Angle de vue

Marathon de lecture : lire et écrire, un dialogue dans le temps et l’espace

Publié le 2017-03-14 | Le Nouvelliste

Culture -

Rodrigue Joseph Solaire, le coup d’envoi de la huitième édition de Marathon de la lecture, avec son cachet particulier. Le slogan : Lire pour un nouveau départ. Un nouveau départ pour redessiner le même cercle du Dharma, aurait répliqué T.S. Eliott. Des dizaines d’invités étaient réunis en fer à cheval autour des trois intervenants, au troisième plan de l’édifice logeant le restaurant Le Rapadou. Le ton et les couleurs de cette cérémonie laisse un arrière-goût de la fête des chandelles, célébrée deux jours plus tôt. La lecture serait-elle cet innocent petit plaisir solitaire qui invite notre conscience à arpenter mille et une portes de lumière toujours plus supérieure en splendeur ? De multiples activités, autres que Marathon de lecture du Petit lectorat, sont organisées ces dernières années sur la lecture et l’écriture en Haïti : des émissions de radio et de télévision, bibliothèques mobiles dans les rues, création de bibliothèques dans les villes de province, des prix littéraires… Elles ont la vie dure, la lecture et l’écriture, pourraient dire ceux qui sont d’avis que l’accès global aux médias audio-télédiffusion les supplanterait un jour. Pourquoi cet intérêt plus intense pour la chose écrite ? Est-ce une démarche originaire d’Haïti ? La lecture et l’écriture tendent à devenir des activités fondamentales du quotidien de la majorité de la population mondiale d’aujourd’hui. Presque tout le monde écrit à longueur de journée des SMS et des mails et en lit autant. Elles sont à foison dans leurs formes minimales dans les affiches publicitaires, les pancartes indicatrices dans les rues, les vêtements… L’accès à la chose écrite dépasse tout ce qu’on aurait pu imaginer de cela il y a à peine 100 ans. Elles ne sont plus le luxe que ne pouvait s’offrir qu’un groupe socioéconomique d’une société. Rien qu’avec un portable, on peut avoir accès à une infinité de livres, y compris ceux auxquels ne pouvait avoir accès jadis qu'une élite d'aristocrates, de bourgeois, d’initiés… L’Internet ne serait-il pas une forme de résurrection de la bibliothèque d’Alexandrie (à carte gratuite pour tout le monde) dont les nostalgiques portent encore le deuil ? Courte rétrospective sur la lecture La lecture est une activité qui mobilise chez celui qui s’y engage silence, concentration, attention et disponibilité intérieure. Elle est une forme de méditation discrète. Elle va au-delà d’un simple exercice de développement de l’intellect et d’acquisition de savoir utilitaire. Elle est un dialogue télépathique entre un scripteur et un lecteur au-delà de l’espace et du temps. Le lecteur conscient peut facilement reconnaître n’étant pas sienne la diversité des timbres qui résonnent à l’intérieur de lui subtilement selon sa matière de lecture. Ce qui est loin d’être une illusion du mental ou de l’imagination. Le processus d’apprentissage qu’entraîne la lecture est une actualisation des données qui sont déjà à l’état latent dans chaque lecteur. C’est la conjugaison des informations transmises par les lettres proposées par un scripteur avec celles en dépôt dans le monde interne d’un lecteur qui donne naissance à ce phénomène merveilleux appelé compréhension (étymologiquement prendre avec soi). C’est une connexion énergétique et un jeu à somme non nulle. Harold Bloom a regroupé 100 génies (De Homère à Octavio Paz) de la littérature mondiale selon les 10 centres de vie constituant le monde interne et externe de tout être humain, indiquant par cette démarche que chaque œuvre littéraire connecte son lecteur à l’énergie d’un centre de vie précis et n’est jamais innocente. Les livres sont là pour nous rappeler ce qu’on sait. L’apprentissage n’est qu’une actualisation de ce qu’on sait déjà, aurait ajouté Platon. Tout être humain sait tout sur tout. L’homme est la synthèse de tout ce qu’il y a dans le cosmos, ne cessaient de répéter les sages antiques. Le temps et l’espace peuvent toujours créer en nous l’illusion du changement, le contenu fondamental des livres ne change presque jamais, en dépit de la diversité déroutantes des courants littéraires qui ont marqué l’histoire de la littérature mondiale. Le genre littéraire le plus primé en matière de lecture est le récit, et il en a toujours été ainsi depuis la nuit des temps. Les grands livres sacrés de la sagesse des temps se présentent sous forme de récits : les Védas, la Bible, le Coran, le livre