Septentrional

Douce Haïti

Publié le 2016-12-27 | Le Nouvelliste

Société -

Islam Louis Etienne Haïti est un pays bilingue (ses habitants dans leur intégralité parlent le créole qui est la langue maternelle et les gens instruits parlent le français qui est la langue d’enseignement). Elle se trouve au cœur de la Caraïbe. Elle est victime d’un désavantage linguistique très marqué et très caractéristique parce que ses plus proches voisins sont hispanophones ou anglophones. La communication est un paramètre incontournable dans le développement d’un pays et un atout majeur dans les relations sociales. Les grands pays du Nord imposent leurs langues aux anciennes colonies et aux pays sous-développés. Même dans les assemblées internationales, c’est la loi du plus fort qui prévaut. Il faut communiquer pour se faire connaître ; pour vendre son image, ses produits ; ses lieux historiques et son histoire. La langue devient donc un obstacle majeur qui limite les échanges au point de vue culturel ; réduit le degré d’intimité et de commercialisation avec les peuples voisins et aussi avec les touristes ; empêche tout rapprochement automatique et systématique avec les autres peuples. Haïti reçoit très peu de touristes francophones. Ils sont le plus souvent anglophones. L’anglais est la langue du quotidien, c’est-à-dire la langue qui donne vie à la matière et qui la fait vibrer. La langue qui apporte du pain sur la table et qui donne espoir. Haïti est une terre authentique, accueillante et particulière capable d’offrir un cocktail inoubliable et riche de saveurs uniques. Haïti séduit par ses sites balnéaires les plus réputés de la caraïbe, sa cuisine créole avec des mets succulents et variés, un artisanat typique très développé et une culture abondante très diversifiée. Elle est différente par sa forte personnalité, fruit du mariage de son histoire, de sa culture et de sa créativité artistique. Elle offre aussi un tourisme différent de celui de ses sœurs caribéennes parce qu’elle dispose d’une industrie qui traverse comme un rayon de soleil la passerelle entre le charme des Antilles au goût du passé colonial et les paradis artificiels fabriqués ailleurs sous le soleil de la Caraïbe sans racines ni profondeur. C’est sur les traces de l’histoire et du présent ; des villes et des bourgs, des cultures et de leurs expressions ; des grands hôtels et des petits auberges ; des intellectuels et du commun des mortels ; des grands orchestres comme des troubadours qu’elle vous invite à trouver chez elle des sensations variées et fortes, des souvenirs mémorables et colorés ; des images intéressantes et captivantes à travers les contacts humains, les monuments historiques et les rencontres avec l’histoire et la culture.- Haïti est remplie de belles cascades, de magnifiques grottes et de gigantesques montagnes. L’âme caribéenne vibre encore dans les œuvres générales des artisans, des peintres et des artistes haïtiens. Elle est un mélange de culture provenant de la réunion des pratiques indiennes et afro-européennes léguées par le système colonial. La créativité est l’atout majeur de l’art haïtien retrouvée à travers la peinture, la danse, l’artisanat et la musique. La culture du pays a traversé les époques tout en conservant ses valeurs ancestrales. Cette culture haïtienne est le reflet de la beauté intérieure du pays ; une culture dotée d’un pouvoir magique d’électriser, de provoquer ce choc culturel, de déclencher ces émotions dont se délectent les amants de l’art. Depuis, notre sculpture et notre peinture, en passant par notre artisanat, notre danse, notre musique, nous propulsent de plus en plus au-devant de la scène internationale et nous y restons jusqu’aujourd’hui comme un sémaphore malgré vents et marrées. Haïti et Haïtiens sont synonymes de liberté totale, de capacité d’envoi extraordinaire vers l’autre côté du réel, vers le rythme le plus riche, l’imagination la plus grandiose et la plus féconde, les mythes et les symboles les plus pertinents et les plus résistants. La culture Haïtienne s’est enrichie, embellie et diversifiée par l’apport d’autres cultures. Le célèbre auteur Jean Price Mars l’a confirmé : « Le monde tout entier lui a dispensé des ressources inépuisables pour édifier les légendes. La France lui a cédé le mode et le moule de quelques-uns de nos contes. La vie paysanne, âpre, simple et frugale en a offert le cadre ; puis l’imagination créative du nègre, son goût du rythme, son sens du lyrisme ont coloré la chanson cadencée les bouts rimés enjolivés. » Le problème des Haïtiens expatriés. Les problèmes récurrents non résolus de structure, d’organisation, de planification et de sécurité sociale ont obligé les Haïtiens en quête de meilleures conditions de vie à quitter le pays. Lorsqu’ils le font, ils se déplacent physiquement mais ils restent de cœur et d’esprit attachés à ce sol qui les a vu naître. Ils se retrouvent partout, sur tous les continents, obligés de s’adapter à toutes les situations (climat, travail, train de vie, éducation, civilisation, etc.) pour