Gary Victor / Roman / traduction

« Cures et châtiments » de Gary Victor déjà traduit en allemand

Après "La chorale de sang", "Saison de porcs" et "Soro", "Cures et châtiments" est sorti en Allemand. Le Nouvelliste a interviewé Peter Trier, le traducteur.

Publié le 2017-03-17 | Le Nouvelliste

Culture -

Le Nouvelliste: Pourriez-vous vous présenter pour nos lecteurs? Peter Trier: Né en 1970 à Munich, j'ai grandi à Bonn. Études d'allemand et de francais pour la filière de l'enseignement. D'abord enseignant d'allemand, langue étrangère en France (où j'ai rencontré Gary Victor la seule fois avant sa tournée de 2017, c'était en 2004 au festival des Etonnants voyageurs de Saint-Malo. Je ne sais pas s'il se souvient, il a signé tant de livres ce jour-là ...). Après mon retour en Allemagne, d'abord professeur de francais, maintenant traducteur de textes techniques et économiques pour vivre, littéraires pour mon plaisir. Fondateur de la maison Litradukt en 2006 (depuis 2008, elle est gérée par ma femme Manuela Zeilinger-Trier). Marié, deux enfants. L.N: Comment avez-vous découvert l'oeuvre de Gary Victor? P.T: Par hasard. Je participais à un projet collectif pour la traduction et l'édition de littérature dite francophone. Le livre qui m'est échu était "La chorale de sang". C'était mon tout premier contact avec la littérature haitienne. "La chorale de sang" m'a tellement accroché que je me suis procuré d'autres livres de Gary Victor et que je suis allé aux Étonnants Voyageurs quand j'ai appris qu'il y serait. Ce projet collectif de maison d'édition a finalement échoué et ma traduction a dormi quelques années sur le disque dur jusqu'à ce que j'aie décidé de monter ma propre maison d'édition. L.N: Sur lesquels de ses livres travaillez-vous en ce moment? P.T: "Cures et châtiments". L.N: Qu'est-ce qui vous a tant fasciné dans ce texte et a inspiré ce travail de traduction? P.T: L'imagination débordante de l'auteur, la touche de surréalisme, l'acuité de son regard, l'humour noir, le sarcasme. Mon impression était; "Voilà quelqu'un qui a des choses à raconter." En m'intéressant à la littérature haitienne, j'ai été frappé par la richesse culturelle de ce pays, spécialement par sa densité de talents littéraires, et j'ai été étonné de constater que très peu d'auteurs haitiens étaient traduits en allemand. L'idée me plaisait de faire découvrir au lecteur une littérature nationale pratiquement inconnue. L.N: Comment travaillez-vous généralement ? Comment cela se passe-il jusque-là avec Cures et châtiments? P.T: Je fais une première version de la traduction avant de soumettre à l'auteur les questions qui ont surgi. Je laisse ensuite le texte pour quelques jours avant de le relire, parfois à haute voix pour tester le rythme des phrases. En cas de doute, je demande l'avis de personnes ne connaissant pas le texte et, de préférence, pas le français, pour avoir un regard externe et non influencé. Je relis encore le texte quand il est composé avant de le donner à l'imprimerie. Sinon, cela s'est bien passé, le livre est sous presse. L.N: C'est peut-être votre première traduction d'un livre si empreint de choses magico-religieuses, découlant de la culture haïtienne. Quelles sont les difficultés liées directement à cela? P.T: J'ai déjà traduit "La chorale de sang", "Saison de porcs" et "Soro" par Gary Victor et d'autres auteurs haïtiens où la magie joue également un rôle. Au début, on est bien entendu obligé de se documenter sur la culture haïtienne, spécialement sur le vaudou pour comprendre le sens de certaines expressions ou allusions, par exemple., lorsqu'il est dit de quelqu'un qu'il est "engagé" ou "en affaires". Je crois avoir développé un certain flair qui me dit que telle expression pourrait cacher quelque chose. Heureusement, Gary Victor et les autres auteurs que j'ai traduits m'ont toujours aidé volontiers. L.N: En questionnant l'auteur, il a parlé de vos nombreux échanges sur les explications qu'ils vous donnaient sur certaines tournures dans ces livres écrits en un français parlé en Haïti. Qu'en est-il plus exactement? P.T: Voir déjà l'exemple dans la réponse précédente. D'autres exemples (tous ne proviennent pas des livres de Gary Victor) qui ont fait l'objet d'échanges avec l'auteur: "Babylon" (nom donné à la police), "chef" (pour désigner une personne qui n'est pas forcément votre supérieur mais en général quelqu'un de haut placé ou inspirant le respect), "boss" pour désigner un artisan travaillant à son compte, "couleuvre" (pour désigner tout type de serpent), "coco-macaque": mot inconnu dans le francais "gaulois", "garçon-ma-commère", "restavek", "marron" au sens figuré de "ayant une attitude rebelle" ou "évitant les responsabilités", "soupe jaune" (avec la valeur symbolique attachée à ce plat), "poteau mitan" (au sens figuré) toutes sortes de mots d'orgine créole comme "zotobré" et tout le vocabluaire du vaudou. Quand des proverbes créoles sont cités, le sens n'est pas toujours facile à saisir pour quelqu'un qui n'a pas grandi dans cette culture. Mot très délicat à traduire: "nègre". En Haiti, il n'a pas le sens péjoratif qu'il a aujourd'hui en Allemagne où il est tabouisé. Il faut donc toujours se demander avec quelle intention il est utilisé par l'auteur: Est-ce simplement dans le sens de "personne" sans égard pour la couleur de la peau où est-il mis à la bouche d'un personnage pour le caractériser comme raciste? Les deux usages peuvent figurer dans le même ouvrage. L.N: La traduction rend plus l'essence d'un texte que les mots tels qu'ils se traduisent dans une langue. Et les livres de Gary sont riches de l'imaginaire haïtien. Dans quelle mesure les traductions que vous proposerez en seront-elles proches? P.T: Difficile d'y répondre. Je peux seulement espérer que mes traductions seront aussi proches que possible de l'esprit de l'original en admettant que j'arrive à le capter dans toutes ses nuances ... Comme le lecteur allemand n'a pas les même repères culturels que le lecteur haïtien, on ne peut se passer d'explications, les traductions comprennent donc un glossaire (tout comme les éditions publiées en France, d'ailleurs). L.N: Est-ce qu'une date est déjà prévue pour la sortie? P.T: Le livre paraît en mars 2017. L.N: En guise de primeur pour les lecteurs, dites-nous comment vous réussissez à traduire Dieuswalwe Azémar? P.T: Je ne le traduis pas. Normalement, on ne traduit pas les noms propres, même s'ils sont des noms "parlants". Il existe certes un nom allemand qui signifie "Dieu soit loué" (Gottlob), mais qui n'irait pas du tout avec la couleur locale. Il serait d'ailleurs impossible de rendre la différence entre "Dieusoitloué" et "Dieuswalwe", motif récurrant dans tous les trois livres. J'explique donc le sens du nom et la signification idéelle de l'orthographe créole adoptée par l'inspecteur dans une note du traducteur.

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