« Le président a parlé. Point-barre ! »

Publié le 2017-01-23 | Le Nouvelliste

Editorial -

Jean-Claude Duvalier, Jean-Bertrand Aristide, aucun des généraux putschistes, aucun des chefs d’État haïtiens même pas François Duvalier lui-même, n’a été aussi plein de lui-même avant de prêter serment. Jovenel Moïse vient de battre tous les records aux Cayes en ponctuant sa programmation pour le carnaval pendant son mandat d’un : « Le président a parlé. Point barre ! ». Peu modeste, le président élu s’était autoqualifié de « phénomène » pour parler de son parcours remarquable et proclamé que « la richesse est une vertu » à son retour de son premier voyage en République dominicaine. Devant la foule rassemblée aux Cayes pour le dimanche précarnavalesque de la métropole du Sud, le président a conclu son adresse par un « le président a parlé.Point barre! ». Cette sentence, à l’allure d’un diktat, fait le tour des réseaux sociaux depuis dimanche soir. On disait l’homme à la banane colérique, allons-nous le découvrir autoritaire ? Il est trop tôt pour le dire, mais les prémices inquiètent. Depuis son voyage en République dominicaine et le premier « aux-champs » qu’il a reçu, le président élu ne cesse de nous étonner et ce n’est pas par des déclarations de bon augure ni par des propositions inspirées. Jovenel Moïse nous étonne parce qu’il nous rappelle déjà le pire de ce que nos présidents peuvent faire. Assuré de détenir la majorité au Parlement, assuré de nommer la majorité des juges de la Cour de cassation, assuré de contrôler le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ) et le Conseil supérieur de la Police nationale (CSPN), le président Jovenel Moïse va détenir d’ici quelques mois des pouvoirs énormes et peu de moyens économiques pour faire atterrir ses projets. Saura-t-il se contrôler ? Ou bien va-t-il prendre des mesures point barre ? Avec une opposition inexistante, une société civile à genoux depuis des années, des associations qui se cherchent, le président de la République en Haïti a un immense pouvoir. Il devra donner le ton. C’était le cas hier, c’est le cas aujourd’hui. Ce sera notre situation demain. Il devra apprendre à trouver le bon ton. Il est facile de dire que chaque président de la République doit tracer son propre chemin, chercher une voie originale, c’est ne pas savoir comment les nouveaux élus s’inspirent des présidents qui les précèdent. Ils les copient dans un mimétisme confondant. Ils veulent tous être craints comme François Duvalier, jouisseurs comme Jean-Claude Duvalier, populaires et populistes comme Jean-Bertrand Aristide, bons nageurs comme René Préval ou dépensiers comme Michel Martelly au lieu de désirer être meilleurs qu’eux. De ne retenir que le bon côté de chaque présidence. D’ici le 7 février, le président élu deviendra le 58e président de la République. Avec peu de moyens, il devra faire tourner la boutique. Tout le reste n’est que filer du mauvais coton. Point barre! comme le dit si bien le président élu.

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