À l’écoute d’une fréquence

Propos captés sur la campagne électorale américaine

Carte blanche à Jean-Claude Boyer

Publié le 2016-10-24 | Le Nouvelliste

Société -

Le dimanche 11 septembre 2016, je ne m’attendais pas à un si bel hommage de Salman Rushdie, écrivain anglais d’origine indienne, à Barack Obama. Il était l’invité de Catherine Fruchon-Toussaint, présentatrice sur Radio France Internationale du magazine «Littérature sans frontières» à l’occasion de la sortie de son roman «2 ans 8 mois 28 nuits». Le romancier qui vit maintenant aux États-Unis d’Amérique – toujours sous haute surveillance policière depuis la fatwa décrétée en 1989 par l’ayatollah Ruholla Kumheini contre lui sous le motif qu’il a blasphémé le dieu Mahomet dans son livre «Les versets sataniques». Le gouvernement anglais lui accorda depuis lors une protection policière rapprochée – il n’a pas renoncé pour autant à son franc-parler. De sa liberté d’expression, il en est jaloux. À la question de Catherine Fruchon-Toussaint sur l’arrivée à terme du second mandat du président américain, Salman Rushdie est déjà nostalgique de l’ère Obama : «Sa grâce, son élégance vont nous manquer. Il a beaucoup fait pour l’économie et pour la politique sociale.» Il ne cache pas son appréhension pour autant : «J’avoue avoir très peur. Mais si l’élection avait lieu aujourd’hui, M. Trump la perdrait. Or, elle aura lieu dans 2 mois, d’ici-là beaucoup d’eau aura coulé sous les ponts.» Salman Rushdie de passage à Paris répondait à Tirthankar Chanda et Catherine Fruchon-Toussaint. Il releva que Barack Obama a fait face à l’obstruction du Parti républicain. En effet, ce ne fut pas une partie de plaisir pour le président américain dont le mandat expire le 20 janvier 2017. Le mardi 27 septembre 2016, la journaliste haïtienne Natacha Clergé, qui vient d’être élue à la tête de l’association «Fanm yo la», est l’invitée de «Le Point» de Radio-Télé Métropole. Elle intervient sur la représentation des femmes haïtiennes dans la vie institutionnelle du pays. Signe inquiétant : pas une seule femme au Parlement haïtien. Sur la fin de l’entretien, à une question relative à la course vers la Maison-Blanche aux États-Unis d’Amérique, elle répond de façon très fine : «En 2008, on disait que si Obama est élu, c’est le champ des possibles qui s’élargit. De la même façon, si Hillary est élue (le 8 novembre prochain), le champ des possibles va s’élargir.» Elle reste optimiste malgré une campagne houleuse où les coups, des deux côtés, ont été assenés avec une virulence inégalée. Huit jours auparavant, Anne-Marie Issa, très connue dans le monde médiatique port-au-princien, invitée de Télé Signal, chaîne 56, n’usait pas de la langue de bois à une question sur Donald Trump : «Se yon mesye ki pa renmen moun, ki pa renmen pèsonn. Il ne veut pas voir les musulmans, il ne veut pas voir les Latinos, il parle d’ériger un mur… Se yon moun ki pa renmen moun.» Le propos de cette grande dame de la presse haïtienne n’est pas tombé dans les oreilles d’un sourd. À sa façon, elle met en garde sur la menace que représente le candidat républicain à la présidence pour le genre humain.

Jean-Claude Boyer 6 octobre 201 Auteur de l’essai «Chroniques américaines/L’Amérique vue d’Haïti», mai 2016 Auteur

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