Mettre ensemble les rivières, le soleil, la terre et les gens : du folklore, selon Thomas Lalime

Publié le 2017-01-09 | Le Nouvelliste

National -

Comme la plupart de ses anciens compétiteurs à l’élection présidentielle, Jovenel Moïse, qui attend son installation au Palais national, n’avait pas fait campagne autour d’un programme politique clair. Il a toutefois laissé dans l’opinion cette petite phrase qui est devenue sa marque de fabrique : «Mettre ensemble les rivières, le soleil, la terre et les gens pour développer de façon durable le pays». Cette énonciation a constitué la vision du candidat, selon Kesner Pharel. Mais une vision «assez restrictive», a-t-il fait savoir. Telle que formulée, cette vision tourne autour de l’agriculture qui représente 20% de notre PIB et produit une richesse d’environ deux milliards de dollars. « Développer un pays ne peut tourner autour de cela exclusivement. L’économie de la région est devenue une économie touristique. Ce n’est plus une économie bananière», répète Kesner Pharel. Il faut certes moderniser l’agriculture mais il faut aussi diversifier l’économie, selon Kesner Pharel. À côté du tourisme, il propose entre autres la manufacture et les technologies de l’information. Kesner Pharel a cité l’exemple de la République dominicaine qui s’est tournée vers d’autres secteurs en faisant en sorte que moins de 10% de son PIB soit dirigé vers l’agriculture qui malgré tout contribue à hauteur de 4 milliards de dollars dans la richesse du pays. Kesner Pharel a aussi fait remarquer que plus de richesses sont créées dans le secteur service en République dominicaine que les richesses générées dans toute l’économie en Haïti. Mettre ensemble les rivières, le soleil, la terre et les gens pour développer de façon durable le pays, Thomas Lalime s’en moque. « Je trouve que c’est un peu folklorique, presque ésotérique, ironise-t-il. Quand le président a évoqué les rivières, le soleil, la terre et les gens, comment va-t-il les mobiliser ?», se demande l’économiste, affirmant que ce sont là des éléments difficilement mobilisables. Thomas Lalime pense que le président ferait mieux de s’inspirer du Plan stratégique pour le développement d’Haïti (PSDH). Parce que Jovenel Moïse n’avait pas fait campagne autour d’un programme politique, cela peut être une opportunité et une menace, selon Thomas Lalime. Une menace dans la mesure que cela peut entraînera une incertitude; une opportunité dans le sens où cela permettrait de se référer au Plan stratégique pour le développement d’Haïti qui a été adopté en concertation avec des experts de tous les secteurs et qui s’est aussi inspiré en grande partie du Plan national pour la réduction de la pauvreté, explique Thomas Lalime. Il pense que l’une des premières décisions que peut prendre ce nouveau gouvernement, c’est de faire de ce plan stratégique son cheval de bataille. Il croit dur comme fer qu’une telle décision serait plus importante que les états généraux envisagés par le nouveau président élu.

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