Jérémie, des écoliers appellent à la responsabilité des autorités

Publié le 2016-11-24 | Le Nouvelliste

National -

Des centaines d’écoliers jérémiens ont manifesté dans les rues de la métropole de la Grand’Anse jeudi pour exiger la réouverture des classes près de deux mois après la catastrophe. En effet, les locaux de plusieurs écoles publiques de la région sont toujours utilisés comme abris pour les personnes déplacées après le passage de l’ouragan Matthew. À Jérémie, les écoliers sont fatigués de rester chez eux. Plusieurs centaine d’enfants venus d’écoles publiques et privées ont défilé en uniforme dans les différentes artères du chef-lieu de la Grand’Anse. L’objectif, exiger la réouverture de toutes les écoles fermées depuis le passage de l’ouragan Matthew. « Alo, alo ministè, ou pa wè lekòl la fèmen », scandaient, sous la pluie, les enfants réunis devant le complexe administratif communal qui abrite la direction départementale de l’éducation. Si quelques écoles privées ont repris les cours depuis quelques semaines, la plupart des établissements publics qui accueillent une majorité d’enfants ne fonctionnement pas encore. Tel est le cas des lycées des jeunes filles et Nord Alexis, utilisés jusqu’à cette date comme abris pour les personnes déplacées. La présence de ces derniers n’est pas sans conséquence sur le matériel scolaire. Les déplacés sont même arrivés à utiliser les bancs des écoles pour faire la cuisson. Les locaux et le matériel sont sévèrement abimés. Les lycéens accompagnés de leurs camarades des écoles privées ont, d’une seule voix, demandé à leurs aînés de permettre la reprise totale des activités scolaires. « Nous sommes dans les rues parce que nous voulons retourner à l’école. Nous voulons demander aux responsables de nous redonner l’accès à nos salles de classe », a déclaré Nixon, un élève de philo du lycée Nord Alexis. « Nous n’avons rien contre les personnes déplacées, a ajouté Sydney. Au départ, on avait parlé d’abris provisoires; cela devient des abris permanents. Il est temps pour nous de retourner à l’école ». Ils menacent de continuer leur mouvement si les établissements ne sont pas libérés d’ici lundi. « Aller à l’école est l’un des droits des enfants. En nous refusant l’accès à nos salles de classe, on est en train de violer nos droits », a martelé l’un des écoliers s’adressant à ses camarades. Le maire de Jérémie qui est intervenu à la fin de la marche a tenté d’expliquer aux enfants pourquoi les écoles ne sont pas encore libérées. « Nous ne pouvons pas pousser le dos des personnes déplacées comme ça. Nous devons leur donner les moyens d’héberger un autre endroit », a déclaré Milord Claude Harry, le maire de Jérémie. Le premier citoyen de la ville reconnaît néanmoins que les revendications des petits Jérémiens sont justes, et ils ont droit d’avoir accès à leurs salles de classe. Le secteur de l’éducation est l’un des plus affectés par le passage de l’ouragan Matthew. Selon les chiffres communiqués par le directeur départemental du ministère de l’Education, pas moins de 300 écoles ont été endommagées ou détruites par les vents violents de l’ouragan de catégorie quatre. Celles qui n’étaient pas endommagées sont utilisées comme abris provisoires pour les personnes déplacées après la catastrophe, tel que prévu dans le plan du système national de gestion des risques et des désastres. « Les bancs des écoles sont les instruments des enfants, on ne peut pas les détruire. Où vont les enfants si ce n’est pas dans les salles de classe ?», a réagi Maurice Léonce, professeur, l’une des mémoires de la ville de Jérémie. Ce patriarche s’indigne devant la situation que vivent actuellement les écoliers jérémiens. Interrogé sur cette situation, le directeur départemental de l’Éducation nationale envoie la balle dans les camps de la mairie et de la délégation départementale. « Nous avons accepté gentiment quand ils nous avaient demandé de donner les écoles pour en faire des abris, c’est à eux maintenant de faciliter le départ des occupants », a indiqué au Nouvelliste Marcel Jeanty. Selon ce dernier, c’est la mairie et la délégation départementale qui disposent de moyens pour permettre aux personnes de quitter les établissements et s’établir dans un autre endroit.

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