Plateforme communautaire Villa Rosa

Art et environnement mode d’emploi

David Thébaud signe Tébo sur ses œuvres d’art. Il appartient à cette génération d’artistes consacrés à l’art de la récupération. Après avoir réalisé plusieurs expositions et ateliers en Haïti et aux États-Unis sur l’art environnemental, ce résident du Canapé-Vert s’est uni avec des agents de développement, dont Hérard Jean-Raymond, pour créer un atelier pour la protection de l’environnement. La plateforme communautaire Villa Rosa, séduite par ce projet, s’engage aux côtés des artistes et artisans.

Publié le 2017-01-05 | Le Nouvelliste

Culture -

Claude Bernard Sérant Le Nouvelliste (L.N.) : Depuis qu’on vous connaît, les déchets ont toujours été au centre de votre préoccupation. Art et environnement vous servent maintenant de passerelle pour transmettre un savoir, une technique à la communauté. David Thébaud (D. T): Art et environnement, c’est le moteur de ma passion. Vous vous souvenez que la Fondation Culture Création et la Bibliothèque Madeleine Paillère avaient mis en valeur les œuvres de Wanglish Michel et moi. Le Nouvelliste en avait fait part dans un article titré «Art et Environnement pour un dialogue à la Fondation Culture Création». Cette passion du recyclage ne m’a jamais quitté. Comme vous le soulignez, Sérant, mon art me sert de passerelle pour transmettre un savoir, une technique. Dans cette perspective, la Plateforme communautaire Villa Rosa (PCVR), dirigée par Hérard Jean-Raymond, a été mise en place dans le cadre du projet 16/6 par le gouvernement haïtien après le séisme du 12 janvier 2010, avec pour mission de promouvoir, impliquer et participer dans le processus de développement des quartiers. L.N. : Cette exposition dont vous parlez remonte à septembre 2015. Encore une exposition d’art sur la protection de l’environnement ? D. T. : Cela devient une coutume. Dernièrement, à titre personnel, sur l’invitation du professeur Christine Berg, un membre de Haitian People Support Project, j’étais en novembre 2016 à l'école secondaire régionale de Rumson-Fair Haven aux États-Unis. À présent, notre exposition, inscrite dans la durée à la Plateforme Villa Rosa au Canapé-Vert, se réclame de la protection de l’environnement. En tant qu’artiste-citoyen, je suis résolument déterminé à sensibiliser les Haïtiens à la question environnementale en passant par l’art. En vérité, je n’arrive pas à comprendre l’inconscience de notre société. Sur la question environnementale, il y a une rage destructrice chez nous qui dépasse l’imagination. L’art et la beauté face à la dégradation de l’environnement L.N. : Que faire ? D.T. : Dans un pays comme Haïti, il faut s’investir. C’est pourquoi le président de la plateforme, Hérard Jean-Raymond, cet agent de développement communautaire, déclare souvent lors de nos ateliers : Une telle initiative doit avoir une attention spéciale de l’État, de la société civile, de tout un chacun pour faire face à la dégradation de l’environnement. Il faut tout un programme d’éducation civique sur la protection environnementale. La Plateforme communautaire Villa Rosa ne fait que jouer sa partition. L’art, la beauté face à cet affaissement moral ; l’art, la beauté pour tracer la frontière entre le bien-être et le mal-être. Et à tous ceux qui auront compris notre lutte, notre plateforme communautaire déclare que notre porte est ouverte à tous les collectionneurs, car chaque œuvre vendue fera l’objet d’une contribution à un projet mis en place pour les jeunes au centre de formation de la Plateforme Villa Rosa au Canapé-Vert, du côté de Bois-Patate. Notre plateforme voit loin. C’est une utopie en Haïti : des rues propres, sans odeur d’immondices, des rues ensoleillées qui donnent le goût de marcher. « Rèv mwen se wè lari a san fatra. » L.N. : Un beau rêve, n’est-ce pas ? Ce serait bon en tout cas pour les poumons. Bon aussi pour le nez. Vous savez, on vit tellement dans la puanteur qu’on est devenu anosmique. Les piles de fatras nous aveuglent. Tiens ! Sur quelles matières vous travaillez dans cet atelier ? D.T. : La plateforme travaille sur l’art plastique et l’artisanat avec des détritus : déchets électroniques, plastiques, mécaniques, morceaux de bois, vieux souliers, déchets de fer… tout ce que la ville vomit nous sert de matière première. C’est notre manière de lutter pour l’hygiène et l’assainissement à travers une production artistique. L.N. : Quel est l’intérêt immédiat pour les jeunes ? D.T. : À long terme, on fait leur éducation civique de manière pratique, et, ce travail va générer aussi des revenus. L.N. : Est-ce que ce sont seulement les jeunes du Canapé-Vert qui ont seulement accès à cet atelier ? D.T. : Tout le monde est le bienvenu. Jeune, adulte, enfant. Canapé-Vert comme quartier est une expérience pilote. Notre rêve est de toucher tous les départements du pays. L’hygiène et l’assainissement est une affaire nationale. C’est trop important pour ne pas impliquer tout le monde. Nous comptons former des formateurs pour aller dans les écoles. Nous comptons travailler avec les mairies. Le premier citoyen de la ville doit penser ville propre. Ville fleurie, gazonnés. L.N. : C’est un rêve d’artiste ! D.T. : Un artiste est sensible. Nous devons sensibiliser les politiques parce qu’ils ont les leviers du pouvoir. Cette question n’est pas seulement un rêve d’artiste, cela doit être aussi le rêve de nos hommes de loi. Le rêve de la Police nationale d’Haïti. Il faut protéger parfois le citoyen contre lui-même. C’est un rêve de santé publique ! Propos recueillis par Claude Bernard Sérant

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