« Le PIDIH est un fiasco », les Dominicains déportent et dénationalisent, l'État haïtien peine à identifier les siens

Publié le 2017-02-16 | Le Nouvelliste

National -

Le diagnostic de l’Observatoire binational sur la migration, l’éducation, l’environnement et le commerce (OBMEC) sur la thématique migratoire haïtiano-dominicaine est revenu sur le Programme d’identification et de documentation des immigrants haïtiens (PIDIH). Le programme est un fiasco, conclut le rapport. Sur les 300 000 migrants à identifier, l’État n’est pas arrivé à identifier un tiers. D’un autre côté, les chercheurs observent que le gouvernement dominicain continue sa politique de déportation de nos compatriotes et de dénationalisation des personnes d’origine haïtienne. La semaine dernière, la justice dominicaine a rendu son verdict annulant l’acte de naissance de la ressortissante dominicaine, d’origine haïtienne, Juliana Deguis Pierre, délivré, depuis l’année 1984, par le bureau d’état civil de la première circonscription de Yamasá, République dominicaine. Cette mesure discriminatoire s’inscrit dans le cadre de l’application de la politique du gouvernement dominicain de dénationalisation des ressortissants d’ascendance haïtienne, autorisée par l’arrêt TC 168-13 de la Cour constitutionnelle dominicaine, en date du 23 septembre 2013. La chercheuse Colette Lespinasse, qui présentait vendredi dernier les défis auxquels font face les migrants haïtiens en République dominicaine, selon les résultats de l’étude, a expliqué que les autorités dominicaines n’en démordent pas. La chasse aux Haïtiens sans papiers et aux personnes d’ascendance haïtienne continue. L’étude conclut que l’un des défis auxquels sont confrontés nos compatriotes en terre voisine est le problème de régularisation. Le Programme d’identification et de documentation des immigrants haïtiens (PIDIH), mis en place par l’État dans le cadre de ses efforts pour identifier les sans-papiers vivant en République dominicaine afin qu’ils puissent participer au PNRE, s’est révélé un fiasco. Sur les 300 000 documents promis en un an, l’État dominicain n’a pas pu fournir 50 000 pièces d’identité dont des actes de naissance, Cartes d’identification nationale…. Moins de 3 000 passeports ont été délivrés à nos ressortissants. « Cet échec a avili l’État haïtien qui a du coup démontré qu’il était incapable d’identifier ses ressortissants », a expliqué Colette Lespinasse. Après le scandale de l’adoption de l’arrêt TC-168-13, le gouvernement dominicain a mis en place le Programme national de régularisation des étrangers (PNRE), un plan qui accorde le statut de migrants légaux aux étrangers. Ce programme a permis aux Hattiens d’entamer le processus de régularisation. Si 288 466 migrants ont formulé une demande, bon nombre n’ont pas pu être régularisés à cause qu’ils n’ont pas pu fournir tous les documents exigés. « Il y a 48 510 demandes qui ont été rejetées pour cause de « documents manquants », a expliqué Colette Lespinasse, précisant que, dans la foulée de l’expiration du PNRE, citoyens dominicains et ressortissants haïtiens ont été déportés à longueur de journée dans les différents points frontaliers. Les déportations continuent dans le non-respect des normes à un rythme soutenu, ajoute la chercheuse. De 1991 à 2016, les autorités dominicaines ont rapatrié 500 000 migrants illégaux haïtiens. Le problème demeure L’Observatoire binational, selon les résultats de l’étude, dit constater malheureusement qu’il y a un pourcentage considérable de migrants haïtiens qui continuent de traverser la frontière sans aucun document. La cause ? L’État n’est pas en mesure de leur fournir ce dont ils en ont besoin. La recherche révèle aussi que l’État haïtien est dans l'incapacité de contrôler les points frontaliers, ce qui laisse libre voie aux gens. Elle souligne également que les maires, les ASEC, CASEC ne sont pas impliqués dans la gestion des points frontaliers. Autres défis Les migrants sont victimes de l’exclusion sociale. 73% des travailleurs haïtiens n’ont pas un contrat de travail écrit. Cela augmente leur vulnérabilité. Ils sont astreints à des horaires plus éprouvants que ceux des autres migrants ou Dominicains pour des salaires plus bas. Pour le même type de travail, leur salaire est inférieur, en moyenne, de 2 000 pesos à ceux des autres migrants, fait remarquer Colette Lespinasse, indiquant, que sur le plan de la sécurité sociale aussi, les mêmes défis se présentent. « Nos ressortissants ne bénéficient pas de congé de maladie ni d’aucune forme d’assurance maladie », a-t-elle précisé. Les migrants haïtiens ainsi que les étudiants vivant en République dominicaine sont victimes de discrimination. Leurs droits sont violés constamment. Les viejos qui sont plus de 50 000 Haïtiens sont l’une des catégories les plus marginalisées du pays. Ils ne bénéficient d’aucune pension, estime le rapport soulignant que ces gens ne sont protégés par aucune législation.

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