Une grande figure de l’arrière-garde communiste est partie

Publié le 2016-12-23 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

Fidel: une conscience, un combat\r\n\r\nIl nous semble que, dans la galerie restreinte des figures éminentes qui ont laissé leur empreinte dans la civilisation contemporaine, l’Histoire invite le Commandantissimo Fidel Castro à y prendre place. Autrement dit, le tribunal de l’Histoire, compétemment réuni, valide son siège dans le cadre du crédit historique qu’il prononce en faveur de celle et celui qui le méritent. Rappelons ici pour l’histoire que Fidel obtient ce siège prestigieux de son vivant quand il déclara publiquement devant la cour du général Fulgencio Batista (Janvier 1901 – 6 août 1973; mandat présidentiel: 10 mars 1952 – 1er janvier 1959): « L’Histoire m’acquittera », sa propre thèse d’autodéfense qu’il élabora savamment malgré se trouvant sous contrainte. \r\n\r\nSon procès survint après l’attaque de la caserne de Moncada en juillet 1953, qui fut un échec mais qui annonça les évènements prodigieux à venir. Il lâcha cette phrase massue dont le sens profond dépasse de loin les arcanes d’un procès public tenu par des juges vénaux et corrompus de l’époque qui étaient incapables de saisir la démarche révolutionnaire de l’illustre condamné. Il devait en profiter de la circonstance pour dévoiler son programme de gouvernement: « Voici les six problèmes pour la solution desquels nous aurions pris des décisions immédiates: la terre, l’industrialisation, la construction, le chômage, l’éducation et la santé. » Notre Commandant, de regretté mémoire, était alors âgé de 29 ans. Il naquit le 13 août 1926 à Oriente de Cuba.\r\n\r\nFidel fut une conscience avisée et débarrassée d’une série de conventions préétablies auxquelles l’humanité est de force assujettie, dont la conscience humaine s’en trouve terriblement affectée: telles que la morale ou la doctrine chrétienne, l’intellectualité sous sa forme dirigée, la politique colonialiste et impérialiste, l’économie de marché, etc. Contre cette instrumentalisation universelle à des fins égoïstes, il a combattu toute sa vie de citoyen civique et d’homme d’État avec une rare âpreté dont la clarté est bien indiscutable. \r\n\r\nIl a mené d’abord ce combat chez lui, puisqu’il vit le jour dans une famille aisée de l’aristocratie foncière cubaine. Il est aussi un des rares personnages de l’histoire moderne à qui la nature a permis de vivre en direct son action historique: au milieu d’une conspiration internationale faite d’embargo, d’épines et de tentatives d’assassinat; il a pu résister et survivre jusqu’à ce qu’il s’éteigne à l’âge de 90 ans. Certains de ses contempteurs ne se gênent pas de le qualifier de « vieillard délinquant »; en dépit de son grand âge, il n’a pas été épargné des critiques négatives acides et virulentes qui fleurissent la littérature anticastriste et anticommuniste. \r\n\r\nBien que le concept « bien-être » ou « bonheur » soit très relatif dans le vécu de l’homme moderne, il se constate que, malgré de grands travaux et d’énormes sacrifices consentis pour répondre aux aspirations et à l’émancipation universelle, des besoins et des désirs restent quand bien même inassouvis. C’est un phénomène social que l’on observe dans toutes nos sociétés comme dans nos cités modernes: ce qui s’explique par les exigences de l’homme lui-même qui s’invente d’ailleurs trois types de besoins auxquels il aspire, mais qui ne pourraient pas se concrétiser d’un point de vue collectif: besoin primaire, secondaire et tertiaire. Si le premier est naturellement faisable et satisfaisable, il n’est pas évident que les deux autres le soient. Aussi l’insatisfaction apparaît-elle comme une donnée inhérente à la nature humaine. Peut-être que nous nous trouvons devant une équation apparemment insoluble, où nous sommes appelés à approfondir la recherche et les études portant sur la conception de l’espèce humaine comme étant la raison d’être de l’humanité elle-même.