Étonnants voyageurs

René Philoctète, le parcours du combattant

Publié le 2017-01-05 | Le Nouvelliste

Culture -

Dans le cadre de la quatrième édition d’Étonnants Voyageurs, l'amour littéraire a rassemblé à la Bibliothèque nationale d'Haïti jeunes écoliers, étudiants et amoureux du livre pour rendre hommage à René Philoctète. Trois écrivains contemporains ont été invités à parler de l'influence de l'artiste sur leur œuvre. Évelyne Trouillot, auteure de «La chambre interdite»; Faubert Bolivar, poète et dramaturge; Guy Régis Junior, homme de théâtre et directeur du festival Quatre-Chemins. C'est devant un auditoire bien rempli que le tête-à-tête autour de l'auteur de «Ces îles qui marchent» a commencé. Les écrivains invités ont parlé de René Philoctète, poète de son état. « C’est un homme très sensible », estime Évelyne Trouillot. « Je me rappelle encore de ce jour à Vendredi littéraire où il a griffonné quelques vers sur du papier et me l'avait remis en me disant: "Tiens, prends cela". Vous savez, il avait le don de dire les choses de manière très belle et très triste et qui te marquait, car il pouvait se laisser imprégner par son environnement. » La vie de l’écrivain René Philoctète défile dans un échange convivial entre hommes de lettres. Philoctète campe en chef de file dans l’univers poétique haïtien. Il est le mage, le mentor pour toute une génération de poètes. Il était aussi fou d’écriture que de son pays natal. Il n'a jamais été un idéaliste. Ses poèmes et ses fictions décrivent une réalité sociopolitique telle qu'elle se présente sous ses yeux. Selon Évelyne Trouillot, qui l’a côtoyé durant sa jeunesse, « René peint une Haïti à la fois belle et vraie dans sa réalité. Un livre de Philoctète remonte, nourrit, redonne confiance au pays tout en le regardant dans toute sa complexité et toute sa beauté». Le directeur du festival Quatre-Chemins, Guy Régis Junior, regarde ce mythe qu’est devenu Philoctète du point de vue dramaturgique. « Il y a Haïti dans ses textes mais il y a aussi beaucoup d'influence de poètes qu'il a lus. En effet, comme comédien, ce qui est jouissif pour nous dans ses écrits, c'est l’originalité lyrique mais aussi la musicalité. En tant que comédien, on a envie de chanter », souligne le metteur en scène. Guy Régis Junior ainsi que le philosophe et comédien Faubert Bolivar ont eu la chance de jouer sur scène des textes de Philoctète. Avec Les tambours du soleil, ces deux comédiens et amis littéraires ont remporté du temps où ils jouaient un franc succès, notamment à l’Institut français en Haïti. Faubert Bolivar s’est souvenu comme si c’était hier de ces représentations qui drainaient des jeunes dans les lieux de rencontres culturels à Port-au-Prince. Passionnés de cet auteur, ils ont vécu dans leur peau d’artistes l'imaginaire de Philoctète. En effet, la sensibilité de son âme et son charisme donnaient une force vive à ses textes d'après les propos des trois panélistes. Une force tellement profonde qu'on s'y perd. « Il y a une grande puissance dans ses poèmes. Si bien qu'elle traverse le temps », dit Évelyne Trouillot, le regard admiratif. Et de poursuivre : « C’était l'homme du peuple. Il pouvait vous faire marcher côte à côte avec des mendiants à Port-au-Prince, suivre leur parcours et vous toucher jusque dans l'os avec leur histoire au quotidien. » Manifestement, il est clair que ce poète porte Haïti dans son œuvre. Quand on le lit, on se reconnaît tout de suite. « Pourtant, comme beaucoup de littéraires de sa génération, il n'a pas été le disciple dune école en particulier», ont-ils rappelé. Philoctète se nourrissait de lecture comme une éponge. C’était un autodidacte. Il aimait aussi rencontrer les gens pour échanger des idées autour de leur production littéraire. Exercice qui le poussait à peaufiner le texte, à le dorer comme une enluminure.

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