Distinction apparente entre récession et dépression (8e partie)

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2017-05-19 | Le Nouvelliste

Economie -

Quel bel hommage rendu à la Suède en si peu de mots ! Après le Japon qui sortit très rapidement de la crise- en tout cas, en moins de dix ans-, John Kenneth Galbraith s’intéresse à la Suède. L’auteur de « Voyage dans le temps économique» parle d’un autre assaut qui fut donné à la Grande Crise en Suède. Il a pu l’observer de ses yeux quand il est parti à Stockolm pour faire la connaissance d’un groupe remarquable d’économistes suédois. Il est élogieux à leur endroit et les cite : Gunnar Myrdal, Bertil G. Ohlin, Erick R. Lindahl, Eric Lundberg et Dag Hammarskjöld. Bertil Ohlin sera, conjointement avec l’Anglais Edward Meade, récompensé du prix Nobel d’économie par, précisément, la Banque royale de Suède pour leurs travaux, mieux leurs contributions à la théorie du commerce international et des mouvements de capitaux (in hebdomadaire Problèmes économiques no 2.637, mercredi 27 octobre 1999, 1969-1999, l’économie à travers les prix Nobel). Dag Hammarskjöld deviendra secrétaire général de l’Organisation des Nations unies et disparaîtra dans des circonstances tragiques. Curieusement, le plus connu de ces penseurs économiques reste Gunnar Myrdal pour son apport théorique à l’économie du développement. Le seul nom du professeur Myrdal fait autorité dans les milieux estudiantins, lui aussi fut lauréat en 1974 du prix Nobel, conjointement avec Friedrich A. Von Hayek, grand économiste qui se passe de présentation. Autant dire que la Suède était bien pourvue en compétences pour affronter la crise qui toucha le royaume. Galbraith est très flatteur pour leur vista puisqu’il rapporte que ses collègues suédois croyaient que« seule l’intervention active de l’Etat pouvait adoucir les épreuves de la crise et faire reculer le chômage». Or, la médication prescrite par ces docteurs de l’économie prenait la forme d’un cocktail : « Ils préconisaient, outre une forte dévaluation de la monnaie, l’endettement de l’Etat et l’emploi public (...)» Galbraith poursuit : « Ils croyaient dans le bien-fondé d’un soutien aux prix agricoles, et d’un renforcement considérable du système de sécurité sociale- retraite pour les personnes âgées et indemnités de chômage.» Il n’est pas étonnant que la Suède ait pris des longueurs d’avance sur le chapitre de la protection sociale . Déjà, en ce temps-là, ces mesures d’ordre social étaient novatrices. Mais c’est surtout pour avoir devancé John Maynard Keynes que les économistes suédois ont la considération- si l’on peut s’exprimer ainsi- de la corporation. En effet, Galbraith confirme que « ce programme fut mis en œuvre dans les années trente, bien avant que Keynes eût dit son mot». On apprend avec ravissement sous la plume de l’auteur de l’essai « Voyage dans le temps économique» que « nulle part ailleurs les économistes n’eurent tant d’influence sur les mesures des hommes d’Etat». Il advint que« (...) en fait, les économistes suédois, engagés dans la politique, étaient eux-mêmes les hommes d’Etat». Le pire était derrière les Suédois. « Dans la seconde moitié de la décennie, les décisions de ces hommes d’État, conseillés habilement par les économistes, avaient mis fin à la Grande Crise en Suède.» Galbraith leur décerne un satisfecit : « Keynes donnait la théorie ; les Suédois donnaient, eux, l’expérience intensément pratique et démocratique.» La reprise suédoise n’avait rien à voir avec « les armements et la guerre». Galbraith conclut : « Si le monde était juste, on ne dirait pas la révolution keynésienne, on dirait la révolution suédoise.» C’est donc la vérité historique. Comme il s’agit de science, est-il nécessaire d’ajouter que cette reconnaissance de l’exemple suédois tient de la probité?

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