Pour la beauté du rire

Bloc-Notes

Publié le 2017-03-02 | Le Nouvelliste

National -

On pourrait chanter : « les touristes, touristes partis / le village petit à petit / retrouve face à lui-même / sa vérité ses problèmes ». Sauf que des touristes, il n’y en avait même pas. Aux Cayes, à Port-au-Prince, dans quelques autres villes, une petite fortune pour qu’affairistes et désoeuvrés tiennent tous les rôles : acteurs et spectateurs de défilés de marcheurs en attente d’ils ne savent quoi, longues marches interrompues de temps en temps par les bruits de musiques convenues dans leur formes comme leur thématique, et quelques propositions artistiques pour les masques et les déguisements. Depuis déjà quelques années, le carnaval c’est d’abord des gens qui marchent, marchent et offrent le spectacle de leur errance pour boucher les trous des arrêts et lenteurs des « défilés » officiels. Dans une société où tous les masques sont tombés, le carnaval semble avoir perdu de sa fonction critique, malgré les efforts de quelques uns (on peut penser ici à Kato, BIC..) pour essayer d’y dire encore quelque chose qui pourrait faire sens, au-delà de la grossièreté qui a remplacé la satire et des ridicules « polémiques » entre petits-bourgeois sur leurs cotes respectives de popularité. Tout ça pour ça… E pi apre ? Epi apre anyen… elle est toujours valable, la réplique de Pyram. Dans les lieux abandonnés à la sécheresse et l’obscurité, cela ne fera venir ni l’eau courante ni l’électricité. Un effet concret peut-être, certains disent que c’est neuf mois après le carnaval que le nombre de naissances atteint son pic annuel. Mais c’est peut-être une blague. Il en est tant qui courent. Dont l’une qui vise un responsable parlementaire en lui prêtant d’avoir proposé que le français soit la langue officielle du Sénat. C’est mieux que Molière et Languichatte qui, malgré leur sens de la farce, n’ont pas demandé à Sganarelle de ne parler qu’en latin ou au brave Azibé de vivre son bégaiement dans la langue de Voltaire. Qu’est-ce qu’une alternative dont les termes seraient le ridicule ou le silence ? Et, surtout, déjà que les « élus » parlent plus d’eux-mêmes que de leurs mandants présumés, on voudrait qu’en plus ces braves mandants, ceux qui ont vraiment voté, ceux qui n’ont pas voté mais qu’on a fait voter quand même, ceux qui ont voté contre mais dont les votes n’ont pas forcément été comptés, ne soient même pas autorisés à comprendre les propos de prétendus représentants que des jeux d’alliance leur auront donnés en cadeau ! Et, pire encore, que le Sénat de la République qui inspire déjà plus de doute que de respect, donne l’exemple d’une violation flagrante de la Constitution ! Non, ce ne peut être qu’une blague. En ces temps ou à force de bêtise, de mensonge et de médiocrité, chaque chose aura viré en son contraire, comme le carnaval fait plus pleurer que rire, quelque petit malin aura inventé cette rumeur. Pour la beauté du rire.

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