La vie de nos prisonniers, la pointe de l’iceberg de nos misères

Publié le 2017-02-21 | Le Nouvelliste

Editorial -

La photo de nos prisonniers affamés ou celle des dépouilles d’une vingtaine de détenus ayant trouvé la mort dans leur cellule, peut-être sans avoir été jugés, choque certains. Ils ont raison, car l’image montrant les conditions infrahumaines dans lesquelles vivent nos détenus n’a pas fait notre honneur. Cette dure et triste réalité nous met dans nos petits souliers. Nous devons cependant avoir le courage de regarder la réalité en face. Et si c’était la pointe de l’iceberg ? Cette photo que chacun de nous regarde avec amertume doit nous rappeler une chose, la majorité de la population haïtienne vit dans la précarité. La situation dans certains centres d’accueil pour enfants est-elle différente de celle constatée au Pénitencier national ? Qu’en est-il dans les asiles communaux ? En attendant qu’un reportage d’un média international nous mette la réalité en face, nous connaissons tous le sort que la société haïtienne réserve aux catégories les plus vulnérables. La photo publiée cette semaine par Washington Post et reprise par d’autres médias est juste une piqûre de rappel. Il n’y a aucune garantie que la photo en question va changer une quelconque réalité pour nos prisonniers dans la mesure où ici personne n’est responsable. Le choix de nos priorités en est la preuve. Des médias rapportent cette semaine que des villes brésiliennes annulent leur traditionnel carnaval pour des raisons financières. Ici, c’est le contraire. Des communes choisissent d’inaugurer leur carnaval. Pourtant, les personnels des hôpitaux publics sont en grève depuis plus de deux mois pour exiger une hausse de leur salaire. Et ces hôpitaux avaient observé un mot d’ordre de grève pendant cinq mois au cours de l’année 2016. Nous apprenons à vivre avec la fermeture des hôpitaux publics comme avec la grève des enseignants des écoles publiques. Dans certaines villes du pays, des enseignants ont déserté les salles de classe depuis le mois dernier pour exiger le paiement de leur salaire par le ministère de l’Éducation nationale. Comme si cela ne suffit pas, un parlementaire n’a trouvé mieux que d’outrager des magistrats, ce qui les a porté les à observer un arrêt de travail de deux jours. Ainsi va la République. C’est le moment du carnaval, les hôpitaux publics, les écoles en grève, les détenus affamés peuvent attendre.

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