Des idées et des actions concrètes pour un développement durable (suite)

Publié le 2013-08-20 | Le Nouvelliste

Idées & Opinions -

E- Le projet Les différents programmes retenus sont à effets multiplicateurs et ne sont pas limitatifs. Ils favoriseront la création massive d'emplois durables avec une circulation rapide de capitaux, ce qui ne manquera pas d'élever le niveau de vie de la population. « Quand un boat people arrive dans un pays développé, s'il n'est pas refoulé, après quelques mois, il a beaucoup de chances d'accéder rapidement à une promotion sociale. La raison, c'est que l'environnement d'accueil est doté de toutes les structures et infrastructures requises pour permettre à un individu de mener une vie humaine. » Donc, nous concluons qu'en Haïti la réalité sociale, la réalité économique exigent que les trois pouvoirs de l'Etat, la société civile, la diaspora, se mettent ensemble, accompagnés de la presse, pour élaborer un plan de développement capable d'assurer, à moyen terme, la promotion sociale de ces frères et cousins que nous appelons « moun an deyò » ; et ce sera justice. Les idées de projet qui suivent sont, parmi tant d'autres, ceux-là qui retiennent le plus notre attention. 1.- Le traitement des mornes, montagnes et bassins versants à des fins stratégiques et économiques : - Au point de vue stratégique, les bassins versants ciblés doivent faire l'objet d'études, de projets et de mesures drastiques de réhabilitation et de protection à très long terme. - Au point de vue économique, la priorité sera accordée aux arbres forestiers, arbres fruitiers, cultures pérennes suivant l'écologie de la zone. Dans les deux cas, une attention particulière mérite d'être accordée aux zones sensibles aux cyclones, aux lieux de naissance de sources, des ravines, des rivières. 2.- La création en mornes, montagnes, plateaux, à travers les dix départements de cinq cents villages de 25 à 200 carreaux de terre : Villages sportifs, villages écologiques et récréatifs, villages artistiques et artisanaux, villages culturels, villages universitaires, villages maraîchers, villages floraux, villages agricoles, villages d'éleveurs, villages des jeunes en économie domestique, villages de pêcheurs, villages de chercheurs scientifiques multidisciplinaires incluant Haïtiens et étrangers, villages en recherche/développement d'une pharmacopée locale, villages de spécialistes en développement des technologies du futur, villages regroupant l'ensemble des cultes et religions pratiqués, etc. Tous ces villages devraient avoir deux dénominateurs communs: réhabilitation et protection de l'environnement; conduite d'activités économiques rentables. La notion de village ici ne doit pas être pris dans un sens péjoratif, comme ceux qui pullulent chez nous, où le terme marginalisation est écrit en grandes manchettes, avec tout ce que cela comporte d'attributs négatifs et discriminatoires pour un être doté, comme toi et moi, d'une partie physique visible et d'une partie invisible. Le village, ici, est synonyme d'espace aménagé écologiquement, doté de toutes les structures requises de manière à permettre à n'importe quel habitant du globe d'y vivre, sans trop de contraintes. «A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Dans le cadre de la conception des villages, la démarche proposée ne consiste pas d'aller à la recherche de terrains plats, à portée de main; le génie de l'environnement doit pouvoir se manifester dans toute sa splendeur, à travers les montagnes d'Haïti, pour modifier certains espaces accidentés et les rendre aptes à accueillir la plupart de nos villages. En un mot, il s'agit là d'une révolution technique, avec les matériels et équipements que le contexte exige.» 3.- La création et l'équipement en montagnes de trente centres, à raison de trois par département, de transformation ou de conservation des surplus de produits de récolte, comme: Fruits (mango, papaille, giraumon, arbre véritable) etc.; Légumes et condiments, (poivrons, carottes, betterave, piments); tubercules (manioc, igname) ...etc. Pour rester dans le cadre des objectifs fixés, un îlot de verdure doit être aménagé autour de chacun de ces centres. La superficie minimale requise pour l'établissement d'un centre est de cinq hectares. 4.- L'amélioration de l'habitat rural à des fins d'habitation et à des fins touristiques. Mettre sur pied un programme d'aménagement de cent mille unités d'habitation à travers les dix départements géographiques en mornes, montagnes et plateaux. Chacune de ces unités doit être étudiée et aménagée de manière à loger la famille de l'agriculteur et disposer d'une chambre pour héberger un visiteur. Certaines conditions sont requises de la part de tout participant à ce programme, telles que: - Disposer d'un terrain d'une superficie d'au moins un demi carreau de terre et présenter la garantie que le terrain ne sera pas morcelé; - Participer à des cours de formation en environnement et en accueil de visiteurs; - Etre apte à créer dans le voisinage de sa maison au moins un lot boisé ou un petit verger, suivant l'écologie de la zone. Cette condition n'exclut guère la possibilité de conduire d'autres activités agricoles ou d'élevage, pourvu que les normes techniques de production en montagne soient respectées. - S'engager à recueillir la moindre goutte d'eau de pluie dans son environnement immédiat. 