Conséquence de la grève: des tuberculeux reviennent mal en point au Sanatorium

Les patients de sanatorium, des tuberculeux qui avaient reçu l’exeat sans que l’état de leur santé ne soit amélioré, reviennent à l’hôpital dans de beaux draps. Ils étaient légion à venir se faire examiner quelques jours après la levée de la grève.

Publié le 2017-03-07 | Le Nouvelliste

National -

Mardi, 7 mars, il fait beau temps. Alors que le soleil brille de mille feux, les brises de ce matin font rêver. Cheveux mal coiffés, Magdala, cette mère dans la quarantaine, assise sur un banc devant la porte d’entrée d’une salle d’hospitalisation du sanatorium, n’est pourtant pas de ce monde. Le regard évasif, elle ne songe qu’à la nouvelle qu’elle vient d’apprendre. L’état de santé de sa fille qui a attrapé le bacille de Koch, la bactérie responsable de la tuberculose, s’est aggravé. « Il n’y a pas d’autre solution, le médecin m'a dit qu'il faut hospitaliser la petite d'urgence», rapporte-t-elle, les yeux par moments vers le ciel, sur sa fille, dans cette salle où quatre autres femmes sont allongées sur leurs lits. Probablement, une conséquence de la grève des travailleurs de la santé. Chétive, recroquevillée sur son lit, l’adolescente est l’une des patientes qui ont été contraintes de rentrer chez elles, un exeat forcé, sans que son état de santé ne soit amélioré. Elle fait partie des patientes qui reçoivent des visites médicales toutes les deux heures. « Se grèv la wi ki fè sa. Li te kòmanse pote l byen », martèle la mère avec une voix empreinte de tristesse. Très amère, Magdala jette la faute sur les responsables de ce pays qui, trop souvent, abandonnent une population aux abois. Elle n’est pourtant pas lettrée, mais elle a compris que ce type d’hôpital ne doit pas faire l’objet, dans aucun cas et pour n’importe quel motif, d’arrêt de travail. Le sanatorium de Port-au-Prince reçoit des patients en provenance de tout le pays. « La vie de ces derniers en dépend », dit-elle. En quête de soins, les tuberculeux ont été légion ce mardi à fréquenter le sanatorium. Après la signature, jeudi dernier, d’un protocole d’accord entre les grévistes et la commission chargée de discuter avec la FENATRAS, la grève a été levée dans ce centre de référence en matière de traitement des pathologies pulmonaires en Haïti. Les travailleurs de la santé qui observaient la grève tout comme le personnel médical ont repris du service depuis jeudi dernier. Tous les services disponibles à l’hôpital fonctionnent mais dans un climat où le poids de la grève se fait encore sentir. L’administration de l’hôpital est amputée de sa directrice médicale. Celle-ci prend sa retraite tandis que l’administrateur a fui ce centre sanitaire depuis quelques mois. Le personnel ne veut plus collaborer avec ce dernier. «Il nous a traités de cafards; pour cette raison on ne veut plus travailler avec lui », a soulevé Michelet Lonzard, un travailleur, ajoutant que cela n’a pas impacté le fonctionnement de l’hôpital. Il révèle que pendant ces trois jours, 250 à 300 malades sont consultés ». Le Dr Cadet, l’un des médecins résidents en garde, a fait remarquer que plusieurs patients arrivent dans un état très fragile. Dans la loge des hommes, six personnes sont hospitalisées tandis que cinq autres s’allongent dans le carré des femmes. « Il y a beaucoup d’entre eux qui étaient admis ici », a-t-il dit, évoquant les complications qui peuvent surgir. Le Dr Jean Alex Nazon fait savoir que les patients risquent de développer une certaine résistance au traitement de la tuberculose.

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