\r\n\r\nEn tout cas, sous la révolution cubaine l’analphabétisme et l’illettrisme ont irréversiblement disparu: éducation, science et technique sont des paramètres avec lesquels on identifie le peuple cubain moderne sous la Révolution. Y a été brisée la barrière culturelle, intellectuelle et professionnelle: l’accès à la scolarité universelle comme à la formation supérieure et technique est garanti par la loi. Le chômage, pris comme un phénomène d’aliénation dans la société bourgeoise, fut un handicap historique à surmonter et appartient au passé. La santé publique à Cuba est l’une des meilleures au monde: le taux de la mortalité infantile est le plus bas en Amérique du Sud et dans la Caraïbe, et rivalise avec celui d’Amérique du Nord. L’espérance de vie actuelle des Cubaines et Cubains se situe dans une fourchette de 73 à 75 ans. On peut visiter les sites de l’OMS et de l’Unesco pour se convaincre de l’efficacité de la médecine et de l’école cubaines.\r\n\r\nL’État révolutionnaire de Cuba, sous la conduite éclairée du prolétariat et de son avant-garde, le Parti communiste cubain (PCC), a construit un pays moderne où il fait bon vivre. Les infrastructures routières, portuaires et aéroportuaires sont réputées fascinantes, et les touristes témoignent de leur beauté ainsi que des services professionnels qu’ils reçoivent pendant leur séjour. Fidel aura donc vécu les prouesses et les réalisations transformatrices de la nouvelle société cubaine post-dictature Batista. Il aura donc vécu de son vivant cet état de choses créé par la Révolution lorsqu’il mit au service de son peuple son doctorat en droit, ses diplômes en droit diplomatique et en sciences sociales. Pendant qu’il ne s’embarrassa pas de scrupules de la fortune pour se jeter dans l’arène politique qui devait le conduire aux chaînes de montagnes de Cuba (Sierra Maestra), dans le but de changer les conditions matérielles d’existence de son peuple. C’est tout simplement sublime. Son profile indique bien qu’il est le modèle qui sera suivi par les générations montantes.\r\n\r\nÀ l’occasion de sa mort rendue publique le 26 novembre 2016, le président Xi Jinping de la Chine populaire dit de Fidel: « Le peuple chinois a perdu un camarade bon et sincère. » Et le président Vladimir Poutine de la Fédération de Russie constate: « Cet homme d’État émérite est à juste titre considéré comme le symbole d’une époque de l’histoire moderne du monde. » \r\n\r\nEn guise de conclusion, nous sommes en droit de dire que notre monde insulaire n’a pas cessé d’étonner l’Histoire. Contrairement à l’expression mécanique occidentale qui définit les peuples de l’Amérique centrale et des îles de la mer comme des « républiques bananières », nous devons être fiers de l’insularité à laquelle la nature nous a assignés. Nous devons aussi reconnaître que le sous-développement de ces contrées est, dans une très large proportion, le résultat des invasions militaires répétées du gouvernement des États-Unis pendant tout le long du XIXe siècle et du XXe: soit pour imposer ses multinationales dans l’industrie de la banane, soit pour instaurer des dictatures réactionnaires dans le cadre de la guerre idéologique contre l’Union soviétique. \r\n\r\nEn réalité, la nouvelle puissance colonialiste qu’est devenue l’Amérique septentrionale dans le sillage de son indépendance (1776) a manifesté sa suprématie sur le continent dans le crime et dans le génocide moderne pour l’essentiel. Comme les Indiens (Arawaks) qui furent décimés avec la férocité la plus extrême des Européens à l’époque précolombienne alors qu’ils n’étaient en guerre avec personne, les peuples insulaires de l’Amérique continentale n’ont pas choisi d’être des sous-développés ni des tribaux de la préhistoire, mais ils se sont vus imposer manu militari ce fatal destin par l’empire colonial américain avec, bien sûr, la complicité intime des élites traditionnelles locales. Il faut bien qu’on dise toute la vérité (vérité scientifique et historique) sur le sous-développement et la paupérisation généralisée de nos peuples qu’on a apostrophés de sauvages et de barbares.\r\n\r\nNos îles ont produits des femmes et des hommes dotés de connaissances et de savoirs inouïs, dont la conception de l’homme et de l’État s’adresse comme un défit devant la conscience du monde civilisé d’hier et d’aujourd’hui. L’île de Saint-Domingue, dans sa partie Ouest, a produit Toussaint et Dessalines qui ont fait l’histoire au XIXe siècle. Et leur action historique est là pour le prouver. Plus tard, l’île de Cuba a vu s’élever un de ses fils à la dimension d’un homme d’État achevé et a exercé la science révolutionnaire dans toute sa plénitude. Consciemment, il est monté sur la scène qu’il remplit d’ailleurs pour écrire en lettres de granit une page nouvelle de l’histoire contemporaine qu’il considère comme sa haute participation à l’Histoire. Ce fils cubain s’appelle Fidel Castro, le Commandantissimo qui a pu tenir tête à la plus grande puissance du monde.