mener une vie décente. En dehors des problèmes spécifiques associés aux difficultés spatio-temporelles, ils ont tous un problème commun à gérer : la nostalgie. Ainsi Haïti est chantée par presque tous les groupes musicaux du terroir. Chacun l’a présentée sous un angle différent en ventant ses atouts notamment ses belles plages, son chaud soleil, la créativité et l’imagination de ses artistes dans tous les domaines. L’orchestre septentrional ne fait pas exception à la règle. Les chansons qui parlent d’Haïti sont aussi captivantes que rassurantes. Septent en composant « Douce Haïti « chantée par Jean-Claude Édouard ( de regrettée mémoire ) a mis en évidence ce pan du mur très élevé et très épais comme le mur de Berlin qui a divisé les deux Allemagnes et qui montre qu’ Haïti est différente des autres pays à tout point de vue et dans tous les domaines. En Haïti, tout se fait d’une autre façon et cette façon de faire aussi archaïque et désuète soit-elle, on l’emporte avec soi. On la garde jalousement comme un véritable cancer et une nostalgie incurable. La nostalgie qui est un sentiment de regrets du temps passé ; des lieux disparus ou devenus lointains auxquels on associe a posteriori des sensations agréables, est liée à trois paramètres différents : le vieillissement, la dégradation des forces physiques et mentales et l’éloignement spatial. Les deux premiers ne sont pas forcement liés à un quelconque déplacement. On vieillit partout où l’on est et au fur et à mesure que l’on avance en âge, on perd aussi certaines facultés physiques et mentales et ceci sans aucun rapport avec le milieu. L’évolution ou la dégradation des mœurs vous rendra certainement nostalgique. Tout est beau à la lueur déclinante du passé. C’est une note de regrets que l’on entend généralement dans le discours des personnes âgées dont certaines sont convaincues que le passé était porteur de toutes les vertus ; alors que le présent ne représente qu’une longue et lente décadence les éloignant chaque jour d’avantage de cet âge d’or. Considérée longtemps comme un sentiment négatif, la nostalgie apporterait selon certains chercheurs un réconfort et donnerait un sens à nos vies. Les mélomanes le savent pourtant, lorsqu’ils réécoutent certaines musiques pour revivre intérieurement leur passé, cela ne veut pas dire pour autant qu’ils sont forcement dépressifs. La nostalgie, sentiment subtil et universel, intensifie la sensation d’être connecté à d’autres. Elle donne un sentiment de cohésion de groupe et d’appartenance générationnelle et dans des parcours de résilience qui impliquent un redémarrage après une épreuve, elle permet de réajuster le sentiment d’identité. Il est donc nécessaire d’inviter tout un chacun à créer des moments qui deviendraient mémorables et qui viendront nourrir le sentiment nostalgique de demain moyennant de prendre le temps de bien appréhender des situations que nous vivons présentement et de leur donner la place et l’importance qu’elles méritent. L’éloignement spatial est une maladie causée par un désir violent de retourner dans son pays. La nostalgie devient à ce moment le regret du pays natal. Cette maladie se traduit souvent par une mélancolie accompagnée d’un envoûtement par rapport à des souvenirs liés aux lieux de la vie passée de la personne qui l’éprouve et plus spécialement aux lieux de son enfance évoquée à travers une jouissance qui est à la fois douloureuse et remarquable. En écrivant « Douce Haïti », Septent a construit un édifice supplémentaire à la gloire du pays. Il a ouvert une porte en plus dans le salon des grands pour faire connaître Haïti avec ses meilleurs atouts. La sensation est sans doute plus forte lorsqu’on écoute cette chanson en dehors du pays, loin des gens qui vous sont familiers, des gens avec qui vous avez partagé quelques souvenirs que vous souhaiteriez certainement revivre. Haïti est un pays qui séduit et qui fait rêver. Son soleil attire et anime ; ses contacts humains sont étroits et serrés ; ses rencontres avec la culture et l’histoire sont inédites. Haïti, d’après Septent, fait vivre et vivre est un art. Le passé est le brouillon de ton chef-d’œuvre en devenir. Ton chef-d’œuvre, c’est ta vie, celle que tu bâtis au présent et qui te suit comme ton ombre. Tu es l’artiste de ta vie et ton art t’appartient. Le futur n’est autre que la continuité de ton art .Tout le monde vit ; tout le monde meurt, mais la vie n’a pas la même couleur partout et la mort n’a pas le même poids dans toutes les balances. Malgré les images de détresse et de désolation, malgré les multiples tribulations et les péripéties de toute sorte que connaît le pays, on ne peut pas se passer de lui ; parce qu’Haïti fait vivre et Haïti est le seul sol qui nous appartient réellement, envers et contre tous. Pourquoi ne pas continuer à la chanter ? Il faut certainement dire avec Alfred De Musset : «Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse. » Islam Louis Etienne Décembre 2016

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