5.- Le développement de l'énergie propre. La mise en contexte de cet ensemble: villages, centres, habitat...etc nécessite un ou plusieurs systèmes d'alimentation en énergie propre: solaire,hydraulique, éolienne...etc. Dans un tel contexte, il s'avère judicieux de choisir un site spécial pour la création d'un village pour les recherches en énergie propre, avec des cadres techniques compétents qui conduiraient des recherches sur les matières premières locales de manière à mettre au point des paquets technologiques sur les formes d'énergie retenues en vue du développement d'industries dans ce domaine. Pareille initiative ouvrirait, sans aucun doute, les portes de l'avenir sur l'exportation de ces produits exclusifs aux autres pays de la région. 6.- Les voies de communication La construction de voies de communication pouvant permettre le développement harmonieux de ces villages constitue un outil de premier plan lors de l'élaboration de tout programme ou projet de développement en Haïti. Cependant, dans le cadre de l'implantation d'infrastructures en montagne, les responsables techniques doivent s'assurer que les routes tracées ne viendront pas aggraver l'érosion par ruissellement, ravinement, ou accélérer la déforestation, etc. Il est impératif que les routes percées pour accéder aux villages soient bordées d'arbres. D'ailleurs, les véhicules de transport ne seront autorisés qu'à acheminer des plantules d'un lieu à un autre et non des arbres coupés. 7.- La conversion des professionnels de la coupe des arbres et de la fabrication du charbon. L'arbre, c'est la principale source de maintien de la vie sur terre. C'est une ressource épuisable, renouvelable seulement si les conditions de renouvellement sont établies. L'arbre, c'est à la fois l'élément incontournable dans tout programme de réhabilitation, de protection de l'environnement et aussi l'une des principales sources de production de nourriture et de matières premières les plus diversifiées. En Haïti, face au processus de destruction massive de ce trésor, aux aléas climatiques de toutes sortes, à l'extrême fragilité de notre environnement, à l'exiguïté de notre territoire ajoutée à son relief très accidenté ; si l'arbre ne fait pas l'objet d'une interdiction d'abattage accompagnée de mesures coercitives ; synonyme de respect dans nos moeurs dès la plus tendre enfance ; aucun projet, aucun programme ne pourra stopper le processus de désertification enclenché en plusieurs points du pays. En dépit de tout : « Il est superflu de demander à un paysan affamé de ne pas couper le dernier arbre qu'il gardait sur son terrain en pente, si on ne lui offre pas une solution de rechange. » C'est dans ce contexte exceptionnel et compliqué que le plan présent croit urgent de convertir à d'autres activités plus lucratives et non nuisibles à l'environnement tous les professionnels de la coupe des arbres et de la fabrication du charbon. Parallèlement, l'Etat a pour devoir de mettre à la disposition des consommateurs des substituts au charbon de bois. Dans le cadre d'un vaste programme de formation et de développement de l'entrepreneuriat, voici, entre autres, quelques activités qui mériteraient d'être retenues et financées : - Activités liées à l'Eau Pêche : cueillette, conservation, vente, cuisson; Pêche : production de matériels et d'équipement Production de poissons pour consommation et pour aquariums; Natation, loisirs, etc. - Elevage Production : oeufs, poulets de chair locaux et importés, cochons, cabris, moutons, lapins ; de volailles pour décoration de cour, comme Paons, oies, canards, oiseaux en cage, etc.... - Agriculture Production : fruitière, maraîchère, florale ; Cultures sarclées, seulement en espaces plats. Spécialisation en lutte contre pestes, insectes; Formation de greffeurs, pépiniéristes ; - Tourisme Guides et employés pour : hôtels, bars, restaurants, etc... - Arts et artisanat Création d'un ensemble de centres d'arts et d'artisanat équipés à l'effet de découvrir et de lancer économiquement les talents cachés. - Boulangeries Matériels adaptés à des sources d'énergie autres que le bois. - Construction Contremaîtres, maçons, charpentes, électriciens, ferronniers, plombiers...etc. Somme toute, les volets formation plurielle, crédit à faible taux d'intérêt, entreprises adaptées, pourvues de capitaux adéquats doivent former un ensemble cohérent, conçu de manière à dynamiser « ce monde en dehors » et assurer à moyen terme la promotion économique et sociale de ces perpétuels défavorisés. - Activités commerciales NB.- Dans tous les cas de figure, l'élevage libre et le brûlé des terres constituent des plaies à enrayer sur tout le territoire. Des mesures pénales doivent accompagner les avis d'interdiction. 8.- La maîtrise de l'eau « Ce qui fait la différence entre un jardin et un désert; ce n'est pas l'eau, c'est l'homme. » (Axiome bien connu). En effet, l'eau maîtrisée et bien gérée peut créer et crée les plus beaux jardins du monde ; cependant, laissée à la dérive, comme c'est le cas chez nous, elle ne peut provoquer que la désolation et la mort. « Il convient d'avoir constamment à l'esprit que la rétention de l'eau, en montagne, par tous les moyens possibles, constitue le principal prérequis et le plus grand atout pour le succès de tout programme ou projet de réhabilitation et de protection de l'environnement. » Dans cet ordre d'idées, le mot d'ordre devient donc : - La maîtrise et la gestion de chaque litre d'eau de pluie tombée en montagne. - La gestion rationnelle des eaux de surface disponibles. - Le forage de puits pour compenser le manque d'eau dans la région. - La construction de lacs collinaires, de citernes, de viviers, de plans d'eau divers etc 9.