Rodney Saint-Éloi : Haïti comme passion

Publié le 2017-03-14 | Le Nouvelliste

Culture -

Wébert Lahens « Passion Haïti », ce livre publié en 2016 par le confrère Rodney Saint-Eloi, renvoie chacun de nous à son enfance. Certains parmi nous ont-ils vécu passionnément leur enfance ? Autrement, ils seront condamnés à la revivre : pour acquérir la paix intérieure. Pour trouver le déclic. Ont-ils créé une ville qui a marqué leur entrée dans le monde ? Comme Rodney Saint-Éloi, la Norvège. Ou comme le poète Davertige, Omarigore. Une ville que, par amour, celui-ci a imaginée pour sa bien-aimée. Quel est le lieu de rencontre entre notre existence présente et ce passé que nos lecteurs ont, sans doute, caché dans un coin retiré de leur être ? Peut-être n’ont-ils pas joui totalement de leur enfance ?... La littérature, la poésie, les contes, les nouvelles ou les romans des autres, tel « Le Petit Prince » d’Antoine de Saint-Exupéry, les aideront-ils à sortir de ce coin sombre, réculé, imprécis de leur propre histoire de vie ? Ce ‘’Saint-Éloi’’ se lit comme un roman. Pourtant sans incipit, et le reste. C’est aussi un morceau qu’on partage ici ou ailleurs, pour montrer qu’on s’intéresse à son enfance, à ses amis de cette période lointaine de sa vie, aux nouveaux gens qu’on y découvre dans son existence : les grands-parents –les oncles, les tantes, les autres membres de la famille élargie, mais également l’autre aspect de la vie : si je viens d’une autre ville, comme Rodney Saint-Éloi de Cavaillon, ma découverte et mon intégration à Port-au-Prine, comment j’ai joui de cette ville ou combien elle m'a déçu à son premier abord. Ensuite, comment j’ai fait mon chemin, découvert les grands noms de la ville, fouillé un peu plus une idée d’Haïti elle-même : « La première difficulté pour quiconque s’intéresse à Haïti est le mot Haïti. On ne peut pas se contenter de dire Haïti est un pays. On est tenté d’expliquer et de s’expliquer : la colonisation, l’esclavage, l’identité, le vaudou, la politique, la gastronomie, le racisme, le dénigrément, la paysannerie, les classes moyennes, la bourgeoisie... Nous sommes en présence d’un objet singulier qui constitue un véritable malentendu. Défi. Crise. Incompréhension. D’où l’obligation de redéfinir Haïti.» C’est un coup de boutoir ou un coup de cœur pour un texte dans l’ensemble, mais qui nous porte à lire autrement ou passionnément ce livre « Rodney Saint-Éloi : Passion Haïti. » Un autre verset du livre, c’est la provocation créée dans l’intégration de l’auteur dans «l’ailleurs», au Québec, à Montréal. De Port-au-Prince à ce lointain, comment se fait l’insertion. Devenir un auteur dans cette grande ville. D’ailleurs, nous fait-il remarquer : « A quoi rêve l’Haïtien : partir ? L’aéroport ... le mot sonne fort. Ses syllabes sont légères et entrent dans nos jeux d’enfants. Aéroport, ce n’est pas un mot, c’est du bonbon. Le rêve que l’on rêve tous les soirs. Au ciel dorment les avions et les nuages. Tida chantait à tue-tête son cantique préféré : Quand la paix règnera au ciel, nous y serons tous. » Enfin, « Passion Haïti » n’est pas un livre, mais un hymne à l’amour. Certains lecteurs y percevront une occasion de reformater leur manière d’aimer ce pays qui nous a vu naître : doucement ou passionnément. J’ai une simple réserve : j’aime pas la photo d’illustration.

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