Devant la dépouille de René Préval, Moïse, Privert, Martelly, Aristide... se prosternent

Personne ne s’y attendait. On le croyait en bonne santé. Sa soudaine disparition choaue tout le monde. L’ex-président René Préval est décédé vendredi d’un accident cardio vasculaire à l’âge de 74 ans. La nouvelle a eu l’effet d’une trainée de poudre sur les réseaux sociaux et dans les medias traditionnels. Le président Jovenel Moïse, les anciens présidents Jocelerme Privert, Michel Martelly, Jean-Bertrand Aristide, des anciens Premiers ministres, entre autres, se prosternent devant la dépouille de ce chef d’Etat qui marquera à jamais l’histoire d’Haïti. Témoignages !

Publié le 2017-03-03 | Le Nouvelliste

National -

Le président de la République, Jovenel Moïse, s'incline pour saluer le départ pour l'Orient éternel de l'ancien chef d'État haïtien René Préval, ce vendredi 3 mars 2017 à Laboule. « En cette triste occasion, le président de la République présente, au nom du peuple et du gouvernement haïtiens, à la famille éplorée et aux proches du disparu, ses sincères sympathies. Ces mots de condoléances s'étendent également aux sympathisants, alliés politiques et partisans du défunt qui a dirigé le pays pendant dix années (1996-2001, 2006-2011) », selon un communiqué de la présidence. Le chef de l’État, ajoute le communiqué, rend un vibrant hommage, en cette douloureuse circonstance, à cette grande figure de la politique haïtienne de ces dernières décennies. « La République d'Haïti témoigne sa reconnaissance envers ce digne fils qui aura consenti beaucoup de sacrifices au cours de sa vie au bénéfice de la patrie commune. » Jocelerme Privert : « J’ai perdu un ami, un conseiller et un mentor » Il a rencontré le président René Préval pour la première fois en 1995 alors qu’il était à cette époque directeur général de la DGI. Depuis, Jocelerme Privert a noué une amitié sans faille avec René Préval jusqu’à sa mort. Profondément attristé par la disparition de celui qu’il considère comme son mentor, l’ancien président Privert a indiqué que le pays a subi une grande perte, il a perdu un citoyen, une icône, une référence, « mais, moi, j’ai perdu un ami, un conseiller et un mentor». « J’ai participé à toutes les grandes décisions qu’il avait prises pour faire la promotion de la décentralisation, surtout quand il instaurait le forum des maires. Chaque mois, tous les maires du pays se rencontraient au Palais national avec les ministres et les directeurs généraux pour échanger sur leurs problèmes en vue d’y apporter des solutions », se souvient Jocelerme Privert. Privert n’a pas oublié l’appui de Préval aux paysans pour le renforcement du secteur agricole à travers son programme-phare, la réforme agraire. Travaillant au cabinet du président Préval comme son conseiller pendant plusieurs années, Jocelerme Privert se rappelle que René Préval n’a jamais pris de décisions unilatérales lors même qu'il était en position de le faire. Tous ses conseillers participaient dans la prise de ses grandes décisions et donnaient leurs opinions même sur les discours que Préval devait prononcer à l’étranger, a-t-il souligné. Selon l’ancien président provisoire, la jeunesse haïtienne doit retenir de René Préval quelqu’un qui était toujours animé d’un esprit de consensus. Il est, a-t-il rappelé, le seul président à avoir terminé deux mandats de cinq ans sans être victime de coup d’État ni forcé à l’exil. « Pendant les deux mandats du président Préval, le pays a fait un pas important et significatif en termes de croissance économique. Malheureusement, le tremblement de terre de janvier 2010 a perturbé toutes les avancées qu’avait faites le pays pendant les quatre premières années du second mandat de René Préval », a-t-il regretté. La jeunesse doit retenir également que René Préval avait tout fait pour maintenir une stabilité politique dans le pays, a ajouté Jocelerme Privert. Michel Martelly sous le choc… « Un homme qui a servi son pays ne meurt jamais. Que ton âme repose en paix! Président Préval, Ti René, mon frère, mon ami et conseiller, ton départ nous laisse sous le choc », lit-on sur le compte Twitter de l’ancien président à qui René Préval avait transmis le pouvoir en 2011 à la suite des élections. Jean-Bertrand Aristide… L’ancien président Jean-Bertrand Aristide a appris la nouvelle de la mort de René Préval avec