La complicité du lecteur

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2017-01-05 | Le Nouvelliste

Culture -

Quand, dans la matinée du dimanche 8 juillet 2007, en visite chez la famille Léonard, un fidèle lecteur du journal, M. Jacques Pierre-Paul, ami de cette famille, s’amena, je ne m’attendais pas à son appréciation positive et encourageante au sujet de ma chronique «Carte blanche». «Boyer, me dit-il avant de prendre siège, je viens de lire votre article sur l’acteur français.» «Ah ! Jean-Claude Brialy», précisai-je. «Oui, Brialy, ça a éveillé bien des souvenirs en moi. Des films que j’avais vus dans le temps sont remontés dans ma mémoire… Vous savez, vous êtes universel, vous abordez tous les sujets.» Universel ! Le mot me surprit légèrement, je n’y avais pas pensé. D’ordinaire, le qualificatif qui m’est attribué est «prolifique» ou «abondant». Désormais je suis fixé, la liste s’allonge. J’assume puisque les lecteurs en ont décidé. Blague de côté – c’est-à-dire plus sérieusement –, je remerciai le lecteur pour son aimable appréciation. Il venait d’ajouter sous couvert de confidence que, dès l’ouverture du journal, il cherche ma signature. Cet intérêt me touche. Aussi essayai-je de lui expliquer que la constance de la chronique est le résultat de la méthode. Quel que soit votre centre d’intérêt, quelle que soit votre sphère d’activité, usez de méthode. Dans le travail journalistique, le chroniqueur s’appuie sur des sources qui sont diverses. Pour ma part, une parole captée, intéressante ou controversée, est notée, par la suite je reviens dessus. Je peux abonder dans le sens du locuteur comme en prendre le contre-pied. Mais, en aucun cas, je ne peux être le porte-parole de mes opinions personnelles. Dans la chronique, on a beau avoir le champ libre qu’on doive s’appuyer sur des références. Évidemment, je ne dissimule pas mon point de vue. Je le donne. Je fais un commentaire, le plus souvent comme touche finale et sous forme interrogative. Dans le choix du sujet puis dans son développement, le lecteur occupe ma pensée. Je me mets à sa place, sachant son besoin d’éclairage. Aussi, je cherche à satisfaire sa curiosité et son attente dès lors qu’il a été émoussé par le titre. Il m’arrive de le surprendre. En aucun cas, je ne dois le décevoir. Voilà, j’ai livré le secret du compagnonnage avec le lectorat. Application, concentration et constant souci du destinataire qu’est le lecteur. Son exigence légitime m’incite à mieux faire. J’ai pour obligation de polir l’ouvrage. En bon artisan. Merci pour vos encouragements, amis lecteurs.

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