d’infrastructures scolaires et plus de 140 n’ayant aucune infrastructure scolaire publique); un parc scolaire à plus de 90% privé; moins de 8% des entrants du système éducatif à obtenir leur diplôme de fin d’études classiques; des rendements scolaires médiocres dus, entre autres, à la faiblesse de la formation initiale des enseignants et de l’encadrement, à l’absence de statut du corps enseignant et aux mauvaises conditions d’apprentissage et d’enseignement. Il conviendrait de rappeler que le mouvement international de l’Education Pour Tous (EPT) initié par l’Unesco, l’Unicef, le PNUD et la Banque mondiale à Jomtien en 1990, réitéré à Dakar en 2000 et à Incheon en 2015, répondait à une inquiétude grandissante de la communauté internationale face au net recul de l’éducation dans de nombreux pays. À ces occasions, les représentants de gouvernements, d’organisations intergouvernementales et d’ONG présents ont décidé que « toute personne – enfant, adolescent et adulte – doit pouvoir bénéficier d’une formation conçue pour répondre à ses besoins éducatifs fondamentaux ». Ainsi, s’appuyant sur le mouvement de l’EPT, la Déclaration d’Incheon représente l’engagement ferme des pays et de la communauté mondiale en faveur d’un agenda de l’éducation unique et renouvelé – Éducation 2030 – qui se veut holistique, ambitieux, et qui ne laisse personne de côté. Cette nouvelle vision trouve sa pleine expression dans les Objectifs du développement durable (ODD) qui vise à « assurer une éducation inclusive et équitable de qualité et promouvoir des possibilités d’apprentissage tout au long de la vie pour tous ». L’un des grands défis du système éducatif revient pour Haïti à s’aligner sur les directives internationales en matière d’éducation tout en tenant compte des spécificités locales. Pour ce faire, entre autres choses, la prise de décision au plus haut niveau du système ne doit pas être subordonnée exclusivement aux négociations politiques. À compter de ce quinquennat et jusqu’à l’horizon 2030, les gouvernements successifs devraient confier ce secteur à des personnalités connues et reconnues pour leur expérience, compétence et honnêteté dans le secteur de l’éducation. Un des chantiers à explorer pourrait être l’actualisation et l’implémentation du plan opérationnel pour la refondation du système éducatif haïtien. La démarche doit s’appuyer sur une nécessaire rationalisation du système de formation des enseignants, l’implication des instituions d’enseignement supérieur à tous les niveaux du continuum et le recours au numérique. À ce titre, l’exemple de l’Équateur, auquel on crédite une réduction significative du taux de pauvreté, suite à sa réforme en matière d’éducation, nous paraît particulièrement éloquent. Les enjeux du système éducatif en Haïti sont majeurs : il s’agit de préparer le futur du pays, la place qu’il occupera dans la Caraïbe et dans le monde, une société créatrice de renouveau et de richesses, plus juste et apaisée, un espace de tolérance et de liberté dans un monde qui se replie sur lui-même. À l’instar de 1804, Haïti pourrait recouvrer une force de proposition pour elle-même et pour les autres à la seule condition qu’elle pense en termes d’intérêt général et qu’elle prenne soin de ses enfants. Il s’agit-là d’une démarche empreinte d’équité, mais aussi et surtout de justice sociale. Car tel est le système éducatif d’un pays, tel est ce pays ! Farah A. DORVAL, Ing. PhD. INSA de Lyon, France.

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