Après Matthew, la Grand’Anse face à la catastrophe alimentaire

Publié le 2016-11-25 | Le Nouvelliste

National -

La Grand’Anse n’est plus en mesure de se donner à manger. Le département, qui représentait le plus important grenier du pays, est à genoux. Les arbres fruitiers, les bananiers, les cocotiers se relèvent à peine près de deux mois après la catastrophe. La population, qui risque de faire face à une grave crise alimentaire, est de plus en plus dépendante des organisations non gouvernementales. L’avenir s’annonce plutôt sombre dans cette région où la vie reprend progressivement ses droits. Jérémie retrouve peu à peu sa verdure. Les branches commencent à recouvrir les troncs géants dénudés par les coups de vent de Matthew. Ça ressemble à une revanche de la nature sur l’horreur, pour reprendre les propos de Maurice Léonce, selon qui la tempête Hazel n’a été qu’une simple brise comparée à la férocité des vents de Matthew. L’homme de 95 ans n’en revient toujours pas, à l’image de ces enfants, traumatisés, qui continuent de se cacher à chaque fois qu’il pleut, traumatisés par la violence de ce phénomène qui a défiguré en peu de temps leur environnement immédiat. Sur le chemin conduisant au chef-lieu du département de la Grand’Anse, nombreuses sont les maisonnettes ayant retrouvé une toiture. D’autres familles se résignent avec une bâche offerte gracieusement par une ONG. Les ouvriers travaillent à refaire le toit de la cathédrale Saint-Louis qui a été emporté par le vent. Signe que la vie reprend peu à peu dans le département mis à genoux par l’ouragan Matthew. Néanmoins, cette région, qui représentait le grenier du pays, prendra du temps pour recommencer à se nourrir elle-même. Encore plus pour refaire son économie. Le spectacle était désolant ce vendredi au marché de Moron. Jadis, les gens venaient avec leurs denrées pour vendre et rentrer à la maison avec quelque chose. Ce vendredi, des dizaines d’hommes et de femmes debout, des deux côtés de la rue, attendaient plutôt les bras croisés l’arrivée de la première équipe d’humanitaires pour demander secours. Cette population qui avait l'habitude de prendre soin d’elle-même se trouve d’une semaine à l'une autre à la merci de l’aide qui arrive au compte-gouttes dans les communes. Les plus éloignées. « Nous n’avons plus rien à apporter au marché. Nous espérons seulement trouver les moyens pour acheter du riz, de l’huile et du sel pour nourrir nos familles, a déclaré au Nouvelliste Duclaire Saliba, qui discute avec quelques amis au marché de Moron. « Ce que je vois là c’est un marché désert, a ajouté Anglade. Ici, on vendait toute une panoplie de produits agricoles. C’est triste de voir cet endroit dans un pareil état », a poursuivi cet humanitaire qui a vécu des mois dans la région. « Il m'est toujours difficile d’imaginer ma ville dans cet état, a rétorqué une jeune infirmière en train de repasser ses notes dans la cour de la bibliothèque Sténio Vincent. Jérémie savait nourrir la capitale, maintenant elle n’est pas en mesure de prendre soin d’elle-même, a dit Judith racontant que les prix des produits de première nécessité ne cessent de grimper depuis la catastrophe. « Nous sommes obligés d’aller acheter la banane jusqu’à l'Arcahaie, déplore Marilyne, une marchande de friture de la ville qui se plaint de la rareté des produits agricoles. Les pleurs de Maurice Léonce sur le chemin de Mafranc expliquent tout. « Si seulement vous connaissiez mon pays, a déclaré le vieux en pleurs, qui visite les lieux pour la première fois depuis le sinistre événement. Je me demande comment va vivre cette population. Il ne lui reste plus rien », a poursuivi monsieur Léonce, qui connaît bien cette région qui l’a vu naître et grandir. Sur le chemin conduisant de Jérémie à Dame-Marie, près de 70 kilomètres, pas une seule banane, pas une orange, pas une noix de coco, pas un veritab… aucun fruit n’a été remarqué sur la route ou dans les champs des paysans totalement dévastés. Les averses et les vents ont épargné seulement quelques tubercules. De quoi permettre à certaines familles de survivre. Sinon, les enfants comme les vieux attendent le passage des 4x4 des organisations non gouvernementales pour tendre la main. Les organisations humanitaires sont nombreuses à intervenir sur le terrain. L’aide arrive par petite quantité aux victimes. « J’ai entendu dire qu’on donne aux familles deux verres de riz et un demi-verre d’huile », affirme avec pitié Maurice Léonce questionnant le déploiement d’une imposante logistique par les ONG. L’accès est toujours difficile dans des communes comme Les Irois, Dame-Marie ou les Abricots. Une situation qui rend de plus en plus compliquée l’intervention des organisations humanitaires. Le contexte politique a également affecté la distribution. Toutes les organisations humanitaires avaient suspendu leurs activités tôt la semaine dernière en raison de l’organisation des élections. Les interventions reprennent timidement alors que l'annonce de la publication ce dimanche des résultats a plongé tout ce monde dans l'inquiétude.

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