PAPJAZZ 2017 / 11e édition

Christian Scott, le petit génie de la trompette

Sous des trombes d’eaux, samedi 4 mars, le public du Parc historique de la canne à sucre a découvert Christian Scott. Le talentueux trompettiste qui accompagnait la chanteuse américano-haïtienne Sarah Elizabeth Charles.

Publié le 2017-03-06 | Le Nouvelliste

Culture -

Péguy F. C. Pierre « Celui-là, il est bon. Je l’ai vu jouer à un festival à Bruxelles, depuis je ne l’ai plus lâché.» En disant cela, Dok Dan paraît très sûre d’elle. Et quand on connaît sa passion du jazz et sa grande collection d’albums de tous les genres de jazz, on ne se risque pas à mettre sa parole en doute. Il ne suffisait que d’attendre pour confirmer ses dires. Bien entendu, elle n’aura pas eu tort. Les premières notes mélancoliques de la trompette de Christian Scott accrochent. Quelque chose de magnétique se dégage de sa personne, une énergie qui retient le regard, comme si l’on était dans une sorte de quête ou dans une attente dont lui seul connaît l’enjeu. Dans son ensemble noir, rehaussé d’un collier en or style indonésien, le musicien fait corps avec son instrument, lui aussi de couleur or. Sans extravagance, il le module, lui tirant toutes les inflexions qu’il souhaite : douces, passionnées, déchaînées…, toutes celles qui traduisent la magie du jazz et de son génie. Son génie, on le découvre bien plus tard. Juste après que la pluie ne lui ait laissé que le temps d’introduire une superbe interprétation de « Wangol o » aux côtés de Sarah Elizabeth Charles, du pianiste et du percussionniste. Un travail de maître signé de la jeune chanteuse. Outre sa trompette qu’il caresse comme le corps d’une femme, Christian Scott est avant tout un architecte musical. Corps de métier émergeant, Scott crée des environnements qui favorisent la réévaluation des différentes façons dont la musique agit sur et communique avec le public. Entré dans la musique à l’âge de 11 ans, il commence ses tournées dès ses 13 ans. Depuis, il a fait beaucoup de festivals et joué avec de grands noms de la scène musicale. Parmi eux, le directeur musical du feu Prince, McCoy Tyner, Eddie Palmeiri, Radiohead, Atoms of Pierce et MOS DEF. Cette dernière collaboration explique le style singulier que joue Christian Scott. Ni jazz ni hip-hop, ni RN’B mais tout cela à la fois. Il le dénomme Stretch Music. « Je ne pense pas la musique en termes de catégorie. Pour moi, tous les styles peuvent se mélanger pour créer quelque chose de nouveau. Donc si vous me demandez si le Strech Music est du jazz, je vous dirai bien sûr que oui. Je ne souhaite pas uniquement bousculer le jazz. Je veux le transformer », explique le jeune homme. Sa détermination à aller au-delà de ce qui se fait déjà lui a valu de rencontrer Sarah Elizabeth, une autre artiste qui n’a de cesse de repousser les limites de sa voix. Il y a de cela un an et demi, celle-ci lui a demandé de produire son album. Cette collaboration a débouché sur de superbes créations, notamment la réadaptation de « Wangol o », un classique du répertoire musical haïtien. C’est probablement la performance que l’on retiendra le plus de leur beau duo samedi soir au parc. Mais Scott a rencontré la musique haïtienne bien avant Sarah. Ce natif de la Nouvelle Orléans, où il a vécu avant de déménager à Harlem, connaît bien le rara de Fallow Jah. Les mesures qu’il bat du pied et ses hochements de tête au son des tambours et des vaccines ne laissent aucun doute sur cette affirmation. Il expliquera d’ailleurs que la Nouvelle Orléans est souvent appelée « the haitian city ». Obligé de céder la scène en raison de la pluie qui ne semblait pas vouloir s’arrêter, Christian Scott se dit frustré de ne pas même avoir eu le temps de s’essouffler. « Je m’apprêtais vraiment à chauffé le public à blanc. Il va falloir que je revienne» conclut l’artiste. Un retour plus que souhaité par ceux qui ont eu un aperçu de son génie.

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