- L'accompagnement technique Sans accompagnement technique qualifié et responsable, l'exécution d'un tel plan n'est même pas envisageable. C'est pourquoi il est prévu la formation de plusieurs équipes multidisciplinaires et multisectorielles avec pour mission d'élaborer plusieurs packages techniques ; d'accompagner et de former les populations cibles dans tous les volets économiques et sociaux. Il serait souhaitable que quatre directions ou services techniques de ministère (Agriculture, Environnement, Tourisme, Condition paysanne) s'installent au niveau de certaines localités rurales bien choisies pour lancer un tel programme. La formation plurielle est l'un des atouts majeurs pour assurer le succès et la viabilité du plan. L'accompagnement technique sera limité dans le temps. Les communautés assistées doivent être en mesure de se prendre en charge progressivement. 10.- La police environnementale - Autres entités Un corps de police environnementale bien rodé assurera le respect des lois et mesures d'interdiction arrêtées dans le cadre du plan. Les agents de police recevront une solide formation en établissement de pépinières de manière à être plus utiles aux communautés. Ce corps de police comportera deux branches : - Une branche pour assurer le contrôle des bassins versants et zones stratégiques. - Une branche pour l'encadrement des villages. Il est important de signaler à l'attention de tous que les villages, les structures prévues dans le cadre de ce plan n'échapperont pas aux règles administratives, lois et normes qui régissent la société haïtienne, au regard de la Constitution. De la même manière, l'Etat haïtien a pour obligation de fournir à ces communautés tous les services sociaux qui ne sont pas traités dans le cadre de cette étude. F.- Les moyens/ Les résultats - Les moyens et les résultats sont à portée de main : Fonds nationaux, diaspora, pétrocaribe, autre assistance internationale. - Vision + Volonté politique = réhabilitation et protection environnementales + réparation sociale = débidonvillisation progressive et retour aux sources = pays tout neuf. Cinq ans après le démarrage, les résultats commenceront à se manifester. F.- Conclusion Deux Prisonniers : l'un regarde les barreaux et l'autre, les étoiles... Verlaine... Le développement d'un pays, c'est le produit d'une large vision très cohérente, appliquée dans les registres du bien, du beau, du grand ; allant dans le sens de la satisfaction des besoins sentis et exprimés par le peuple tout entier, sans aucune discrimination géographique ; vision conçue et inspirée des grandes valeurs universelles et dans la ferme détermination du développement des potentialités nationales. Nous avons donc deux choix : - Passer notre existence de peuple à regarder les barreaux de notre prison mentale, en continuant à conduire des projets de saupoudrage ; ou bien, - Emprunter la voie du développement durable, en adoptant les grandes lignes proposées ici, après les avoir complétées, corrigées et harmonisées. Ça, c'est le regard fixé sur les étoiles qui libère du carcan du sous-développement, tout en vivant en Haïti. Somme toute, l'application d'un tel plan évitera au peuple haïtien de vivre plusieurs autres catastrophes environnementales comme : Mapou, Gonaïves, etc. En prenant soin de manière rationnelle de la plus grande partie de notre territoire que représentent les mornes, les montagnes, nous pourrons : - mettre debout et de manière durable l'économie nationale, aujourd'hui à genoux ; - cesser de mendier notre pain quotidien en traînant notre misère aux portes des pays amis et revendiquer une place d'élite à la CARICOM et dans le concert des nations ; - rétablir progressivement l'équilibre écologique détruit avec une meilleure répartition de la pluviométrie annuelle ; - arriver à conserver ce qui reste encore de terres cultivables en plaine pour la production vivrière intensive, avec une technologie améliorée ; - stopper ce fol émiettement des plus riches espaces agricoles pour la construction de résidences ; - espérer pouvoir, un jour, produire avec assurance pour l'exportation de toute une gamme de matières premières à l'état brut ou transformé ; - orienter la jeunesse du pays vers la découverte de son pays et la possibilité d'y fonder son avenir. Somme toute, dans notre vie de peuple, beaucoup de nos dirigeants regardaient les étoiles...Et, ceux dont les pères sont en Afrique, ils n'auront donc rien...(fin de citation). Après plus de deux siècles, ils n'ont toujours rien. Prenons donc la décision de sceller un vrai pacte économico-social et désormais : Pensons avenir, pensons territoire aménagé, pensons populations aisées dans tous les recoins du pays, pensons enfin... développement durable.

Fritz Noël, Ing- Agronome. Email. noel.fritz@yahoo.com Tel. (509) 4804-2429 Auteur

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