Le carnaval permanent

Publié le 2017-02-24 | Le Nouvelliste

Editorial -

C’est carnaval. La date était attendue. Le rendez-vous pris depuis un an. La fête se devrait d'être fête. Comme c’est le cas depuis quelques années, nous avons chargé les jours gras d’une portée politique qui dépasse les ambitions de ceux qui ne rêvent que de se masquer, de s’enivrer de musique et de se fatiguer le corps pour se rincer l’âme. Le moment de détente parfait assiste à une multiplication vertigineuse des rendez-vous et, cette année, à la lutte fratricide entre Port-au-Prince et les Cayes. Le tout pour des raisons politiques et de gros sous. Quand les jours gras seront consommés et le congé du mercredi des cendres épuisé, que restera-t-il jeudi matin? On ne sait pas encore. En février 2006, c’est le lion de Wyclef qui défraye la chronique. Le rappeur, qui est à son apogée d’homme de spectacle et de solidarité, veut faire vivre un événement inédit à la population. La presse internationale parle abondamment de son attelage de cirque. Les participants au carnaval, heureux et peureux, parlent encore de leur rencontre avec le roi des animaux sur le Champ de Mars. En février 2015, alors que les chanteurs de Barikad Crew font chanter « Peyi a toutouni/ Kès leta toutouni/ Fòs pèp la toutouni/ Lopital toutouni/ Lekòl yo toutouni/ Lajenès toutouni/ Kilti nou toutouni/ Anviwonman nou outouni ii iii/ », leur char heurte un fil électrique le deuxième jour du défilé. Les seize morts qui en résultent endeuillent le carnaval qui s’arrête net. Cette tragédie fait entrer notre carnaval dans les nouvelles internationales. En février 2016, il y a à peine un an, c’est la méringue carnavalesque du président en exercice qui projette le carnaval dans une situation spéciale. Le monde entier entend parler de cette faute de goût qui coïncide avec une fin de règne sans élection tenue. Haïti s’offre à l’occasion un petit carnaval sans les grands ténors T-Vice et Djakout #1. Que va-t-il rester de cette année 2017 ? Il est trop tôt pour le dire. Déjà, le fait que notre pays, en dépit de ses multiples problèmes, s’offre autant de jours de fête étonne, mais cela nous est coutumier. Ce ne sont pas les belles compositions musicales qui attirent l’attention et personne ne pense que le défilé des chars allégoriques, des reines et des orchestres, à Port-au-Prince ou aux Cayes, sera féerique. Pour reprendre les propos d’un carnavalier lors d’un des dimanches d’exercices précarnavalesques : « Le carnaval n’a pas de jour de congé en Haïti, on peut s’y rendre sans masque, ni déguisement, ni attente particulière, mardi-gras, c'est tous les jours.»

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