Confusion, rumeurs, fanfaronnades…

Bloc-notes

Publié le 2017-01-10 | Le Nouvelliste

National -

Un homme est en prison. C’est une chose dont il ne faut jamais rire. Sinon il y aurait quelque chose de comique dans le réveil soudain du nationalisme de quelques ténors du PHTK. Nationalistes, ils l’étaient moins quand la télévision d’Etat diffusait fièrement les images d’une citoyenne américaine déposant son bulletin de vote. Nationalistes, ils l’étaient moins quand, contre l’opinion publique haïtienne, ils répétaient après les ambassades que les élections de 2015 étaient crédibles et honnêtes. Nationalistes, le seront-ils quand viendront les offres d’achat de nos ressources naturelles ? Ce sont des temps étranges qui font des gigolos qui vantent la vertu… Plus sérieusement, et pour l’histoire, cette arrestation constitue la plus grosse faute symbolique de la présidence Privert. Jusque-là, on pouvait lui reconnaître une posture de dignité, et lui accorder le respect pour avoir tenu parole. Il allait entrer comme ça dans l’histoire. On pourrait l’accrocher sur des détails, mais, sur l’ensemble, le président et son équipe ont respecté leur mandat, accompli la mission qui leur était confiée sans prostituer l’autorité de l’État aux pieds des puissances étrangères. Et puis, cette arrestation d’un « élu », après obtention d’un certificat par le Conseil électoral et à sa sortie d’une émission de radio. C’est cela qu’on gardera en mémoire. Pourquoi accepter, permettre ? On ne voit pas les raisons d’État qui expliquent cette action. Quel que soit le camp politique auquel on appartient et ce que l’on pense ou sait de l’individu, on ne peut ne pas se sentir humilié par cette arrestation-extradition. Parce que la réciprocité n’existe pas. Parce qu’elle témoigne bien moins d’un principe de justice que de l’exercice d’un pouvoir. Elle est la preuve brutale d’une condition assumée de subalterne. Sentiment qui est renforcé par le contexte dans lequel elle prend place. Il ne manquait plus que d’arrêter les habitants de Pestel, voire de toute la Grand'Anse, les conseillers électoraux, le propriétaire du média pour recel de malfaiteur ! L’acte est laid, humiliant. Jouissif pour ses exécutants : photos, sourires. Oui, pour le temps long de l’histoire, c’est sans doute la plus grosse faute symbolique de la présidence Privert. On dit que tel ancien président doit rire. Mais le rire d’un récidiviste embarqué, débarqué, colis lui-même… On dit que le PHTK et consorts sont moins tranquilles et moins sûrs qu’ils pourront tout faire à leur guise, qu’ils pressentent que l’exercice du pouvoir ne sera pas aussi « rose » qu’ils le croyaient. On ne va pas s’en plaindre. Cette histoire tourne à la farce. Les fanfaronnades de qui allait se coucher sur la piste pour empêcher le départ de l’avion. Le silence des autorités haïtiennes quand une partie de la population demande des explications. Le nationalisme de pacotille et le rire revanchard des lavalassiens… À en oublier le sérieux de l’ampleur du trafic de drogue, de la répression sélective exercée par les Américains et de leur morgue, de l’avilissement permanent des institutions haïtiennes, dont ce Parlement qui fait un peu figure de caverne d’Ali Baba. À en oublier la misère d’un peuple qui mérite mieux.

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