beaucoup de tristesse, selon ce qu’a fait savoir au Nouvelliste Lesly Voltaire, un des proches de l’homme fort de Tabarre. « Paix à son âme et à notre chère Haïti ! », c’est la réaction laconique du leader de Fanmi Lavalas rapportée par Lesly Voltaire après le décès de l’ex-président René Préval. Yvon Neptune exprime son respect à Préval L’ancien Premier ministre de Jean-Bertrand Aristide n’avait jamais travaillé directement avec le président René Préval même s’ils sont tous les deux de souches lavalassiennes. Cependant, Yvon Neptune reconnaît en Préval un président qui a toujours fait des choix de priorité pour son pays comme l’agriculture, les réseaux routiers, entre autres. Yvon Neptune a exprimé son respect pour René Préval même s’il n’a pas toujours été d’accord avec lui sur certains points. Malgré les différends entre Préval et Fanmi Lavalas, « à ma connaissance, il a toujours été ouvert… C’est un homme de principe. Je n’ai jamais entendu dire qu’il a été un président ki te foure men l nan lajan Leta… » Jean-Max Bellerive terrassé ! C’est un Jean-Max Bellerive en larmes avec une voix à peine audible qui a exprimé au Nouvelliste sa tristesse après la disparition de son ami personnel. Ancien Premier ministre de René Préval, la disparition de ce dernier est à la fois pour lui « une douleur personnelle et individuelle». « C’était un être humain exceptionnel. Il croyait dans la fidélité malgré ce qu’on pensait de lui. Il était extrêmement méticuleux dans la gestion des affaires de l’État », a-t-il louangé. Il était toujours à la disposition de tout le monde, aux anciens comme aux actuels présidents, il apportait son aide quand cela était sollicité, a ajouté Jean-Max Bellerive qui, comme tout le monde, ne s’attendait pas à cette cruelle disparition. Ses amis comme ses ennemis reconnaissent en René Préval une grande simplicité, a-t-il dit. « Pendant deux fois, il a été président et à la fin de chaque mandat il a remis le pouvoir à la suite d'élections. C’est le seul exemple dans l’histoire d’Haïti. Il a été aussi Premier ministre. Personne ne pouvait déceler chez lui des signes extérieurs de richesse », a fait remarquer M. Bellerive. La jeunesse haïtienne, a-t-il exhorté, ne devrait pas rejeter en bloc toute la classe politique. Elle trouvera dans la vie de René Préval l’exemple à suivre, a-t-il dit avec conviction. Le sénateur Anthonio Cherami (Don Kato) déstabilisé… « Il était comme un père pour moi et moi un fils pour lui. Un guide. Cette nouvelle m’a déstabilisé. Je ne m’y attendais pas. J’ai comme les deux jambes coupées », a indiqué le sénateur Anthonio Cherami (Don Kato), un proche de René Préval. Le président Préval lui a toujours appris à être sage et à se comporter comme un élu, mais pas comme un chef, a-t-il dit. « Je n’oublierai jamais la façon dont le président Préval nous a traités, nous les gens issus de la classe défavorisée. Il nous a donné de l’espace pour grandir et pour évoluer… ça, je ne suis pas prêt à l’oublier… », a affirmé le chanteur-sénateur. Selon le parlementaire, le pays n’a pas conscience de ce qu’il a perdu avec la disparition de René Préval. « Il n’est pas mort, à travers nous son esprit et son travail se perpétueront. Sa sagesse continuera de grandir… », a-t-il assuré. Sans succès, Le Nouvelliste a tenté d’entrer en contact avec d’autres anciens Premiers ministres de René Préval comme Jacques Édouard Alexis ou Michèle Duvivier Pierre-Louis. Selon le protocole, après le décès d’un chef d’État, le ministre des Affaires étrangères, Pierrot Délienne, a annoncé l’ouverture d'un registre de condoléances dans toutes les ambassades du pays à l’étranger. Dépendamment de la volonté de la famille du défunt, a-t-il souligné, l’ancien président aura des funérailles nationales ou dans l’intimité. Une fois la date des funérailles fixée et que la famille de René Préval aurait accepté l’organisation des funérailles nationales, le protocole prendra en charge toutes les procédures, a fait savoir au Nouvelliste le chancelier joint par téléphone vendredi. Le drapeau national sera mis en berne, entre un et trois jours de deuil national sera décrété, le cercueil sera recouvert avec le bicolore national, le chef de l’État, le gouvernement, des anciens chefs de l’État, des diplomates vont être invités aux funérailles…

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