\r\n\r\nEn attendant qu’une nouvelle génération de la société ilienne surgisse avec la ferme conviction de rééditer Dessalines et Fidel, l’auteur veut saluer ici la mémoire du Commandante, cette figure emblématique de la révolution cubaine, cette forte personnalité et cette icône d’entre les deux siècles: XXe & XXIe.\r\n\r\nPendant la période prénommée « Guerre froide » qui s’étend sur plus de quatre décades (de 1945 à 1991), l’Amérique s’est engagée dans une compétition idéologique à distance avec l’Union soviétique, la Fédération de Russie actuelle. Compétition qu’elle a dû transformer en guerre classique, en guerre chaude pour ainsi dire: parce que, sur le plan de la dialectique, elle n’a pas d’arguments à offrir face à un compétiteur dont la parole intellectuelle lue ou entendue suffit déjà pour convaincre et conquérir le subconscient collectif des masses inassouvies dans un monde injuste dans lequel le capitalisme dominant est resté figé dans sa méthode de départ qui consiste à créer, en même temps, la richesse et la pauvreté. On s’aperçoit aisément que, dans un tel scénario, ledit compétiteur possède et obtient à la porte l’adhésion des ouïes fines et vermeilles des opprimés de la planète, qui n’en demandent pas mieux que cette parole vivante prenne corps sans délai.\r\n\r\nDes guerres injustes ont éclaté, ouvrant du coup les portes et fenêtres à l’escalade de la violence menaçant la paix et la sécurité internationales. Auxquelles l’Amérique a pris une part active quand elle ne les avait pas fomentées elle-même au prix de commettre ses troupes. Elles les a toutes perdues, «youn dèyè lòt»: guerre de Corée (1950 – 1953) qui s’est soldée par un échec et suspendue de facto jusqu’à nos jours: sauf que la Corée du Nord occupe la partie nord du 38e parallèle, cordon sanitaire érigé jadis sous l’impérialisme japonais; et la Corée du Sud exerce sa souveraineté dans la partie sud avec l’appui de milliers de troupes américaines au sol. \r\n\r\nGuerre du Vietnam (1955 – 1975) qui se solda par un lourd échec: l'unification des deux Vietnam en dit long. Le débarquement de la Baie des Cochons (1961) à Cuba fut un cuisant échec pour l’Amérique qui, la mort dans l’âme, instaura l’embargo contre le peuple cubain qui est également un échec par rapport à ce qui vient d’être dit sur la révolution cubaine victorieuse. L’armée des Contras ou l’armée contre-révolutionnaire (1979 – 1990) fut une lourde défaite pour l’administration américaine: la pérennité de Daniel Ortega à la présidence du Nicaragua en dit long également. «Misye bouke prezidan lòt bò a». C’est ici une esquisse des faits historiques les plus connus qui ont marqué la conscience des uns et des autres au XXe siècle.\r\n\r\nL’Amérique n’a pas seulement perdu devant l’Union soviétique, elle est en train de perdre en Syrie de Bachar el-Assad devant la Fédération de Russie qui est sensée être la sienne après sa reconversion au capitalisme. Il n’y a aucune raison pour que deux superpuissances capitalistes se querellent sur des sujets qui relèvent de leurs valeurs naturelles, alors qu’elles se rejoignent et conduisent la même politique impérialiste dans le monde. \r\n\r\nVient le temps pour l’auteur de remercier Fidel, notre grand disparu, de l’avoir inspiré ce texte qu’il place sous le signe de la continuité et du maintien de la révolution cubaine. Particulièrement les lignes qui commencent et finissent son annotation ayant rapport avec des évènements qui ont vu se hisser le drapeau rouge ou le drapeau des travailleurs là où l’Amérique toute-puissante n’avait pas voulu qu’un tel fait d’arme ait lieu.\r\n\r\nDécembre 2016

Note de l’auteur:\r\n\r\nIl nous semble que l’Amérique dominante d’après-guerre (Deuxième) n’ait pas tiré de leçon dans sa politique étrangère ponctuée de succès et d’échecs. Pour une grande puissance mondiale, ce devoir-maison (DM) apparemment non fait ou non rendu est à première vue incompréhensible. Car il n’existe pas d’organisation humaine parfaite: c’est-à-dire on apprend des réussites comme des échecs, comme on apprend des victoires et des défaites. C’est peut-être le syllabaire qu'une entreprise sociale doit connaître mot pour mot. \r\n

Réagir à cet article