HAITI- CULTURE/ HISTOIRE/ EXPOSITION

Kreyòl, Vodou et Lakou : Des formes de résistance historiques au cœur de la 4è Ghetto Biennale de Port-au-Prince

Publié le 2015-12-15 | Le Nouvelliste

Culture -

La quatrième édition du Festival international d’art contemporain Ghetto Biennale de la Grand-rue de Port-au-Prince, a démarré officiellement ce mardi 15 décembre avec des performances, ateliers, et conférences autour du thème « Kreyòl, Vodou et Lakou : formes de résistance ». « La Ghetto Biennale tente de transformer momentanément les espaces, les dialogues et les relations considérées comme impensables, non navigables et irréalisables. Il s’agit de les transformer en des plateformes créatives transculturelles et complexes », a fait savoir Leah Gordon, initiatrice de l’activité, dans une entrevue exclusive au journal Le Nouvelliste. Ainsi, le Festival constitue un espace amorphe, chaotique et désinstitutionnalisé pour la production artistique qui, du coup, tente de proposer une plateforme de vibrations créatives à des artistes d’un large spectre socio-économique, selon Mme Gordon qui ajoute que « la Ghetto Biennale voudrait être un challenge et espère transcender les ghettoïsations dans toutes leurs formes ». Après la révolution haïtienne, les paysans issus du régime esclavagiste ont eu trois outils (un triumvirat de résistance linguistique, culturelle et territoriale) pour asseoir leur position ‘anti-plantation’ : la langue créole, le système du Lakou et leur système de croyances et de pratiques rituelles du Vodou, avancent les organisateurs pour expliquer le choix de ce thème annuel. Ces différentes formes de culture ont permis de construire une société capable de résister à toute forme de soumission qui aurait pu rappeler l’aire esclavagiste et contribuer à ériger un système innovant de distribution et de gestion des terres, rapporte Laurent Dubois, dans son ouvrage intitulé « Haïti : The Aftershocks of History ». Cette année, 90 artistes, dont 30 viennent d’Haïti et les autres d’Australie, de Belgique, du Brésil, du Canada, du Chili, du Danemark, de France, d'Allemagne, d'Angleterre, de la Hong Kong, d'Italie, de la Jamaïque, de la Martinique, de Mongolie, du Maroc, d'Oman, de Pologne, du Pérou, de la Russie, de l'Espagne, de la Suisse, de Trinidad et des États-Unis, sont sur les lieux depuis le 27 novembre en vue d’explorer les potentiels des trois outils radicaux regroupés dans la thématique annuelle. Jusqu’au 20 décembre, la sculpture, la peinture sur mur, la musique, la poésie, la performance se donnent rendez-vous au Boulevard Jean Jacques Dessalines au numéro 622, à ce festival qui réunit des artistes se retrouvant dans de nouvelles relations esthétiques ou pratiques socialisantes. La Ghetto Biennale se tient tous les deux ans depuis décembre 2009. Elle a pris graduellement de l’ampleur et son influence s’étend localement et a atteint une visibilité internationale indéniable. Elle est organisée par le collectif d’artistes appelé Atis Rezistans, qui est une communauté comprenant un nombre important d'artistes expérimentés et matures et certains jeunes artistes émergeants qui pratiquent la sculpture, la peinture, la photographie, la vidéo, la musique et la poésie.

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