PAPJAZZ 2017, c’est bien parti mais…

Soirée d'ouverture Les organisateurs ont tout donné, les artistes étaient plus que prêts à épater par leurs performances. Quant aux amants et amateurs de jazz, peu nombreux au Parc Historique de la Canne à Sucre, ils ne demandaient que cela: voir du beau spectacle, décompresser et passer un bon moment à l’ouverture du Festival international de jazz de Port-au-Prince. Dame pluie n’était pourtant pas de cet avis. Elle a mis un point d’honneur à gâcher ce qui allait être sans doute une soirée mémorable.

Publié le 2017-03-06 | Le Nouvelliste

Culture -

La scène Prestige, décorée et occupée par les instruments, attend son premier spectacle. Carol Welsman du Canada, l’une des valeurs sûres du jazz actuel, donnera le ton. En bonne élève de Christiane Legrand, sœur de l’excellent compositeur français aux trois Oscars et jazzman Michel Legrand, Carol ne tarde pas à conquérir son assistance. Ses interprétations de "La valse des lilas", l'une des ballades de Michel, et de titres de son propre répertoire, son jeu de passe-passe avec le public sont d’un charme qui ne laisse pas indifférent. Si bien qu’un petit groupe tient bon sous l’auvent de la scène alors que de fines gouttes de pluie forcent les gens à trouver asile dans les espaces couverts du parc. L'humour et le sens de l’animation de Carol gagnent quelques autres réticents, qui finissent par se joindre aux groupies. Également pianiste, la chanteuse, qui compte six Junos à son actif (les Grammy canadiens), porte le coup final. Son interprétation de l’adaptation créole de Round Midnight de Miles Davis, un standard de jazz, est un pur plaisir pour l’ouïe. Mais elle doit se dépêcher de céder la scène. Les gouttelettes se sont changées en forte pluie et menacent de noyer le piano par le toit qui coulait. Carol Welsman s'en va sous de chauds applaudissements. La pluie donnant un répit et les chaises séchées, les amants du jazz regagnent les rangs au son des tam-tams et des vaccines d’un rara. Fallow Jah est devenu, en effet, un habitué du festival depuis plusieurs éditions déjà. Elizabeth Sara Charles, chanteuse, Christian Scott, trompettiste, et leur band en profitent pour s’installer et faire leur check de routine. Ce qui semble être des exercices de vocalise au départ, est en fait le style de la jeune chanteuse américano-haïtienne. Un style qui rappelle un peu la musique arabe. Ce sera, tout le long de ses prestations, un véritable instrument qu’on n’aura de cesse de découvrir. Christian Scott est certes architecte musical, mais il se trouve qu’il est aussi un petit génie de la trompette. Et l’arrangement musical qu’ils font avec leur band de "Wangol o" est simplement extraordinaire, une forme nouvelle, jusque-là inexplorée. La pluie, entre-temps, est revenue, jouant au chat et à la souris avec les spectateurs. Les groupies reprennent la même petite place devant la scène tandis que d'autres courent se mettre à l’abri. Elizabeth et Christian s’apprêtent à augmenter le tempo quand la pluie décide que c’en est assez. Elle redouble de force, envahit le stage et chasse même les plus fidèles. C’est la fin. Le pianiste et compositeur panaméen Danilo Pérez, l’une des plus belles têtes d’affiche et grand nom de latin jazz, attendu à ce festival ne donnera pas son concert. Ni ce soir-là ni les autres soirs d’ailleurs. C’était le seul jour pour lequel il était programmé. L’un des plus grands regrets de cette édition. Il n’y a plus moyen de faire quoi que ce soit, sinon se la couler douce, papotant entre amis et attendant que la fureur des trombes d'eau se calme. Diplomates, personnalités, connaisseurs et curieux se partagent les moindres recoins secs. Quelques journalistes en profitent pour faire leurs interviews, sympathiser et papoter eux aussi. Milena Sandler, amère, déclare que c’est une catastrophe. On la sent déçue et frustrée. Que pouvait-elle contre mère nature ? La directrice perfectionniste en elle ne se résigne pas à accepter ce beau gâchis. Elle qui voulait tellement prendre sa revanche sur la 10e édition ratée l’an dernier. Joël Widmaïer, lui, président du festival, est moins remonté. Il reconnaît que l’équipe a tout donné, que les musiciens et le public étaient de bonne volonté et ont résisté le plus longtemps possible devant les forces de la nature. Il regrette par contre que plus de monde n’a pas fait le déplacement au Parc pour l’ouverture. Une situation qui, selon lui, persiste depuis au moins trois ans. Il est 23 h quand le Parc se vide totalement. La scène Prestige, campée et toujours aussi bien décorée, semble regretter les prestations achevées trop tôt et celles totalement manquées. Elle dit au revoir à l’un des plus beaux débuts ratés de festival. Mais ce n’est que partie remise pour PAPJAZZ 2017. Encore sept soirs pour se rattraper.

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