des morts égyptiens, le livre des morts tibétains… Qui dit récit dit action. « La vie est action involutive et évolutive », aiment clamer les théosophes. Tous les récits des grandes œuvres littéraires qui ont marqué et marquent encore la littérature universelle ont toujours eu le même schéma de protagonistes : un héros, une femme (très symbolique parfois) et une série d’épreuves à travers lesquelles ils finissent par atteindre un état de symbiose. Les récits dans l’industrie cinématographique et de la chanson n’ont pu trouver mieux comme structure en dépit de leur variété fulgurante. Étrange que ce schéma puisse toujours conserver toute sa fraîcheur à fleur d’originalité ! Ce qui l’est encore plus, c’est le rêve secret de tout bon lecteur de parvenir à lire tous les livres du monde. Il est incontournable parce qu’il reflète ce vers quoi tout être tend: la jonction avec l’essence divine en lui, ou, selon la formule d’Hermès, parvenir à faire que ce qui est en haut soit comme ce qui est en bas. La lecture, activité microcosmique d’appréhension des réalités, devrait ouvrir sur une appréhension macrocosmique des réalités qui nous entourent au fil des livres (autrement…): la lecture du grand livre du cosmos. Il est fait, ce grand livre, de formes, de couleurs, d’échanges au quotidien avec les autres, d’évènements fastes ou néfastes, de franges d’énergie qui nous traversent, de signes prémonitoires… Tout ce qu’on doit savoir est toujours inscrit autour de nous si on y prête attention. Chaque être est le centre du cosmos. Le cosmos dialogue toujours avec lui. Il lui suffit d’être attentif pour recevoir quand il faut le message dont il a besoin à chaque instant précis de son quotidien. Courte rétrospective sur l’écriture L’écriture n’a d’histoire que ce dont on lui prête pour assurer notre ancrage au niveau d’une conception linéaire de la vie. Elle est une énergie constitutive du cosmos comme les couleurs. « A noir, E blanc, I rouge, U vert, O bleu : voyelles, /Je dirai quelque jour vos naissances latentes », murmurait Rimbaud. Elle est l’une des manifestations primaires du pouvoir du logos. L’enveloppe bioénergétique, où logent les êtres que nous appelons génériquement humains sur la terre, est une structure regroupant toutes les formes géométriques qui ont été servies pour créer le cosmos. Les alphabets ne sont qu’une forme d’usage miniaturisée de cette géométrie sacrée. Qu’on en soit conscient ou pas, le temps du décodage d’un caractère, on est affecté d’une manière ou d’une autre par leur vibration inhérente ou de celui que leur prête un scripteur. Au niveau de la création artistique, elle est surtout l’écriture, l’offrande d’une énergie dont la vocation est de migrer dans le temps et l’espace sans jamais perdre une seule particule de sa séduction. « Je n’ai pas d’autre patrie que les mots », clame Jean Claude Charles, le poète de l’enracinerrance. L’art d’écrire serait-elle un art d’offrir à ses lecteurs une possibilité de migration, avec papier en main, dans l’espace du dedans (microcosme) comme du dehors (macrocosme) pour explorer des champs de conscience avec une liberté qui n’a de limites que celles que s’impose le lecteur à lui-même ? « L’écriture d’un peuple indique toujours le sens de sa marche par rapport au soleil ou l’origine même de la civilisation », affirme le docteur Gérard Encausse. La langue des Chinois et des Lémuriens se lit du zénith vers le nadir, celle des Hébreux de l’orient vers l’occident, des Noirs (Abyssiniens et Nubiens ancêtres des Noirs d’aujourd’hui) du nadir vers le zénith et celle des Atlantes et des Hindous de l’occident vers l’orient. La majorité des langues de lecture de notre ère appartiennent à la quatrième catégorie. Autant dire que la lecture de la majorité des gens sur la planète aujourd’hui impliquent une activité de l’hémisphère gauche du cerveau, responsable d’une appréhension de la réalité par la logique, la linéarité, le langage, l’analyse vers l’hémisphère droite, siège de l’intuition, la créativité, l’imagination, les sentiments, le rythme et la pensée holistique. Selon la sagesse antique, l’orient est la position de l’élément air et l’occident de l’eau. L’air a pour vertu majeure l’intellect (le père) et l’eau l’intuition (la mère). Notre ère est appelée ère du verseau (signe double d’air et d’eau) dont le symbole est un homme versant une jarre d’eau. C’est l’ère de l’apocalypse ou de la révélation. La révélation d’une connaissance solaire.

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