Théâtre/Avant-Première/France

Frontière de la liberté : L’Eldorado si loin, si proche...

Publié le 2016-03-08 | Le Nouvelliste

Culture -

Les productions « Comédien et Plus » ont réalisé le samedi 5 mars 2016, à l’Université Vincennes Saint-Denis, en France, l’avant-première de leur nouvelle pièce de théâtre intitulée « Les Frontières de la Liberté ». À travers cette pièce de plus d’une heure, des comédiens franco-haïtiens ont voulu mettre en scène le drame de l’immigration dite clandestine dans une démarche visant à restituer la liberté de ceux-là pour qui vivre dans le pays d’origine est devenu un véritable défi. « Mwen p’ap may, moun p’ap distèb mwen. Oswa mwen sou aywe oswa mwen nan bòs. Lè konsa m’ap bizi bizi ...m’ap fè dola ». C’est le rêve de Dyesèl, chômeur, qui a voulu à tout prix laisser Haïti pour aller s’installer à l’étranger. Face à de nombreuses difficultés administratives et financières, obtenir un visa c’est comme gagner à la loterie pour ce rêveur qui pense que s’exiler est le seul moyen pour lui de réussir. Toute la pièce se déroule dans une petite maison populaire dans la capitale haïtienne où Jewòm, un couturier de retour dans son pays après avoir vécu à Paris sans papiers, passe son temps à persuader Dyesèl qu’il pouvait réussir sa vie en Haïti malgré les crises que connaît le pays. Avec des comédiens qui ont eux-mêmes vécu l’exil, jouant des scènes de leurs propres vies, l’auteur de « Journal d’une putain violée » et de nombreuses autres pièces à succès, Emmanuel Vilsaint, a proposé à son public un retour vers les composantes de la culture haïtienne ainsi que son évolution aux croisements d’autres cultures, suite au phénomène migratoire que vit le peuple haitien ces quarante dernières années. À travers des rires et des réflexions philosophiques, les deux hommes invitent le public à revisiter l’espace-temps de l’immigration qui est perçu pour celui qui ne l’a pas encore vécu comme une chance de connaître une vie meilleure et pour celui qui l’a déjà vécu comme une expérience douloureuse et souvent pleine de mésaventures. « Tu dis vouloir bloquer tous les appels qui commencent par 509, espérons que ce ne soit pas le 509 qui bloque tes appels », rétorque Jewòm à Dyesèl qui pense couper les pons avec tous ceux qui restent en Haïti s’il arrive à obtenir un visa pour quitter Haïti. Tout au long de cette pièce, ces comédiens réfléchissent sur l’image que projettent ceux qui restent au pays des immigrés. Pour Dyesèl, s’il arrive à quitter le pays, on va le respecter et il deviendra « quelqu’un d’important même quand il est fauché ». « Toutes les femmes vont te courir après et on te nomme l’intello du jour au lendemain, a-t-il dit à son ami Jewòm qui ne voit plus le voyage comme l’Eldorado. On t’offrira du travail par-ci par là et tout le monde te respectera.» Au cours de ses nombreuses démarches pour obtenir un visa, Dyesèl va tomber éperdument amoureux de Yanick, sa voisine. Conquérir un cœur et partir, cela devient un véritable dilemme pour Dyesèl. Mais comme beaucoup d’autres, croyant dur comme fer que partir reste la seule solution, comment convaincre Dyesèl de rester dans son pays? C’est ce décor qu’offre ce spectacle qui nous invite à réfléchir autrement au phénomène de l’immigration. Avec des sous-titres en français pour les étrangers, cette pièce a été présentée exclusivement en créole. Pour le metteur en scène, Emmanuel Vilsaint, le choix de la langue créole s’exprime par le désir de montrer que cette langue est une langue comme toutes les autres et qu’elle peut servir à pousser le public vers certaines interrogations qui sont loin d’être inutiles. « Tout comme nous pouvons penser ou exprimer nos sentiments dans une autre langue, nous avons voulu, à travers cette pièce, montrer que la langue créole peut servir comme un outil de communication pour penser les valeurs humanistes », a-t-il tenu à préciser. Cette pièce de théâtre a été présentée par les conteurs Jude Joseph, Grégoire Chéry, Yedene Léon, Jean Marc Luce, Eddy Jean-Raymond et Papand Conteur qui donnent rendez-vous au théâtre à partir du 20 mars 2015 à Belleville, France. Jocelyn Belfort Paris, France

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